‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 50 sur 86 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

A M. J. MOHL, à Londres.

Vendredi 10 août 1849.

Mon cher ami,

J'ai reçu hier jeudi une lettre d'Ampère, par laquelle il me prie de lui envoyer les 1 ,644 francs que vous m'avez remis pour lui. Je les dépose en conséquence chez Rothschild, aujourd'hui vendredi, avant l'Académie, et je vous en donne avis, car, pour écrire à Ampère, cela est impossible, puisqu'il ne donne aucune espèce d'adresse, et que sa lettre n'est pas même datée. Les poètes ont le droit d'être inexacts. Je suppose donc que vous avez quelques occasions de le voir. Si, par aventure, vous n'étiez plus à Londres, Ampère irait peut-être de lui-même chez Rothschild, dans le fameux lane que connaît le monde entier, ou il se souviendrait peut-être que, quand on veut une lettre, on donne au moins son adresse.

J'ai oublié de vous prier de me chercher, si cela ne vous dérange pas trop, ce qui me manque du Journal asiatique du Bengale ; ce sont les numéros de décembre et novembre de l'année 1 847 et le numéro de novembre 1848, L'acquisition de ces trois numéros me serait très utile en me complétant une assez longue série.

J'ai aussi reçu un certain nombre de numéros du Journal de V Archipel indien^ dont Landresse a aussi un certain nombre, apportés déjà par Fontanieu. Si vous pouvez me trouver le tome I entier, avec les numéros 1 et II (premier et second) de l'année 1848,

cela me procurera un exemplaire complet de ce qui a paru en 1 847 et 1 848. Car, pour cette dernière année, je possède jusqu'au numéro XII inclusivement. Je ne crois pas vous demander l'impossible en ce qui touche la première année 1 847, parce qu'un numéro de l'année 1 848 nous apprend que cette année 1 847 a été réimprimée en 1848, et qu'on l'a à Singhapore pour trois dollars. Cependant il serait fort possible que les crocodiles n'eussent envoyé aucun exemplaire à Londres.

Je ne suppose pas que la Grammaire barmane de Latter soit un ouvrage très cher. J'ai à ma disposition l'exemplaire de la Société asiatique; mais j'aimerais bien à posséder ce livre moi-même, dans le cas surtout où quelqu'un voudrait regarder au barman. Je rendrais aussitôt l'exemplaire à notre Bibliothèque.

Adieu, mon cher ami, présentez nos respects affectueux à M.^^ Mohl , les amitiés des petites à votre chère nièce et croyez-moi

Votre bien dévoué,

GXXXIX.

A M. J. Mohl, à Londres.

Vendredi, 17 août 1849.

Mon cher ami,

Vous avez dû recevoir de moi une lettre, si vous êtes allé à la Société asiatique. Je vous priais d'aviser

Ampère que le dépôt de son argent chez Rothschild avait été fait par moi le vendredi 1 0 août. La Société asiatique réside-t-elle toujours Grafton street? De toute manière j'ai écrit à Ampère, poste restante à Londres, pour qu'il se présente S' Swithin-lane.

Je vous remercie beaucoup de la négociation que vous avez entamée pour moi avec Wilson. Je regrette que vous n'ayez pas été plus heureux en ce qui touche les manuscrits à acheter. Ce n'est ni de votre faute ni de celle des bouquinistes si les Nababs qui reviennent de là-bas sont si lourdement indifférents. Ce que vous me dites d'une belle collection singhalaise m'affriande singulièrement, mais je suis au moins aussi embarrassé ici pour vous rien demander de précis que vous le serez vous-même quand on étalera devant vous ces jalousies bigarrées de pattes d'araignées. Si la collection est de manuscrits en langue singhalaise ou clou, je n'en veux pas pour un farthing; non pas que je méprise le moins du monde le singhalais, mais parce que je n'ai pas le temps de l'apprendre assez à fond pour m'en servir aussi commodément que du sanscrit. Mais il n'est pas probable qu'une belle collection venue de Ceylan ne renferme que du singhalais. Vous sentez déjà que le mal me gagne et tout ce que le trait tiré sous belle renferme de conséquences compromettantes pour votre repos et vos jambes. Voici le fait : s'il y a des manuscrits palis et qu'on les en veuille détacher, je les prendrai bien volontiers, et ne regretterai plus les manuscrits barmans, car ils sont bien inférieurs en correction aux singhalais. Mais, si vous n'avez pas de titres anglais, comment vous les faire reconnaître sans un Singhalais at your elbow? Je ne

