‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 7 sur 86 · Voy. l'Appendice, n» VL · texte numérisé non relu

Voy. l'Appendice, n» VL

ait écrit à Bombay, il ne connaît les livres des Perses que par la traduction française d'Anquetil^.

Je compte donner prochainement une notice étendue du manuscrit zend-sanscrit, que je mettrai dans le Journal asiatique en quatre ou cinq articles, et que je réunirai après en lui donnant quelques développements. J'ai senti la nécessité de ce travail préliminaire, d'abord pour annoncer ici ce dont je m'occupe, ensuite parce que la notice du manuscrit n'eût pu entrer que difficilement dans le travail spécial sur le zend que je prépare. Une fois cette notice publiée, je serai tranquille pour les conséquences, et j'aurai attiré l'attention sur un manuscrit vraiment remarquable. Voilà ce que j'ai de plus nouveau à vous annoncer.

Donnez-moi de vos nouvelles arabes et croyez-moi

Votre dévoué et affectueux ami,

Si vous avez besoin de moi ici pour traduire en français quelque morceau de critique, je suis à vos ordres.

A M. Ghr. Lassen, à Bonn.

Paris, ce 8 mai 1826.

Le commencement de la lettre est relatif au partage et à l'en-

1. Après quelques remarques grammaticales, Eugène Burnouf fait ici l'examen philologique du nom zend d'Ormuzd.

voi des exemplaires deV Essai sur le Pâli, puis Eugène Burnouf raconte qu'il a été nommé secrétaire -adjoint de la Société asiatique.

Voilà tout ce que j'avais à vous dire concernant

ces arrangements fastidieux. Quant aux nouvelles d'ici, vous les savez déjà, car M. Mohl, que je vois souvent et dont j'aime beaucoup le caractère franc et loyal, m'a dit qu'il vous avait écrit le lendemain même de la séance publique [de la Société asiatique]. Vous savez donc tous les changements qu'on y a faits, et comment l'astre chinois prédomine sur l'astre arabe entraîné comme simple atome dans la révolution rapide et puissante de la constellation de première grandeur. Je me suis trouvé placé aux lieux où Garcin de Tassy ne répandait qu'une lumière douteuse. Gela a excité dans le parti Ghézy une rage qui s'exhale par tous les moyens possibles et qui vraiment me cause quelque effroi. Groyez-vous qu'au moment actuel je n'ai pas encore osé porter au Kailasa l'hommage de notre Essaie M. de Sacy n'est pas plus content, et la première fois que j'ai siégé comme secrétaire- adjoint, j'ai pu remarquer son extrême froideur. Mais aussi j'ai vu quelles amitiés et quelles prévenances il avait pour M. Abel Rémusat, d'où j'ai conclu qu'il était bien aise de ne pas faire d'éclat, par la raison, je pense, qu'il redoute l'esprit actif de M. Abel Rémusat. Gela m'a consolé, car, me suis-je dit, je glisserai entre deux à la faveur de l'espèce de crainte que M. Rémusat inspire à M. de Sacy, et je me trouverai inviolable de la puissance d'un autre. Mais tout ceci est tout à fait ridicule.

Je ne puis vous dire rien de bien nouveau relative-

ment à mes travaux. Les tracasseries que j'ai eues pour la fin de notre travail et un peu d'indisposition qui me vient du sang m'ont privé de quinze jours d'étude; j'espère m'y remettre cette semaine. J'ai adressé à M. Saint-Martin l'article dont je vous parlais sur le manuscrit zend-sanscrit ; mais il ne veut entendre à aucune de mes observations, et cependant il n'avance rien pour les réfuter. Dans un moment de chaleur il est allé jusqu'à me dire qu'il serait obligé d'écrire contre moi. Je lui ai répondu que ce serait le plus grand honneur qui pût m'arriver. M. Abel Rémusat, qui fait ici l'office du génie qui tourmente, me pousse à continuer, pour forcer M. Saint-Martin à se déclarer; mais, entre nous, si quelqu'un écrit, ce ne sera pas M. Saint-Martin. D'ailleurs, je n'avancerai rien que ce dont je serai aussi sûr qu'il me sera possible, et, si je me permets quelques hypothèses, avertissant le lecteur de ce qu'elles sont, j'aurai soin de ne pas paraître y tenir beaucoup. Je compte même, pour adoucir M. Saint-Martin, lui adresser sous la forme de lettre que je ferai imprimer, un travail préparatoire sur le vocabulaire zend d'Anquetil. J'y rectifierai les erreurs nombreuses et donnerai la correspondance des mots sanscrits. Je ne me refuserai pas les discussions grammaticales qui naissent à chaque instant, et qui certainement sont les plus concluantes dans cette question.

