‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 56 sur 86 · D'après la copie faite par M. B.-H. Hodgson lui-même · texte numérisé non relu

D'après la copie faite par M. B.-H. Hodgson lui-même

naître, et, si vous le permettez, je vous le dédierai respectueusement, comme au fondateur de la véritable étude du Buddhisme par les textes et par les monuments ^

Je ne suis en aucune façon surpris de ce que vous me dites sur l'assistance qu'a tirée M. Cunningbam de l'étude de votre volume sur la doctrine ancienne du Buddhisme. Je suis intimement convaincu que je n'en aurais pas moins obtenu d'instruction, si je l'avais eu à ma disposition pendant le cours de mes recherches. Mais, quelques efforts que j'aie faits depuis bien des années, quoique je l'aie demandé partout, à tous les libraires et aux secrétaires de toutes les Sociétés, à Londres, à Calcutta, à Bombay, à Madras, je n'en ai pas même pu voir un seul exemplaire, et Dieu sait si j'eusse épargné un sacrifice quelconque pour me le procurer. Il en est de même de vos recherches ethno-

1. La mort, en enlevant trois mois plus tard Eugène Burnouf à sa famille dont il était adoré, et à la science pour laquelle il avait tant fait, ne lui a pas permis de terminer complètement l'impression du Lotus de la bonne loi, traduction du Saddharma Pundarika. Il lui restait encore à finir le 21 « des Mémoires donnés en Appendice, et à rédiger la préface et la table. Un de ses plus savants élèves, M. Théodore Pavie, voulut bien faire la table, et M. Mohl se chargea, avec un pieux dévouement, de donner les derniers bons à tirer, d'annoncer dans quelles douloureuses circonstances le livre paraissait, et d'expliquer ainsi l'interruption du dernier Mémoire et l'absence de préface. Désireux de respecter dans toute leur étendue les intentions de son ami, et d'accord avec Madame Eugène Burnouf, il a fait imprimer la dédicace dans les termes mêmes qu'avait employés Eugène Burnouf en annonçant à M. Hodgson, par la lettre que nous publions ici, son projet de lui dédier son livre. M. Hodgson, à la nouvelle de la mort de son illustre correspondant, s'était empressé d'envoyer à M. Mohl une copie fidèle de cette précieuse lettre.

logiques, qui sont faites pour jeter tant de jour sur la primitive histoire de l'Inde. On trouve ces excellents ouvrages cités dans le Journal du Bengale, qui ne nous parvient lui-même que très irrégulièrement, et même d'une manière très incomplète ; mais on ne peut s'en procurer d'exemplaires ni pour or ni pour argent. Heureusement que votre amitié a pensé à moi pour le dernier ouvrage, et que je vois, par votre dernière lettre, que vous en mettez trois exemplaires à ma disposition. Je désire que vous ne désapprouviez pas l'emploi que je compte en faire dès leur arrivée : un pour l'Académie des inscriptions, un pour M. Mohl, secrétaire de la Société asiatique, et le troisième pour moi.

L'exemplaire destiné à M. Mohl est bien placé comme souvenir du zèle qu'il a montré à soutenir votre candidature auprès de nos confrères, car vous avez deviné juste : c'est moi qui, en effet, ai cru que l'auteur des beaux mémoires des Asiatic Researches et du Bengal Journal était depuis longtemps digne d'être le correspondant de la classe d'érudition de l'Institut. J'ai exposé publiquement vos titres dans une de nos séances, et, quoique votre nom n'eût pas été porté sur la liste des candidats par la commission chargée de préparer le travail, j'ai eu la satisfaction de l'y voir insérer hors de ligne sur ma demande ; et, à la séance suivante, vous avez eu presque l'unanimité. M. Mohl vous a servi beaucoup dans les conversations particulières. Nous sommes très heureux d'apprendre par votre lettre que vous n'avez pas été indifférent à ce titre. S'il est dans vos intentions d'écrire à l'Académie, votre lettre devra être adressée à M. le baron Walc-

kenaer, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles- lettres de l'Institut de France, à Paris, palais de l'Institut. Tout ce qui viendra de vous sera toujours accueilli avec une estime méritée et une reconnaissance très empressée.

Adieu, Monsieur et illustre ami, veuillez me conserver votre bienveillant souvenir, et croyez-moi l'un de ceux qui s'honorent le plus devons compter au nombre de nos confrères.

Votre bien dévoué et reconnaissant,

Eugène Burnouf.

A M. J. MOHL, à Paris.

Paris, 17 mars 1852.

Mon cher ami, Je quitte à l'instant le cabinet du directeur de l'Imprimerie nationale^. Non seulement il vous agrée, mais encore il vous désire. Il pense seulement que vous devez lui adresser une demande écrite, que vous lui porteriez vous-même demain jeudi, vers trois heures, pour qu'il s'entende avec vous. Il croit cette démarche indispensable, parce que le garde des sceaux a déjà en main des demandes formelles d'autres membres de l'Institut, et que le directeur sent qu'il échouerait

1. Eugène Burnouf donnait sa démission d'inspecteur de la typographie orientale à l'Imprimerie nationale, et souhaitait d'être remplacé dans ces fonctions par son excellent et savant ami, ce qui fut fait.

certainement si le garde des sceaux venait à lui objecter que vous ne lui avez fait aucune demande. Je ne vois pas que vous ayez aucune objection contre ce point de forme. Faites donc diligence, autrement M. de Saint-Georges se verra la main forcée, ce qui serait déplorable.

