Axiomes en vers
elle est si éloignée du texte qu'il faut une sorte de divination pour y retrouver le sens du français. Ajoutez les incorrections et les variations des textes transcrits par des prêtres qui n'en entendaient pas un mot. Mais je suis résigné à mettre à cette étude le temps nécessaire, dussé-je faire en dix ans ce que d'autres font en deux. Quoique je sois très peu avancé, j'ai cependant trouvé quelques-unes des lois qui modifient les mots d'origine indienne. Ces lois se reproduisent dans toutes les occasions avec une merveilleuse régularité, et je me flatte que la grammaire de cette langue, qui, quant à présent, me paraît fort embrouillée, pourra plus tard être exposée avec un degré de clarté assez grand, surtout si on fait intervenir la langue grecque; car, j'en ai la conviction, dans les mots et dans les formes grammaticales qui sont communs au zend et au sanscrit, le zend doit être considéré comme un intermédiaire. Si vous ne le trouvez pas désagréable, j'aurai occasion de vous en donner quelques exemples dans une lettre prochaine. Je serai heureux d'avoir sur ce point curieux, et dont les conséquences peuvent être fort grandes, l'appui de vos excellentes observations.
J'arrive au dernier point de votre lettre, car vous devez sentir dans ma marche quelque peu du métier que je fais quelquefois et pour lequel la nature ne m'a pas cependant créé : je suis le développement méthodique de vos idées, et, de plus, je bavarde, condition indispensable de la profession d'avocat ^ .
1 . Après une thèse brillante : De re judicata, Eugène Burnouf avait été inscrit, en novembre 1824, sur le tableau des avocats à la Cour d'appel de Paris.
Sur le Pali^ j'ai à vous donner à la fois d'excellentes nouvelles, et, en même temps, à vous exprimer mon chagrin sur quelques points. Après votre départ, Dondey-Dupré, qui me protestait toujours de son activité et de son zèle, n'en a pas été plus vite ; mais, deux jours avant la séance [de la Société asiatique], c'est-àdire le 4 mars, j'ai vu arriver avec la feuille 5, non seulement les lettres désirées, mais aussi les feuilles 6 et 7. Depuis ce moment son activité ne s'est pas ralentie, et, dans ce court espace de temps, j'ai reçu depuis la feuille 5 jusqu'à la feuille 9 qui commence le chapitre des conséquences de notre exposé grammatical. J'ai, dès le principe, fait les démarches nécessaires pour vous envoyer par la poste, comme nous en étions convenus, les feuilles que je recevais, avec l'espoir que Dondey ne me presserait pas assez pour que je ne pusse avoir votre réponse. Dondey, auquel j'ai dû communiquer notre arrangement, s'est alors efforcé de me démontrer qu'il fallait huit jours pour le départ et l'arrivée d'une lettre de Bonn (ce que je savais), que cela empêcherait notre travail de paraître au moment de la séance, etc. Ces considérations n'étaient pas assez fortes pour me décider à manquer à la promesse que je vous avais faite ; mais, dans le même temps, on me refusait à la poste de vous faire parvenir une feuille d'impression, sur le motif que l'on pourrait ainsi faire entrer dans le royaume, par portions, des livres prohibés. M. Rémusat m'offrait bien de
\. « Essai sur le Pâli ou langue sacrée de la presqu'île au delà du Gange, avec six planches lithographiées, et la notice des mss. de la Bibliothèque du roi, par E. Burnouf et Ghr. Lassen, membres de la Société asiatique de Paris. » Paris, 1826, 1 vol. in-8o.