Mais je vous entretiens, mon cher Lassen, de choses de trop peu d'importance, et je vous fais perdre votre temps précieux. — Je vous dirai seulement que j'ai prié M. Abel Rémusat d'annoncer, dans son rapport annuel, votre travail sur le prakrit. Quand vous aurez

reçu le rapport de M. Rémusat, je pense que vous le lirez avec intérêt.

Je finis ici et vous salue bien amicalement, en vous priant de me donner de vos nouvelles.

A M. Chr. Lassen, à Bonn.

Paris, le 23 mai 1826.

Mon cher Lassen,

Je réponds en une seule fois à vos deux lettres si intéressantes du 9 et du 19 courant. Je commence par la plus ancienne. Vous ne pouviez pas me faire de plus grand plaisir que de prendre ainsi en considération les remarques que je vous avais envoyées, et de me soumettre vos excellents avis^.

Les observations que vous avez ensuite la bonté de me donner sur la question : Qu est-ce que le zend? etc., m'ont vivement intéressé, et je les garde soigneusement pour m'en servir comme d'indications quand j'examinerai ce sujet. Dans l'état où je suis, je n'ai vraiment aucune opinion, tant le sujet est obscur. M. Saint-Martin est le seul qui l'ait considéré historiquement. 11 a sans doute une opinion fondée à cet égard ; mais je ne la connais nullement. L'opinion que le zend serait une langue étrangère adoptée par un

1. Dissertation sur le mot Pahâlavldjandàt, dont le résultat est exposé dans l'avant-propos du Commentaire sur le Yaçna.

réformateur religieux se rapproche de celle d'Erskine (Mem. of Bombay), qui la considère, je crois, comme du Sauraseni; mais je ne sais vraiment sur quoi on peut fonder cette hypothèse. J'aimerais mieux dire, comme vous faites, que le zend a été une langue voyageuse en quelque sorte, mais en ce sens que l'extension de la doctrine de Zoroastre Fa introduite chez des peuples dont les idiomes étaient fort différents; comme aussi les conquêtes que firent les Médo-Perses dans l'Asie durent à leur tour la répandre encore davantage. Mais cela ne prouve pas qu'elle n'ait pu avoir une origine locale, celle qui lui est attribuée par les livres zends eux-mêmes, VIran vedj , Iryana ou Airyana, car c'est dans ce pays que s'est toujours prononcé la parole, Vavesta, en un mot c'est le siège de la doctrine de Zoroastre. Qu'on trouve maintenant le zend sur les monuments persépolitains, cela ne complique pas la question, et, quand on les connaîtra mieux, cela pourra peut-être aider à déterminer l'antiquité de cette langue, car ces monuments sont d'origine sémitique, et ils prouvent, s'ils portent du zend, que cette langue s'était déjà propagée chez les Sémites, sans doute comme idiome sacré. Au reste, je n'ai rien vu nulle part de vraiment satisfaisant sur les ruines persépolitaines, et, si l'on doit y trouver du zend, on conviendra sans doute qu'il est prématuré de chercher à les déchiffrer sans savoir mieux cette langue. Je suis bien flatté que vous adoptiez mon explication de ahoura mazdao. M. Saint-Martin se refuse à l'admettre, et je comprends parfaitement pourquoi ; mais il n'a rien à répondre. Enfin, vous le dirai-je? Il retarde de mettre mon article dans le Journal asiatique