sais d'autre caractère distinctif d'un manuscrit singhalais comparé à un manuscrit pâli, si ce n'est que, dans le singhalais, les lignes sont constamment surmontées de petits drapeaux, placés au-dessus des lettres et assez faciles à distinguer des autres traits supérieurs dominant quelques lettres, traits qui ne sont jamais perpendiculaires, mais bien inclinés soit à droite, soit à gauche, à la différence du drapeau qui est parfaitement droit. Mais je sens bien combien ce détail est fugitif.

Tout cela ce sont des paroles en Tair, qui ne pourraient avoir quelque utilité que si la collection renferme du pâli et si on est disposé à la fractionner. Car je tremble pour le prix dans une ville aussi riche. Pour les titres, je ne vous en donne pas quoique je le pourrais faire, car nous sommes si pauvres en textes buddhiques que nous manquons absolument de tout.

Je prends part à vos tribulations, mais je ne m'en étonne pas ; un de mes amis, qui était à Londres en 1835, m'écrivait, il y a un mois, que la population avait augmenté d'un quart depuis douze ans.

Nous nous recommandons au souvenir de M°^® Mohl , à laquelle nous présentons nos hommages respectueux, et les petites offrent leurs amitiés à votre aimable nièce.

Tout à vous truly,

GXL. A M. Charles Burnouf, à Valognes.

Ghâtillon, 25 août 1849.

Mon cher oncle,

Je n'ai pas répondu plus tôt à votre lettre du I2i courant parce que je ne l'ai reçue que le vendredi 1 7, à un moment où vous étiez parfaitement rassuré sur le sort de votre cher fils. Nous étions allés, ma femme et moi, conduire nos enfants dans la famille du grandpapa, et je n'étais revenu à Paris que le vendredi. Depuis ce temps, j'ai un peu tardé pour me donner le temps de recueillir quelques renseignements sur la destination qu'on garde pour Emile. Jusqu'ici le travail n'est pas commencé, mais j'ai vu M. Guigniaut deux fois, et toujours il m'a paru dans les meilleures dispositions. M. Guigniaut n'est pas un homme qui se débarrasse des gens par de belles paroles. Il est fort sûr et nous est parfaitement dévoué pour des raisons dont Emile pourra vous dire la principale. Son idée, c'est qu'Emile doit rester à Paris, coûte que coûte. Je suis convaincu qu'il tiendra à voir réahsée cette idée. Une fois à Paris, le sort d'Emile est dans ses mains.

Je ne vous demanderai pas combien vous avez dû être heureux de revoir Emile, après une si longue absence et des vicissitudes de voyages et de santé dont quelques-unes devaient vous donner de l'inquiétude. Un père seul peut sentir tout cela, et votre cher fils me prouve par sa lettre tout ce qu'il a éprouvé lui-même aux témoignages de tendresse de sa mère et de vous. Gardez-le bien portant et heureux de vivre

dans sa famille. Pour nous, à son retour à Paris, nous nous chargeons de continuer votre œuvre d'attachement et de soins. Vous n'aurez pas de peine, mon cher oncle, à me déléguer de vos pouvoirs paternels ce qu'ils ont de bienveillant et d'affectueux, quand vous saurez qu'avec mes quarante-huit ans sonnés je serais très aisément le père d'Emile, au moins en Itahe ou en Espagne.

Adieu, mon cher oncle. Ma femme et moi nous vous embrassons, ainsi que notre tante, et nous faisons des vœux sincères pour votre santé.

Votre neveu dévoué,

A M. J. MOHL, à Londres.

Ghâtillon, 31 août 1849.

Mon cher ami.

Je crains bien d'être le premier à vous annoncer une triste nouvelle qui vous affligera beaucoup. Haughton est mort mardi dernier à Saint-Gloud, où il s'était retiré depuis votre départ pour Londres. Je ne l'ai appris qu'hier à Ghâtillon; la lettre m'est parvenue trop tard pour que je pusse aller à Paris, au service qu'on lui faisait à l'Oratoire. J'ai écrit immédiatement à ses nièces, en supposant qu'elles ont encore un domicile rue Soufflot. Je ferai tout mon possible pour les voir, car elles doivent être bien abandonnées dans la solitude si triste où les laisse la mort de leur oncle. Il

est affligeant de penser que Haughton aura hâté sa fin par le soin même qu'il prenait de sa santé ; mais il était bien difficile qu'il ne pensât pas constamment à lui avec la vie retirée qu'il menait. Voilà encore une perte qui sera bien sensible à M^^ Molil.