parler à M. Roger* ; mais, en même temps, il me faisait sentir tout ce qu'il y avait d'urgent à ce que nous pussions paraître en avril. Ajoutez à cela que j'acquérais la certitude que l'ouvrage sera plus considérable que nous ne l'avions cru ; les développements successifs qu'il a reçus, sans en agrandir le cadre, en ont allongé certaines parties, et vous voyez que, si nous ne faisons que commencer le chapitre iv à la fin de la page 138, l'ouvrage ne peut manquer d'avoir 13 ou 14 feuilles, peut-être plus. Dans cette alternative, pressé par Dondey, qui m'envoyait toutes les deux heures une épreuve nouvelle, j'ai donné les bons à tirer, qu'il m'arrachait en quelque sorte, avec le dessein de vous envoyer huit bonnes feuilles d'ici à deux ou trois jours, et en me résignant à l'inconvénient de laisser échapper, avec ma tête française, des fautes d'inattention que nous relèverons dans un errata. Car ce que je craignais est arrivé : la partie que contiennent ces feuilles est fort difficile à imprimer, et, quoique j'aie relevé avec un très grand soin la masse énorme de fautes qui s'y trouvaient, ils ont oublié d'en corriger quelques-unes ou ont fait très ridiculement les corrections que j'avais indiquées. Cela porte en partie sur des à pour des a, sur des n pour des n, et l'oubli ou l'insertion fautive de quelques h. Mais je pense que, vu la difficulté d'imprimer de pareils textes, jointe à l'ignorance des imprimeurs de Paris, et entre autres des ouvriers de Dondey, vous n'en trouverez pas le nombre très considérable. Je n'ai jusqu'à
1. Le baron Roger (1775-1842), membre de l'Académie française, secrétaire général des postes.
présent que quatre feuilles, les quatre suivantes vont me revenir et je vous les adresserai immédiatement par la voie de Treuttel ou de Dondey, ce qui est plus sûr que la poste; mais certainement vous les recevrez avant huit jours.
Voilà ce que j'ai à dire pour ma justification sur le point important des épreuves. J'espère que mes raisons vous satisferont. Si, dans le relevé des fautes que vous aurez la complaisance de faire, quelque chose vous choquait dans la rédaction, et si vous trouviez matière à quelque observation nécessaire, veuillez me le dire, nous pourrions faire un supplément en petit caractère, sous le titre d'Additions et de Corrections.
Voilà, mon cher Lassen, ce que j'ai à vous communiquer de plus pressé ; dans une autre occasion je vous parlerai de la réponse de M. Schulz^, qui n'a pas fait aussi bon effet que ses amis l'eussent désiré. M. de Sacy^ a été d'une partiahté extrême en menaçant d'interrompre la lecture, et il s'est déclaré en quelque sorte pour Lagrange. Schulz, qui va partir pour Bonn, à ce que je crois, vous donnera sur cet objet les détails que vous désirerez.
1. Dans deux articles insérés au Journal asiatique, t. VII, 1825, Schulz avait critiqué les « philologues-poètes » qui publient des « fatras erotiques ou romantiques, » à l'exclusion d'ouvrages historiques sérieux et importants.
Cette allusion avait vivement blessé Ghézy et Grangeret de Lagrange. Celui-ci riposta par une défense de la poésie arabe et persane; c'est de la réponse de Schulz à cette défense qu'il est question ici.
2. Le baron Silvestre de Sacy (1758-1838), membre de l'Institut, professeur au Collège de France et pair de France sous le règne de Louis-Philippe, était président de la Société asiatique. Voy. l'Appendice, n» XIV.
Recevez, mon cher ami, l'expression sincère de mon attachement inaltérable.
Tout à vous,
Mon père me prie de le rappeler à votre souvenir.
A M. Chr. Lassen, à Bonn.
Paris, jeudi 30 mars 1826.
Mon cher Lassen,
Je remets à l'instant à Dondey, qui vous les fera parvenir, les feuilles 9, 10, 11, et la feuille 5, avec le tableau qui n'était pas tiré encore. Je corrige les feuilles 1 2! et 1 3 et le commencement de la 1 4^ qui achèvera l'ouvrage. Je rédige en même temps l'index des mots, qui occupera dix pages. Vous voyez que notre travail avance. Je ne me plains pas de l'activité des imprimeurs, seulement je leur demanderais un peu plus d'exactitude dans les corrections. Je n'ai pas reçu de vos nouvelles depuis que les feuilles 1 -8 vous sont arrivées; ne les auriez -vous pas reçues? Gela m'étonnerait beaucoup, car Dondey m'a assuré qu'il avait pris tous les moyens possibles pour que vous les eussiez sûrement et vite. Je vous serai infiniment obligé de me faire savoir ce qui en est à cet égard. Si vous pouviez aussi m'envoyer vos corrections pour l'errata nécessaire, et qu'il est pressant de rédiger, parce que les imprimeurs le demandent? Tout retard
pourrait en effet nous être préjudiciable, parce que, suivant Dondey, il faudra pour brocher et arranger les planches un temps assez considérable. Je vous expose toutes mes raisons, et je m'en rapporte à votre zèle, à votre activité.