SOUS le prétexte qu'il espère me le faire modifier, selon lui dans mon intérêt, et pour que je ne me déconsidère pas par des hypothèses hasardées à mon entrée dans la carrière; mais je consens bien à changer quelques expressions sans toucher le moins du monde aux faits. Mon article ne pourra donc paraître (de plus parce qu'il y a beaucoup de matière pour le Journal) avant le mois de juillet. Je le ferai tirer à part et réunir à deux ou trois autres que je ferai suivre. Cela sera fini en automne. Je prendrai la liberté de vous en adresser quelques exemplaires. Dans l'intervalle je compte achever un travail commencé avec ce titre : Observations sur le vocabulaire zend d'Anquetil. Ce sera une brochure courte, dans laquelle je ferai connaître le fragment de vocabulaire qu'Anquetil a si indignement mutilé. Cela me donnera l'occasion d'exposer beaucoup de mes idées sur la lecture et sur l'altération des mots en zend. Ces observations seront accompagnées de phrases extraites et expliquées du Zend-Avesta. Le tout sera terminé parla liste des mots. Je donnerai peut-être une planche pour donner des exemples de ma lecture ; car je suis très malheureux de ne pas avoir de caractères zends. Tout cela doit m'occuper cet été et m'empêcher d'entreprendre d'autres travaux que j'avais en vue^.

Je ne finirai pas sans vous féliciter sur la haute marque d'estime que vous a donnée M. de Schlegel en vous chargeant, de professer le sanscrit pour lui. Cela vous met au centre de vos études et vous place

1. Tous les travaux annoncés ici ont pris place dans le Commentaire sur le Yaçna et dans les Études sur la langue et sur les textes zends.

dans une situation fort brillante. C'est aussi avec un grand intérêt que j'ai reçu des détails sur votre dissertation relative au Pendjab ; ce sujet est fort curieux, et, avec vos connaissances et votre esprit, vous le rendrez très intéressant ; j'attends de votre amitié pour moi que vous m'en envoyiez un exemplaire. — Soyez convaincu que je suis pleinement à votre disposition pour copier tels extraits du Mahâbhârat que vous désirerez; ne craignez pas de me fatiguer à cet égard; c'est pour moi un vif plaisir de pouvoir ainsi vous obliger de loin. Je désirerais être plus instruit et avoir plus de temps; mais, nous autres Français, nous sommes faits de gaz et d'eau, c'est-à-dire que nous avons la complexion la moins travailleuse du monde, surtout en été.

Il me reste à peine de la place pour vous parler du morceau de M. de Schlegel en réponse à Langlois. La partie philologique en est parfaite. C'est un vrai exemple de bonne discussion ; mais tout le monde ici a trouvé la partie personnelle beaucoup trop forte. On ne veut pas lui proposer de rien modifier ; mais il est, d'autre part, difficile que le morceau soit mis dans le Journal asiatique. M. Chézy étant membre de la commission du journal, on serait obligé de le lui soumettre, et jugez de sa fureur! Je crois que M. Rémusat aura écrit à M. de Schlegel et lui proposera de le faire tirer à un aussi grand nombre que le Journal, en le distribuant en même temps; ceci est un moyen jésuitique qui donnerait de la publicité au morceau sans compromettre personne. Sans doute que M. de Schlegel le répétera dans son Indische Blbliothek.

J'enverrai à Londres l'exemplaire pour M. Rei-

nouard, plus un avec une lettre en commun pour le duc de Sussex, dont M. Bopp nous a fait faire la connaissance à l'occasion du pâli. Cette connaissance peut nous être de quelque utilité quand nous aurons occasion d'aller à Londres. J'aurai soin de vous faire parvenir un ou plusieurs exemplaires du rapport de M. Rémusat aussitôt que le très lent Dondey l'aura fait paraître.