Ma démission sera déposée le même jour, demain, à l'Imprimerie. Vous êtes donc dans les délais de la délicatesse pour produire votre candidature.

Je serais allé chez vous pour vous presser moimême ; mais je suis extrêmement fatigué , et je ne puis monter le moindre escalier.

Mille respects à Madame Mohl, de la part de ma femme.

Votre tout dévoué,

A M. EMILE BuRNOUF, à Grenoble.

Paris, 18 mars 1852.

Mon cher ami,

Je te remercie de ta bonne lettre d'avant-hîer. Sois d'abord bien convaincu que, si j'eusse connu d'avance le désir du ministre à mon égard, je ne t'aurais pas laissé l'apprendre par le Moniteur. Mais j'ai su la chose en même temps que le public ; car le ministre, qui m'avait vu lui-même, ne m'avait parlé que d'une coopération générale, et ses propositions n'étaient pas aussi précises. Je ne désirais pas, encore moins

demandais-je, ces fonctions passablement délicates^; quand on m'en a parlé, il n'était plus temps pour refuser. Ma consolation est de penser que, si je ne puis pas beaucoup en faveur des principes, je ne serai pas si impuissant à l'égard des personnes que ma ferme détermination est de servir de tout mon pouvoir.

Le ministre, pour me décider, a bien voulu me dire qu'en m'appelant à ces fonctions, qui entraînent avec elles des distractions nécessaires, il entendait me sauver du marasme dans lequel m'a plongé, cet hiver, le travail opiniâtre de ces dernières années. Et, dans le fait, je me trouve depuis le mois de novembre dans un état de santé déplorable. Je ne t'en ai pas parlé, parce que tu sais que je n'ai pas l'habitude d'occuper les autres de moi. Ces oppressions et défaillances, que tu m'avais vues cet été, ont éclaté depuis janvier en une véritable affection nerveuse qui m'a ôté toute force, a presque détruit la possibilité du travail intellectuel, ou du moins l'a rendu lent et difficile, et m'a jeté dans une fatigue et une impuissance incurables. Mon docteur, qui m'est dévoué, attend en vain l'arrivée d'une température plus tiède ; nous revoyons, il est vrai, le soleil depuis trois jours; mais le vent reste toujours d'une froideur implacable. Les choses en sont au point que Vosseur est convenu de consulter M. Ghomel, qui doit venir samedi m'examiner à fond. Je me traîne péniblement à mon cours et à l'Académie ; mais il y a des moments où je ne me sens plus que l'ombre de moi-même. Ce m'est une idée bien

1. Eugène Bu rnouf venait d'être nommé inspecteur général de l'enseignement supérieur.

pénible que de penser que j'étais presque arrivé au terme de mon Lotus ; il ne me restait que vingt pages à écrire (j'en suis à la feuille 108, in-4*^), plus la table à faire ; l'idée de ce dernier labeur m'aura épouvanté et hâté la crise. Mais, en voilà assez sur mon compte; tu ne te plaindras plus, amicalement comme tu l'as fait, que je ne te parle pas de moi. Tes cousines sont bien enrhumées, notamment Pauline. Ta cousine seule va bien absolument; elle a besoin de toute sa santé pour nous soigner tous.

Parlons un peu de toi : j'ai appris bien des choses qu'on me tenait cachées, mais je ne sais pas tout encore; seulement, je n'ai pas voulu percer à la fois tous les voiles par un sentiment que tu comprends déjà ; il ne serait pas convenable d'aller jusqu'au bout; autrement, certains rapports nécessaires pourraient devenir difficiles. Seulement, ce que je puis déjà te dire, c'est que tu aurais le plus grand tort de renoncer à tout, comme tu y parais enclin. M. Lesieur, que je sors de voir, m'affirme de la manière la plus positive qu'il continue à t'être extrêmement dévoué, et qu'il ne cherche que l'occasion de te donner un dédommagement convenable; il te prie seulement de ne pas lui écrire, ainsi qu'au ministre, des lettres aigres-douces qui pourraient le rendre indifférent. Je crois qu'il te donne un bon conseil ; pense à ce que les temps exigent de prudence. Mon entrée dans l'enseignement public, avec les souvenirs que mon père y a laissés, ne peut pas être absolument stérile pour ton avenir. Il dépendra de toi qu'elle te devienne profitable. On ne te conteste rien pour le mérite et les droits; tâche qu'on n'ait pas le droit d'objecter ces

légères difficultés de caractère qui ne sont rien dans la vie, mais qui, pour les administrateurs, paraissent quelquefois des montagnes.

Ce me serait un bien grand plaisir de pouvoir aller t'embrasser au printemps prochain, si M. Chomel me rend des jambes ; rien n'est cependant encore décidé, quoique je soupçonne qu'on ne verra pas d'obstacle à m'envoyer dans le midi.

Adieu, mon cher ami; quand tu écriras à Valognes, présente à tes parents nos respects affectueux.

Tout à toi,

Mille compliments pleins de cordialité à M. Boyer.

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