Je continue mes études sur le zend et je m'occupe dans ce moment de composer le dictionnaire. Ce travail, qui me met en possession d'un grand nombre de mots, sera la base de ma comparaison du zend et du sanscrit. J'ai écrit, pour fixer mes idées, mon système de lecture. Il est identique dans deux points importants avec celui de M. Rask^, ce qui, à mon avis, lui donne quelque autorité. En effet, M. Rask n'ayant, comme vous savez, donné aucune raison des corrections qu'il a faites, je ne puis savoir par quel procédé il y est arrivé ; j'y parviens par deux voies : le raisonnement et la régularité qui apparaît dans l'alphabet zend, quoique Anquetil l'ait entièrement confondu, et les faits qui sont : 1° l'identité des mots zends et sanscrits, 21"^ l'orthographe des mots de la doctrine dans le manuscrit zend-sanscrit d' Anquetil. Quant à la suppression de Va bref que je considère comme un elif, je n'en vois pas de trace dans M. Rask, et je le crois cependant indispensable. Je vous en entretiendrai prochainement, car je n'ai ici personne avec qui parler, et je vous soumettrai une singulière objection qui se présente contre ce système. Elle n'est pas à l'avantage de l'antériorité du zend sur le sanscrit.
Je remets dans ce moment Y Avertissement pour notre
1. Philologue danois, né en 1787, mort à Copenhague en 1832, qui a fait d'importants travaux sur le zend.
Essai à Dondey. J'y paie à l'obligeance de M. Rémusat un juste tribut de reconnaissance.
Écrivez-moi, je vous prie, mon très cher collaborateur, et ne laissez pas languir un pauvre Français dans le pays le plus gai, mais le plus illettré et le moins bouddhiste du monde.
Recevez l'assurance de mon amitié sincère et durable.
Votre serviteur,
A M. Ghr. Lassen, à Bonn.
Paris, 4 avril 1826.
Le commencement de cette lettre traite des fautes d'impression relevées dans V Essai sur le Pâli, et de la manière de les corriger. Elle continue ainsi :
Je vous écris une lettre bien peu intéressante,
car la vôtre, qui contenait beaucoup d'observations, avait au moins l'avantage d'améliorer notre Essai, ce que la mienne n'a pas. Je vous avouerai que j'aurais bien pu trouver, surtout dans la lecture des manuscrits palis-siamois, matière à un assez grand nombre d'observations neuves ; mais l'insertion eût retardé l'achèvement du travail, événement après lequel j'aspire pour être délivré des absurdes ouvriers de M. Dondey.
Dans ce moment la Société asiatique, qui a tenu sa séance hier soir, languit singulièrement par la maladie subite de M. Abel Rémusat. Il est pris d'un violent mal de gorge qui le tient au lit depuis quatre jours.
Nous avons pu juger hier de l'intérêt, de la vie et de la chaleur qu'auraient ses séances sous un secrétaire tel que M. Garcin ^ si M. Abel Rémusat venait à cesser de l'être, ce qu'il paraît vivement désirer. Je ne sais comment toutes ces choses tourneront ; mais je vous dirai, sous le secret, que M. de Sacy veut frapper un grand coup. Il désire faire exclure de la Commission du journal MM. Saint-Martin ^ et Klaproth, contre lesquels il a une inimitié personnelle qu'il ne déguise plus, et qu'il veut remplacer par MM. Garcin et Grangeret. Vous comprenez la perte que ferait la Société, car M. Saint-Martin, seul, fait aller le journal, et il faudrait, je crois, donner aux deux intelligences de MM. Garcin et Grangeret un développement, dont quelques personnes ne les croient pas susceptibles, pour qu'elles pussent remplir la place de M. Saint-Martin. Aussi M. Klaproth, qui a la vue très longue, a-t-il dès longtemps établi une espèce d'asile pour ceux qui voudraient déposer quelque part quelques articles. Il a déjà proposé à MM. Saint-Martin et Rémusat, au cas où le projet, je dois dire destructeur, de M. de Sacy aurait lieu, d'agrandir le cadre du Magasin asiatique et d'en faire ce que son nom indique réellement. Je vous dis ces choses n'ayant rien de mieux à vous annoncer. M. Bopp est ici pour six jours seulement, et il nous
1. Garcin de Tassy, 1794-1878, depuis professeur d'hindoustani à l'École des langues orientales vivantes, et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
2. Saint-Martin (A.-J.), 1791-1832, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, inspecteur de la typographie orientale à l'Imprimerie royale, rédacteur du Journal asiatique, et, jusqu'en 1830, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal.