J'ai vu le Mahâgourou du Mahâgiri qui m'a reçu très froidement. Je sais d'autre part qu'il est furieux de l'avertissement de VEssai. Le nom de M. Rémusat lui a paru le signe d'un complot funeste dirigé contre ses jours. Vous verrez enfin dans le Journal asiatique un article de M. Saint-Martin sur notre Essai» 11 vous en adresse par mon canal ses compliments sincères et en paraît assez content.

Adieu donc, mon cher Lassen, voilà pour le moment ce que j'ai de plus neuf à vous dire ; mais, au milieu de votre vie savante de Bonn, plaignez quelquefois un misérable Parisien qui vous admire et ne peut vous imiter.

Mon père est bien sensible à votre bon souvenir ; il me prie de vous en adresser ses remerciements sincères. Ne serait-il pas bien que vous pussiez déposer mon respect aux pieds de M. de Schlegel, en l'assurant que je donnerai toute mon attention à faire imprimer son morceau?

Vale et me ama.

A M. Ghr. Lassen, à Bonn.

Paris, le 5 juillet 1826.

Mon cher Lassen,

Je vous écris pour vous apprendre quelques nouvelles relatives au pâli. Vous saurez donc que j'ai reçu il y a quelques jours une lettre de sir Alexander Johnston^ auquel notre ouvrage avait été envoyé. Après un assez grand nombre de compliments qui nous sont collectivement adressés, sir Alexander m'annonce qu'il est prêt à mettre à ma disposition deux grammaires pâlies en pâli, et il m'offre de faire venir de Geylan tous les ouvrages que je désirerais. Sa lettre est accompagnée d'un prospectus de trois ouvrages palis traduits en anglais et édités par M. Upliam^. Ces livres sont le Mahâvansi ou l'histoire de Bouddha, de sa race, etc., le Râdjàvali, que nous connaissons, et le Râdjâratnàkari , autre ouvrage historique, d'un grand intérêt, dit-on^. Pendant que j'étais

1. Alors vice -président de la Société asiatique de Londres, ancien Grand Juge à Geylan.

2. Homme de lettres et l'un des officiers de la Ghambre des Lords.

3. « G'est pendant que sir Alexander Johnston exerçait les hautes fonctions de Grand Juge à Geylan que les prêtres bouddhistes, touchés de la tolérance de son administration, vinrent lui offrir les ouvrages auxquels ils attachaient le plus de prix, l'histoire de leur dieu Bouddha et de son culte et un recueil étendu de chroniques cingalaises. Sir Alexander fit faire sous ses yeux une traduction anglaise de ces trois livres, et c'est cette traduction qu'il autorise aujourd'hui M. Upham à pubher. » (Eugène Burnouf, Journal asiatique, 1820, t. IX, p. 125.)

dans l'enchantement de ces nouvelles, lundi, à la Société asiatique, quelqu'un me demande, et c'est M. Upham lui-même. Jugez de ma surprise! M. Upham m'annonce qu'il a avec lui les deux grammaires dont sir Alexander m'avait parlé, et, de plus, les trois ouvrages susnommés, et qu'il met le tout à ma disposition. J'ai donc obtenu de lui un rendez -vous ce matin, mercredi, et j'ai vu ces magnifiques ouvrages écrits sur olles, en caractères cingalais^. 11 m'a sur l'heure laissé les deux grammaires et m'a seulement montré les trois autres ouvrages.

Ce n'est pas tout. Sir Alexander, outre qu'il veut publier la traduction de ces livres et de quelques autres qu'il possède encore, tels que les Sentences philosophiques attribuées à Bouddha lui-même, paraît désirer que le texte pâli même paraisse dans un délai plus ou moins éloigné, et il a chargé M. Upham de me faire des ouvertures à ce sujet. Mais il ne m'a rien dit à cet égard de bien positif. Quant à moi, quelque difficile que soit la tâche, je me suis offert avec dévouement, car vous comprenez quelle facilité pour donner un texte fournira la traduction anglaise, que l'on dit fort littérale. De plus, le Mahâvansi contient, outre l'histoire de Bouddha, un exposé de sa doctrine, avec une table exphcative des mots philosophiques. Quel avantage pour l'explication du Boromat et des livres chinois sur le Bouddhisme ! Lors donc que toutes ces choses seront plus déterminées avec M. Upham, je vous en informerai, et vous pro-