Vous penserez sans doute que je ne ferai pas mal, dès que la chose ne sera pas indécente, de pressentir l'Académie pour le choix de son successeur ; ce doit être Wilson, et il n'y aura, j'espère, aucune divergence sur son nom. Je désire pour ma part que notre unanimité lui soit acquise.

Je vous remercie beaucoup des détails que vous me donnez dans votre dernière lettre. Décidément on ne peut lutter avec les Anglais pour l'acquisition des manuscrits transgangétiques ou autres. J'en fais très philosophiquement mon deuil. Si je n'ai pas autant de matériaux pour mon deuxième volume que pour le premier, un autre viendra qui complétera les lacunes. Je vous avouerai d'ailleurs que, maintenant, je travaille plus pour satisfaire ma curiosité personnelle et occuper ma vie que pour me faire un nom auprès du public.

Depuis votre dernière lettre, j'ai reçu d'Ariel^ une épître volumineuse et très curieuse, d'où j'extrais ceci, qui touche à mes manuscrits palis-barmans : qu'ils sont aussi introuvables dans l'Inde qu'à Londres.

J'ai eu assez de bonheur, dans ces derniers temps, pour le Journal du Bengale. Duprat m'en a fourni un set de cinq numéros. Il ne me manque absolument

1. Secrétaire-archiviste du gouvernement à Pondichéry, disciple d'Eugène Burnouf, dont il avait suivi le cours de sanscrit.

plus que le numéro d'octobre 1848. Avec ce numéro, j'aurai jusqu'à janvier 1 849 inclusivement ; c'est assez respectable. Si vous avez fait l'acquisition des autres numéros que je vous demandais, et que j'ai maintenant, ne vous en inquiétez pas. Gardez-les néanmoins, je les glisserai à Duprat ou à n'importe qui ; dussé-je même les garder. Pour un journal aussi difficile à se compléter, il n'y a pas lieu d'appliquer la maxime de droit : non bis in idem.

Adieu, mon cher ami, offrez nos respects à M""® Mohl et croyez-moi

Votre dévoué,

A M. J. Mohl, à Londres.

19 octobre 1849.

Mon cher ami.

Je vous remercie beaucoup des peines que vous vous êtes données pour me trouver des manuscrits palis et barmans. Je vois que la récolte de ces objets n'est pas plus facile à Londres qu'à Paris.

Veuillez présenter mes remerciements sincères à Trithen et à Vaux pour le cadeau qu'ils veulent bien me faire. J'ai immédiatement chargé Duprat d'envoyer à Vaux un exemplaire du Yaçna à l'adresse que vous m'avez indiquée. Quant à Trithen, je ne vois pas pourquoi, quand j'aurai fait de son manuscrit l'usage dont il vaudra la peine, je ne le lui renverrais pas. Vous devez savoir que je ne suis plus aussi maniacjue de

propriété que je l'étais autrefois ; le communisme me gagne, et je ne suis en ce moment avide que du fonds contenu dans les manuscrits. Ainsi, en remerciant Trithen, dites-lui que j'entends ne pas garder son volume. Quant à Vaux, il me semble que j'achète son paquet probablement ce qu'il vaut. Cependant, si dans ce paquet de feuilles il y avait quelque chose qui en valût la peine, je le copierais et le lui renverrais.

J'ai vu naturellement Landresse, ce qui a retardé d'un jour ma réponse. Il vous remercie du Bird qu'il veut bien acheter, en noir ou en couleur, comme vous voudrez, car vous en pouvez juger seul, étant sur les lieux.

Quant à la Grammaire barmane de Latter, je la lui ai coulée adroitement. Vous pouvez donc la commander pour la Bibliothèque de l'Institut. Restent les numéros du Archipelago, que vous avez trouvés incomplets du rf 5. Décidément, et vu l'état de ma bourse, je trouve que 35 francs sont beaucoup d'argent pour cela. J'aimerais mieux mettre cette somme au Yajur de Weber. Ne me prenez donc pas ces numéros; je m'en passerai. Mais je vous remercie du numéro d'octobre 1 848 du Journal du Bengale. Est-ce que je ne ferais pas bien, mon budget étant peu chargé, de vous prier de me prendre ce que vous trouverez de l'année 1849? Je n'ai encore reçu que janvier.