a donné une scène fort intéressante chez M. Rémusat, en soutenant une thèse contre M. Saint-Martin, sur l'antériorité du sanscrit sur le zend. J'avais causé avec M. Rémusat, qui, généralisant toutde suite quelques-uns de mes résultats, en tirait des conclusions qui tourmentaient M. Saint-Martin. Ce dernier a montré en linguistique et en philologie un système vraiment bizarre, jusqu'à faire venir datus de dator, par le changement de 0 en w et de r en 5 ! ! ! Vous concevez combien M. Ropp triomphait. J'ai été heureux de cette discussion, car elle me met pour quelques semaines à l'abri des attaques singuhères de M. Saint-Martin.
Quand je serai tout à fait quitte du pah, je vous communiquerai quelques-uns de mes résultats sur le zend. Je ne vais pas vite, parce que le sujet est difficile et que mon temps est assez divisé.
Vous sentez combien j'ai dû être sensible au jugement indulgent que M. de Schlegel a bien voulu vous témoigner en ma faveur; il faut, mon cher ami, que je partage avec vous ce qu'il peut avoir de flatteur ; car dans ce travail je ne veux pas dire d'une seule ligne je ou moi, mais nous. Il me reste à vous prier de présenter à M. de Schlegel mes respects très humbles et ma reconnaissance sincère de ce qu'il veut bien penser à moi, quand j'ai si peu de titres pour attirer son attention. Nous devons en commun être satisfaits si un homme de son talent et de son esprit n'a pas trouvé notre travail en général trop au-dessous du sujet.
Adieu, mon cher ami, vous recevrez prochainement la feuille 1^, et envoyez-moi vos remarques. J'en ai
fait quelques-unes sur les feuilles 9, 10, 11, que je mettrai sur l'errata. Elles sont peu importantes. Vale et me ama.
A M. Chr. Lassen, à Bonn.
Paris, le 21 avril 1826.
Scriptus et a tergo nec dum finitus Orestes !
Mon cher Lassen, Je reçois votre lettre du 1 6 avril au moment même où je me disposais à vous écrire, ce qui ne m'engage que plus à vous répondre. Des deux fautes que vous m'avez indiquées, l'une a été relevée dans l'Index et l'autre m'a échappé. Gela vient de la satiété que je finis par éprouver à voir sans cesse la même épreuve ; je suis incapable de m'apercevoir même des fautes les plus choquantes. Du reste, je vous annonce la fin de notre travail; je dois recevoir aujourd'hui ou demain les feuilles 13 et 14 contenant la fin des Notices et l'Index. Voici, à l'égard de ce dernier objet, le parti que j'ai pris : je l'ai fait aussi complet qu'il m'a été possible, cependant j'ai commis quelques omissions difficiles à éviter. Comme en quelques endroits il y a des différences d'orthographe, desquelles on ne peut encore dire si ce sont réellement des fautes ou des variantes, j'ai donné les deux formes en en mettant une entre parenthèses avec alias (al.) ;
par ce moyen nous ne nous compromettons pas. Le petit nombre de fautes qui m'ont échappé dans l'Index se trouvera rectifié par la lecture du texte pour les personnes qui auront la patience de se reporter de l'Index à l'ouvrage même. J'ai mis exactement la page où se trouve chaque mot ; ce qui donne à cet Index un double avantage, celui de Dictionnaire, puisque les mots sont traduits, et celui de Table des règles et principaux faits de la grammaire. Vous ne serez donc pas étonné de ne pas voir dans V errata quelques-unes de vos observations^.