1. Nous respectons l'orthographe d'Eugène Burnouf, qui a d'abord écrit cingalais. A partir du mois de novembre 1826, il écrit singhalais.

poserai de deux choses Tune, ou de vous arranger de manière à pouvoir faire un petit voyage à Paris, pendant lequel nous préparerions le texte ; l'ouvrage alors serait sous notre nom commun; ou bien, si vos occupations nombreuses et la direction déterminée et fructueuse qu'ont prise vos études ne vous laissent pas le loisir nécessaire pour vous déplacer, je me chargerai du travail, me réservant de vous consulter dans quelques passages graves. Les explications que vous voudriez bien m'envoyer paraîtraient ainsi duement et exactement sous votre nom.

Mais tout cela n'est que des paroles, car il n'y a absolument rien de fixé avec M. Upham. Il me paraît rempli d'excellentes intentions, et je suis assez libre pour en profiter à mon aise. La misérable carrière des lettres asiatiques ne me rapporte pas assez pour que je me gène pour elle. Ainsi je me réserve de prendre un sujet suivant qu'il m'amuse ou me déplaît, et je vous avoue que lire en original le texte du Ràdjâvali, dont nous connaissons l'importance, pique vivement ma curiosité.

Je n'ai examiné que pendant quelque temps les grammaires dont je vous ai parlé. Elles sont en Cinhala. Ce caractère est très fin et ressemble beaucoup au Télinga; c'est exactement votre Ràmàyana, cela n'est pas fort aisé à lire, surtout sans alphabet ; mais j'en trouverai un dans Cordiner. J'ai cependant lu la formule namo, etc. Sur un petit morceau de papier, on lit : bâlâvatâra, nom d'une de ces grammaires, et sur le revers je crois voir le mot pâli avatâre. Ce passage nous donne la vraie orthographe du mot pâli. Espérons que nous en trouverons bientôt le sens.

Voilà tout ce que je puis vous dire de plus certain jusqu'à présent. Dans une prochaine lettre, je saurai et vous dirai peut-être davantage. Je vous donnerai aussi les détails que je vous ai promis sur une particularité de l'orthographe zende relativement à l'insertion d'un i dans les mots où cette lettre n'est pas en sanscrit.

Pardonnez-moi, mon cher Lassen, ma prohxité et ma vacuité toute française, et croyez-moi votre tout dévoué,

N. B. — M. Abel Rémusat, après avoir, à ce qu'il m'a dit, fait subir quelques modifications à l'article que vous savez bien^, a convoqué la commission du Journal pour délibérer sur l'admission du morceau. Cette commission se compose de MM. Rémusat, Saint-Martin, Rlaproth, Hase^, Ghézy; majorité : 4 contre 1.

Je m'occupe en ce moment de faire insérer dans le Journal asiatique le prospectus de sir A. Johnston avec des additions que m'a communiquées M. Upham.

1. L'article de Schlegel en réponse à ceux de Langlois. Voyez le jugement qu'en porte Eugène Burnouf dans la lettre du 23 mai 1826.

2. Gh.-B. Hase, né en Saxe en 1780, mort à Paris en 1864, membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres), professeur à la Sorbonne et à l'Ecole polytechnique, conservateur des mss. à la Bibliothèque nationale, etc.

A M. Chr. Lassen, à Bonn.

Paris, 26 juillet 1826.

Mon cher Lassen,

Je vais successivement répondre à vos deux dernières lettres et vous expliquer comment je ne l'ai pas fait plus tôt. Votre première, du 2 juillet, m'a trouvé saisi d'une maladie très gênante et qui, pour ne m'avoir pas retenu au lit très longtemps, m'a cependant laissé des infirmités dont je ne sais pas quand je pourrai être débarrassé. C'est un abcès à la gorge, causé, dit-on, par l'inflammation du sang. A peine étais-je un peu mieux que j'ai été repris de nouveau d'une espèce d'inflammation aux entrailles, qui m'a laissé seulement hier la force d'aller à la Bibliothèque royale pour coUationner vos passages du Mahàbhârat. Je suis encore bien faible et tout travail m'est presque interdit. Ainsi plaignez-moi, vous qui, hbre de corps et d'esprit, pouvez poursuivre avec tant de succès vos études chéries.