Adieu, mon cher ami, pardonnez à l'affreux papier dont je me sers. J'avais prié Dumont de m' acheter une rame d'excellent papier à lettres. Voilà ce qu'il m'a donné !

Mille respects à Madame Mohl de ma part et de celle de ma femme.

L'élection à la place de Letronne est bien pour le premier vendredi de novembre. On ne sait au juste ce qui se passera, vu que Ravaisson n'est pas à Paris et que Longpérier, trouvant le champ libre, a marché en véritable enfant de M. le maire de Meaux, comme disait Dumersan, de vaudevillique mémoire.

A M. Charles Burnouf, à Valognes.

Paris, 30 octobre 1849.

Mon cher oncle,

Nous voici de retour à Paris d'hier au soir, et je ne veux pas laisser passer la journée sans vous écrire pour vous exprimer la satisfaction que nous avons eue du retour d'Emile et de la simplicité toute fraternelle avec laquelle il a accepté jusqu'ici notre hospitalité amicale. Nous espérons bien que notre établissement rue de l'Odéon ne relâchera pas le lien qu'il a contracté avec nous pendant un mois de séjour à Ghâtillon. Pour notre part, nous ne négligerons rien pour que notre voisinage et notre intimité lui soient agréables et, si cela est possible, profitables. Il a dû vous écrire qu'il avait loué un petit logement de garçon dans la maison que nous habitons, juste au-dessous de nous. Il viendra prendre ses repas chez nous en famille, et le soir, quand il ne sera pas trop pressé

de travail, il restera toute la soirée. D'ailleurs, nos après-dîners ne sont pas totalement perdus. Comme, depuis longues années, j'ai consacré chaque soir à l'éducation de mes enfants, dont nuls autres que moi et ma femme ne se sont jamais occupés, quand j'ai donné la leçon d'allemand ou d'anglais, nous faisons à haute voix quelque bonne lecture dont tout le monde profite. Emile aime beaucoup ce passe-temps, qui va bien à son esprit réfléchi et ami de toutes les bonnes connaissances, et moi qui, à force d'apprendre des langues baroques, cours le risque d'oublier la mienne, je pousse beaucoup à la pratique de ce bon exercice. Du reste, dès le mois d'octobre, il a déjà commencé sa thèse de docteur et il ne paraît pas mécontent de ses commencements. J'ai la ferme espérance qu'il réussira et que ce ne sera pas de sa faute s'il n'atteint pas la position qu'il mérite.

Hier au soir, en arrivant, il a pris possession d'une caisse de très belles pommes de pigeonnet et de reinette qu'il a aussitôt mises à la disposition de la communauté. Vous jugez de la joie qu'on aura cet hiver à manger ces pommes. Aussi je ne voulais pas vous écrire sans vous remercier pour notre part, puisque, grâce à l'amitié d'Emile, c'est à nous aussi que vous faites ce joli cadeau.

Adieu, mon cher oncle, nous vous présentons tous nos respects les plus empressés et nous vous prions d'embrasser notre tante bien affectueusement pour nous.

Votre neveu dévoué,

GXLIV.

A M. Emile Burnouf, à Valognes.

Vendredi 21 juin 1850.

Mon cher Emile,

La mort de mon oncle Amand nous a bien affligés ici; les dernières nouvelles que tu avais reçues de Valognes ne nous avaient pas préparés à ce triste événement. Quoique ma femme ne connût pas personnellement notre oncle, elle en avait si souvent entendu parler à mon père et à moi qu'elle n'ignorait pas absolument quel homme rare et excellent possédait en lui notre famille. Cette perte doit te rendre bien plus précieux encore le bonheur que tu as de conserver ton père et ta mère ; c'est quand il faut se séparer de ceux auxquels nous devons tant qu'on sent la grandeur de ce sacrifice ; il jette sur le reste de la vie une ombre que rien ne peut plus dissiper.

Je pense bien comme toi que mon oncle aurait grand tort de pousser la vie active au delà des limites que la santé ou la nature lui imposent. Tu es sur les heux et tu peux lui donner, sinon un conseil, du moins ton impression. Je souhaite vivement que sa santé, rétablie complètement, lui laisse de longs jours de repos. Tu ne nous parles pas de la santé de ma tante; j'en conclus qu'elle n'est pas mauvaise.

