Du Commentaire sur le Yaçna
note sur us, inexacte dans sa plus grande partie, et de confusions erronées, comme âsa et âsît; djamyât, que j'ai pris pour un subjonctif de la deuxième classe, tandis que c'est bien évidemment un précatif. Je vous dirai, entre nous, que M. Bopp est un peu cause de ces fautes, dont beaucoup viennent de précipitation. S'il ne s'était pas jeté à la traverse de mon travail, pour faire chanter ses découvertes par les recenseurs des Jahrbûcher de Berlin, j'aurais encore gardé un an mon livre, et, outre qu'il aurait gagné sous le rapport de la coordination des parties, qui y est à peu près nulle, et sous le rapport de la concision, qui y manque malheureusement, je crois pouvoir dire que beaucoup d'ignorances, quelle qu'en soit la cause, en auraient disparu. Maintenant, le mal est fait; il sera toutefois réparable si des médecins comme vous veulent bien y apporter le remède de leurs conseils et de leurs avis que je ne perdrai jamais de vue.
Les nouvelles littéraires que vous voulez bien me communiquer sont du plus haut intérêt. Quelle riche moisson que celle de M. Schilling de GanstadtM Faudrat-il donc, pour aborder le bouddhisme, avaler, comme le Sage indien, les lacs sans fond du Bhôtànta? Gela est effrayant, seulement pour nous, qui sommes sur le seuil, marchant sous vos bannières ; mais vous formerez tant et de si bons disciples que le travail divisé paraîtra plus abordable. Quelque intérêt que j'attachasse à cette précieuse communication, je n'ai pas osé en rien laisser mettre dans le Journal asiatique, qui devient
1. Voy. à l'Appendice, n» IX, l'extrait d'une lettre du baron Schilling de Ganstadt à Schlegel.
d'ailleurs, de jour en jour, plus brûlant des feux de la poésie arabe.
Dans l'intervalle de la lettre dont vous m'avez honoré et de celle que je vous écris dans ce moment, vous aurez dû recevoir le paquet complet de ce qui vous manque. Il était déposé chez Maze , auquel j'avais recommandé de la célérité. Quant au Vendidad, je croyais vous avoir adressé le tout; mais, comme il n'en est rien, d'après les détails que vous me donnez, je vous ferai, de nouveau, l'hommage de ce qui vous manque. Je vous demanderai seulement quelque délai, parce que les banqueroutes de libraires, et même de l'ancienne liste civile, ont porté le trouble dans mes cent exemplaires, dont la mort de mon lithographe m'empêche en ce moment de publier la dernière hvraison.
Les nouvelles littéraires que j'ai à vous annoncer sont assez pauvres ; il en est une cependant qui doit, dirai-je vous intéresser, tout au moins être connue de vous. M. Langlois, le chef des troupes de l'opéra que vous aviez si heureusement caractérisées, vient de publier la plus grande partie d'une traduction française du Harivamsa; s'il ne vous l'a pas envoyée, je crois que vous serez curieux d'y jeter un coup d'œil. En luimême, le Uvre est rempli de légendes intéressantes, et il vaut bien la peine d'être lu. Mais quel fond peuton faire sur la traduction , quand on voit djyotisch purô gama traduit par qui marche devant la lumière, et quand un traducteur se vante, à cette occasion, d'avoir rendu l'original littéralement ! Il y a des fautes faisables, il y en a d'inévitables ; l'attention nous échappe quelquefois, la mémoire aussi nous manque, parce que
nous sommes hommes ; mais il y a une limite à ces fautes, et d'ailleurs, en les supposant très nombreuses, on doit voir au travers, alentour, des traces d'un savoir quelconque, d'une exertion et d'une volonté de bien faire qui rendent indulgents les plus difficiles; car, pour rabaisser un mot divin, « il sera beaucoup pardonné à celui qui aura beaucoup voulu. » Je crains bien, pour le traducteur français du Harivarnsa, que vous ne trouviez dans son œuvre que bien peu de qualités rédimantes, et j'ai grand'peur qu'il ne tombe sous votre justice sévère, de laquelle il ne se relèvera pas.