Ma collation ne m'a pas donné un grand nombre de variantes ; en voici le relevé, avec des sic quand vous avez lu comme moi.

(Suit la liste des mots collationnés par Eugène Burnouf sur le manuscrit de la Bibliothèque royale.)

Voilà, mon cher Lassen, tout ce que j'ai pu trouver dans ce manuscrit, d'ailleurs très mal écrit. Je réponds maintenant à votre lettre du 19.

Les belles espérances dont j'étais si enflammé et

dont je vous avais communiqué l'ardeur par ma lettre écrite la veille de ma maladie, sont, sinon complètement évanouies, au moins ajournées très indéfiniment. Voici comment : pendant ma maladie je correspondais par lettres avec M. Upham, représentant à Paris sir Alexander Johnston. Il désirait publier en pâli le texte des trois ouvrages : Mahàvansi, Râdjâvali, Radjàratnàkari. Dès les préliminaires, j'ai vu qu'il n'avait aucune idée de l'entreprise et de son étendue. D'abord il ne voulait, non plus que sir Alexander, faire aucunes avances, et avait résolu, au contraire, d'attendre le nombre suffisant de souscripteurs pour couvrir les frais. J'essayai en vain de lui démontrer que ces sortes d'entreprises ne pouvaient pas procéder ainsi ; que, par exemple, si on avait voulu publier ainsi V Essai sur le Pâli, il n'aurait jamais paru, tandis qu'une suite de fonds aussi peu considérable que la somme de 1 6 à 1 7 cents francs avait mis la Société à même de le publier assez promptement. En conséquence, je lui dis que, dans mon opinion, il fallait avoir devant soi une somme de 15 à 210,000 francs :

1° Pour fondre un caractère pâli quelconque, sujet sur lequel on se serait entendu le plus tôt possible (on avait le choix ou du caractère du Patimokka ou du caractère barman cursif, représentant très exactement le pâli carré, qu'il est, je crois, fort difficile, au moins d'ici à longtemps, d'avoir complet).

2° Pour les frais d'impression des textes en deux volumes.

Je lui proposais de me mettre à la tête de la publication. Je prenais sous ma responsabilité les fonds déposés chez un banquier de Paris et je m'engageais à en

rendre compte tous les mois, avec les mémoires des frais. Cette proposition, qui ne me parait pas exorbitante, l'a presque fait tomber à la renverse. Je n'ai jamais pu le faire renoncer à son projet d'attendre les souscripteurs. J'avais à peine parlé de nous servir du dévanagari, tant cela me semblerait un contresens historique. Je lui dis qu'il serait possible d'employer le caractère européen, ce que désire très vivement M. Rémusat; mais, pour cela, il faut toujours de l'argent ; or M. Upham ne veut pas donner un sou ; il attend celui du public, qui ne l'emploie guère à ces sortes de choses. Désespéré de la tournure que prenait une affaire si brillamment annoncée, je lui demandai de me confier, au moins pour quelques jours, les manuscrits, pour que je pusse apprécier leur étendue, etc. Jugez de mon étonnement à la vue du seul qu'il m'ait laissé pendant quelques heures. Malgré l'état de souff'rance dans lequel j'étais, j'ai pu reconnaître que nos bons Anglais avaient fait la plus singulière méprise qu'il soit possible de voir. Du manuscrit du Râdjàvali je n'ai pu comprendre en tout que namo Bouddhdya. Puis venaient des mots à moi inconnus, au miheu desquels étaient semés quelques-uns d'origine indienne, plus sanscrits que palis. Je reconnaissais les noms des rois que nous connaissons déjà ; mais le mot de « roi » était invariablement écrit 7'àdjà par des brèves. Enfin il y avait des signes en assez grand nombre qui ne me paraissaient pas avoir de valeur en pâli, entre autres un petit trait qui surmonte certaines lettres et qui avait quelque analogie avec le virama des Telingas. De là s'élevèrent dans mon esprit des doutes très forts sur la qualité pâlie du