J'avais pris la Hberté de disposer toutes ces petites choses sans vous en avertir, car j'ai été véritablement pressé; la composition de l'Index m'a aussi donné l'occasion de rectifier des fautes dans la traduction de quelques mots, ce qui, au reste, n'attaque nullement l'exactitude de nos règles. Vous recevrez donc très prochainement la fin, et de plus quelques-uns des exemplaires qui vous sont destinés, quand la Société, dans sa séance du 1®" mai, aura déterminé le nombre qui vous appartient.
Je quitte, mon cher ami, ces détails insipides pour vous remercier de votre offre obligeante relativement aux renseignements que nous pourrons obtenir de M. Rask sur le pâli et le zend. Je ne doute pas que ce savant homme ne puisse en ce genre nous être fort utile, et je suis bien loin de regarder comme inutiles ses observations sur l'alphabet zend, quoiqu'elles
1. Suit un relevé des corrections proposées par Lassen et déjà mises par Eugène Burnouf dans l'index de VEssai sur le Pâli.
soient fort courtes. Il ne serait pas impossible qu'il put nous faire avoir un fac-similé du Kammouva. Vous pourrez, au reste, par l'occasion de notre travail, lui demander à cet égard tout ce que votre prudence jugera convenable.
J'oubliais de vous dire que, M. de Humboldt^ m'ayant fait demander par M. Klaproth un exemplaire très promptement, je m'occupe à faire brocher mes propres bonnes feuilles, et je les lui enverrai immédiatement. Vous êtes donc délivré de cet envoi. Je me charge également des Anglais, en vous laissant les Allemands.
Je profite, mon cher collaborateur, d'un peu d'espace blanc qui me reste pour commencer mes communications sur le zend. C'est un besoin pour moi d'en entretenir un ami si éclairé et si bienveillant que vous. Voici l'ordre de mon travail : j'étudie avec assez de zèle le zend, pour lui-même d'abord, parce que, comme vous le faites très bien observer, l'étude des rapports sera bientôt faite quand on le connaîtra à fond. Pour cela j'ai l'Izechné (Yadjfia) zend-sanscrit, avec la traduction d'Anquetil. Je m'aide de ces deux interprétations, dont la plus exacte et la plus intéressante est sans contredit le sanscrit. Elle contient en outre des gloses et des détails sur les principaux êtres mythologiques, qui sont souvent très utiles. Elle a cela d'important en outre qu'elle avait, au temps
l. Guillaume de Humboldt, né en 1767 à Potsdam, mort en 1835, plusieurs fois ministre en Prusse, ambassadeur à Rome et à Londres, avait voué ses dernières années à la philologie. Il entretenait ime correspondance active avec J.-L. Burnouf sur l'étude du grec et de la grammaire comparée.
d'Anquetil, environ trois cents ans d'antiquité; mais elle offre avec la version du Zend Avesta français cela de commun qu'elle a été faite sur un original pehlvi.
Mais, en réalité, cette traduction est plutôt une paraphrase qu'une version littérale, ce qui me laisse de grandes difficultés. Ajoutez plusieurs habitudes d'orthographe tout à fait provinciales, ch pour kh et vice versa; aucune distinction dans les s, sh, s, etc., etc., parfois même du Guzarati, qui m'arrête tout court. Ces obstacles font que je suis bien loin d'aller aussi vite que je le désirerais, et qu'il serait nécessaire pour l'intérêt de mon travail. Cependant, aussitôt que j'ai déterminé le sens d'un mot zend et sa place dans le discours, je le recueille dans mon dictionnaire qui est maintenant fort considérable. Le premier objet que j'ai dû examiner a été la lecture ; je m'en suis formé une toute nouvelle, qui admet seulement deux ou trois corrections de M. Rask; elle est fondée sur des raisons purement logiques, puis sur le témoignage irrécusable du manuscrit sanscrit ^ .
M. Erskine, dans la dissertation dont vous m'avez parlé, avait remarqué que l'alphabet zend paraissait offrir des traits d'un mélange de deux systèmes alphabétiques d'origine différente ; mais il n'avait rien précisé dans ce morceau, qui, du reste, est assez léger. M. MohP, avec lequel, par hasard, je l'ai lu, en porte ce jugement relativement à la partie persane. Et, quant au zend, M. Erskine prouve qu'il n'en a pas la moindre notion. Je crois même que, encore bien qu'il