Mais je vois que j'abuse de vos moments, et qu'il me reste à peine l'espace suffisant pour vous prier d'agréer mes hommages respectueux.
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Eug. BURNOUF.
P. S. — Seriez- vous assez bon pour présenter mes amitiés les plus cordiales à MM. Lassen et F. Windischmann?
GLXXm.
A M. A. -G. DE SCHLEGEL, à Bonn.
Paris, 19 janvier 1835.
Monsieur, Je commence à être bien coupable de n'avoir pas répondu plus tôt à votre dernière lettre, et j'ai besoin de toute votre indulgence. J'ose y compter quand vous aurez entendu les raisons de mon retard. Je suis en ce moment occupé de l'impression de la deuxième par-
tie du premier volume, et cela me prend une bonne partie de mon temps. Mais le fort du travail a été pour moi depuis la fin de novembre jusqu'au commencement de janvier, parce que l'Imprimerie royale a été à cette époque un peu plus libre dans ses mouvements. C'est un supplice dont vous avez peu l'idée que de dépendre d'une imprimerie qui, tantôt imprime avec emportement un demi-volume à la fois, tantôt vous laisse en repos des mois entiers. Il faut saisir l'instant où, se débarrassant des budgets et des tarifs de poste, elle veut bien se réveiller pour les études impopulaires et improductives. J'ai profité d'un moment de répit, et j'ai imprimé dix feuilles in-4°, du 1 ^'^ décembre au 1 5 janvier. Gela avance mon volume, qui cependant ne pourra pas paraître sitôt que je le désirerais, parce que la loi des comptes, ou telle autre composition destinée à prouver aux peuples qu'on mange leur argent avec méthode, viendra, au commencement de février, m'enlever mes compositeurs. Je n'en ai pas moins achevé complètement mon manuscrit; cela formera encore cinquante-cinq feuilles environ, dont trentetrois sont imprimées.
Votre lettre contient tant de choses utiles et instructives pour moi que je ne puis trop vous remercier de vouloir bien quelquefois dérober en ma faveur un peu de ce temps que vous employez si bien au progrès des belles études que, après tant de gloire acquise par d'autres travaux, vous avez embrassées avec une supériorité si incontestée. Veuillez, je vous prie, être indulgent pour mes erreurs dans les langues germaniques ; j'ai parlé avec l'ardeur de la jeunesse de ce que je ne savais pas assez; j'en suis maintenant au repentir, et
je n'ai d'autre moyen d'expier ma faute que de m'établir, du mois de juillet au mois de novembre, dans quelque ville d'Allemagne, où, bien solitairement, je me mettrai à étudier pour tout de bon l'allemand, avec Grimm et Graff à la main.
Je vous suis bien reconnaissant des offres que vous voulez bien me faire de quelques-uns de vos travaux ; je suis déjà comblé de vos générosités. Je possède les deux Calendriers de Berlin ; je les ai achetés dans leur temps^ . Quant à l'Hitopadeça, j'oserai plus tard profiter de votre ofïre pour mes élèves ; mais je crois que vous serviriez très utilement l'étude du sanscrit, en en mettant quatre [exemplaires] chez Maze, que le libraire délivrerait à un prix modéré (que vous auriez fixé) sur un bon signé de moi. Par là vous auriez la certitude qu'aucune personne étrangère ne profite de la remise que vous auriez fixée. C'est ainsi que fait la Société asiatique; elle donne, aux personnes qui s'occupent de langues orientales, ses livres à moitié prix, et dépose les autres chez un libraire qui les vend, ou plutôt ne les vend pas, au public. J'ai la certitude de pouvoir vous compléter le Vendidad Sade, si vous avez la complaisance de me faire savoir, quand par exemple M. Lassen écrira, ce qui vous manque exactement.
J'ose espérer. Monsieur, que vous me permettrez de faire usage, pour mes additions et corrections, des excellentes notes que vous avez bien voulu me donner dans votre dernière lettre. Il y a, sur les changements de lettres et sur les conséquences que vous en tirez, des choses extrêmement neuves. Ce sera, à la fin de