livre. J'examinai la Bible cingalaise et je ne fus pas peu surpris d'y voir l'emploi des mêmes signes que dans mon manuscrit. Incapable de pousser cette vérification très loin, d'une part parce que le manuscrit est fort difficile à lire, de l'autre parce que je n'avais pas sous la main de dictionnaire cingalais, j'ai rendu le Râdjâvali à M. Upham, presque persuadé que j'étais, qu'il doit être en cingalais, ce que je soupçonne aussi devoir être pour le Ratnâkari, autre histoire nationale; mais j'avais encore quelque espoir que le Mahâvansi, ou l'histoire de Bouddha, pouvait être en pâli. M. Upham me répondit qu'il partait immédiatement pour Londres et qu'il ne pouvait me laisser ses autres manuscrits à examiner. Il m'annonçait qu'il allait faire faire à Londres des recherches pour savoir en quelle langue ils étaient écrits, que, s'il y en avait en pâli, comme il le croyait, il comptait toujours sur moi, etc., etc. Je lui ai répondu que j'étais toujours à son service, et voilà où nous en sommes, lui à Londres, moi à Paris, attendant que Messieurs les Anglais sachent ce qu'ils veulent et ce qu'ils possèdent.

J'ai toujours avec moi les deux livres que sir Alexander Johnston m'a obligeamment prêtés. L'un est une grammaire Bâlâvatâra, à laquelle je ne comprends pas grand'chose, je l'ai si peu examinée, et il y a des formules. L'autre, au moins au commencement, n'est nullement un ouvrage de ce genre. Il commence par une histoire abrégée de Bouddha, en slokas, fait très curieux. Cela ne serait pas très difficile à comprendre si on pouvait le hre ; mais vous ne pouvez vous figurer rien de plus affreux que le cingalais écrit sur olles au poinçon. Ce sont de vrais cheveux. Avec cela il

n'y a pas de groupes; les lettres sont mises à côté l'une de l'autre sans emploi de virmna, et tassa est écrit tasasa, ainsi de suite. La mesure seule m'apprendra à lire. Sur un petit morceau de bois qui accompagne le manuscrit, je crois lire Mahâvaggayi, ce qui semble signifier le livre contenant les grandes classes. J'emploierai le peu de santé que je trouverai cet été à débrouiller le caractère cingalais pour lire concurremment ce manuscrit et la Grammaire. Voilà tout ce que j'ai de plus nouveau à vous annoncer.

Je ne vous dis pas combien je serais charmé que vous vinssiez à Paris dans deux ans. L'amitié qui a commencé entre nous à l'occasion d'un premier travail pourra nous en suggérer, je l'espère, de nouveaux, et je serai toujours aussi heureux qu'honoré si vous voulez bien consentir à faire quelque chose en commun. Il y aura certainement matière à travail.

En attendant, crovez-moi votre dévoué,

xn.

A M. Chr. Lassen, à Bonn.

Paris, le 24 novembre 1826.

Mon cher Lassen,

Je suis bien en retard pour vous répondre ; mais votre amitié m'excusera quand je vous dirai que des affaires de famille m'ont seules empêché de le faire.

J'ai malheureusement égaré en revenant de la cam-

pagne votre dernière lettre, dans laquelle vous m'annonciez l'honneur que M. de Schlegel a bien voulu me faire en m'envoyant deux numéros de sa Bibliothèque indienne. Je sais bien que je suis redevable de ce précieux cadeau à votre bon souvenir, et je vous prie d'en agréer ici l'expression de ma reconnaissance. J'aurai l'honneur d'écrire prochainement à M. de Schlegel lui-même et de lui en exprimer toute ma gratitude.