Quant à ta position, quoique j'écoute à toutes les portes universitaires, je n'en entends pas un mot. Ces messieurs me paraissent trop occupés d'eux-mêmes pour songer aux autres. Cependant, je m'efforce de

me tenir au courant, et dans quelques heures j'aurai une conversation à ton sujet avec M. Le Clerc.

Adieu, mon cher ami, embrasse pour nous ton père et ta mère bien tendrement et donne-nous de tes nouvelles.

A SA FILLE AINEE, à TrOUvillc.

[Ghâtillon], le 6 août 1850.

Ma chère Laure, Nous sommes heureux de voir, par ta lettre maritime, que tu es toujours bien portante et que tu t'amuses de plus en plus. Je trouve pour ma part que l'air salubre de la mer influe heureusement sur ton style, qui devient beaucoup plus simple que dans tes premières épîtres. Au commencement de ton voyage, l'enthousiasme gonflait terriblement tes phrases, et je te voyais avec crainte t'élever, sans ballon et sans cheval ^ à des hauteurs où j'étais bien décidé à ne pas te suivre, vu ma nature particulièrement terrestre et l'horreur instinctive que j'ai pour le grand vent. Tout cela s'est calmé peu à peu, et je t'écris pour t'en féliciter. Je suis ravi que tu aies reconnu, sans attendre mes avertissements plus ou moins paternels, que rien

1. Au mois de juillet 1850, une aéronaute, M""^ Poitevin, avait fait plusieurs ascensions , montée sur un cheval suspendu à la nacelle du ballon; elle était passée au-dessus de Ghâtillon et avait été aperçue par la famille Burnouf.

ne sied mieux à tout le monde, et surtout à une jeune personne, que la simplicité, qu'on a appelée aimable, je ne sais pas quand ni où, mais certainement avec raison. De tous les genres le plus mauvais est le genre prétentieux, et c'est malheureusement celui qu'on recherche le plus. On a peine à comprendre comment il se fait que les personnes du sexe (style impérial), qui ont un si bon goût dans le choix de leurs rubans, en aient un aussi mauvais, en général, dans le choix de leurs phrases. La raison en est qu'elles veulent faire des phrases, ce qui est une diable de profession pour ceux même qui en vivent. Mais voilà assez de littérature de famille, comme on dirait en Angleterre, sans garantie du gouvernement.

Je ne puis trop te rappeler de remercier constamment ton oncle et ta tante ^ des peines qu'ils se donnent pour t'amuser. Quant à nous, il n'y a que peu de choses de changé à notre situation : ta maman se fatigue très aisément ; tes sœurs fleurissent ; moi je travaille comme si ce que je fais me rapportait un sou; c'est là ma destinée particulière, et ce qui m'empêche d'aspirer au titre si justement disputé de travailleur.

Ton père affectueux,

1. M. et M™e H. Poiret, qui avaient emmené leur nièce avec eux aux bains de mer.

A M. H. -H. WilsonS à Londres.

Paris, 6 octobre 1850.

Monsieur et illustre maître,

Je profite du départ pour Londres de M. Aristide Guilbert pour me rappeler à votre souvenir et vous témoigner une fois de plus mon respectueux dévouement.

M. Guilbert, qui a conçu l'idée d'une belle entreprise, la reproduction et l'achèvement de la Bibliothèque orientale de d'Herbelot, vous entretiendra de son projet, qui a excité ici une vive sympathie parmi les orientalistes. Mais il est juste qu'il désire et vos conseils et votre assentiment, parce que nul en Europe ne peut ni ne doit prononcer le nom de l'Inde sans vous avoir consulté.

Je voudrais être dans la position de M. Guilbert et pouvoir passer quelques instants avec vous ; mais des devoirs de plus d'un genre, et la santé de quelques personnes de ma famille, me retiennent et me retiendront encore longtemps en France.

C'est donc seulement par lettres que je puis m'entretenir avec vous des études pour lesquelles vous avez tant fait, et que vous ne cessez de poursuivre avec une supériorité à laquelle l'Europe applaudit toujours avec une admiration qui ne se lasse pas.

Veuillez, Monsieur et illustre maître, agréer l'assurance de mon respect dévoué.

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