Vous aviez la bonté dans cette lettre de m'annoncer la prochaine apparition de votre dissertation sur le Pendjab, et les travaux ultérieurs par lesquels vous vous fondez une belle réputation européenne comme indianiste. Mais, malheureusement, comme je vous l'ai dit, la perte de votre lettre m'empêche de m' entretenir avec vous de ces objets si intéressants.

Je vais vous tenir sommairement au courant du peu que j'ai fait dans ces derniers temps. Vous savez que l'arrivée de M. Upham avec ses manuscrits palis a suspendu mes études sur le zend. Je n'ai pu les reprendre que faiblement, sans pourtant les quitter, parce que je suis entraîné par l'intérêt qui s'attache à la lecture du Mahâvansa, un des ouvrages que sir Alexander Johnston m'a fait remettre. C'est une grande Chronique en vers sur l'histoire de Ceylan. Les renseignements qui y sont contenus sont d'autant plus curieux pour moi qu'ils s'accordent avec le petit nombre de notions historiques que nous avons consignées dans notre Essai. Vous ne sauriez croire combien il est curieux de voir les mots et les noms propres de l'histoire de Ceylan avec leur vraie forme pâlie, tandis qu'elle est si défigurée par le cingalais.

Pour continuer la suite des événements arrivés au

sujet des manuscrits palis, je vous dirai que j'ai reçu de sir Alexander Johnston l'autorisation expresse de publier le texte du Mahâvansa; que M. Rémusat a parlé de ce projet au conseil de l'Imprimerie royale; qu'il a été adopté et que l'ouvrage paraîtra à l'Imprimerie royale, avec des types barmans^. On y possède ceux de la Propagande, et je m'occupe de rectifier les caractères qui sont cassés ou ne peuvent servir parce qu'ils sont spécialement usités pour le barman. M. Upham, de son côté, va faire paraître la traduction du Mahâvansa et de deux autres ouvrages cingalais, et il m'a promis pour un délai très prochain une portion de la traduction de la Chronique, ce qui me sera d'un très grand secours. Je pense que, quand j'aurai entendu et analysé exactement 1 ,000 vers, avec ce secours je serai à même de publier le tout, parce qu'il y a dans cet ouvrage, très platement (non poétiquement) rédigé, un nombre considérable de répétitions. D'ailleurs une matière historique est toujours beaucoup plus intelligible qu'un autre sujet. Voilà l'objet qui m'occupe spécialement.

Chemin faisant, j'ai trouvé occasion de faire quelques rectitîcations à la partie grammaticale de notre Essai. Elles sont de peu d'importance et viennent de ce que les manuscrits de Ceylan sont beaucoup plus corrects que ceux de Siam. J'en ai fait un article court pour le Journal asiatique^ et je le ferai tirer à part avec

1. Ce travail est resté à l'état de projet, comme on le voit par la lettre du 13 mai 1827. Mais il existe une traduction latine du Mahâvansa dans les papiers d'Eugène Burnouf conservés à la Bibliothèque nationale.

des additions ^ Je vous en adresserai alors huit ou dix exemplaires. Remarquez que ces quelques pages n'ont pas la prétention de compléter notre Essai, la tâche serait trop longue, mais seulement de corriger quelques inexactitudes que d'autres pourraient relever. Or il me semble qu'il vaut beaucoup mieux que nous nous critiquions nous-mêmes que d'attendre que d'autres le fassent. J'apprends en effet par M. Lajard^ que M. Rask s'occupe très activement de pâli. Il serait très possible qu'il se fût aperçu des fautes que je relèverai, quoique légères et surtout inévitables dans l'état de nos manuscrits palis. Il paraît qu'il a à sa disposition un grand nombre de livres en cette langue, ce qui doit favoriser ses études. Veuillez, si vous en avez l'occasion, me faire connaître dans votre prochaine lettre par quel moyen je pourrais me procurer le catalogue des livres qu'il a rapportés de l'Inde. Il y a plusieurs années que je l'ai fait demander à Copenhague, et je n'ai jamais eu de réponse.

M. Abel Rémusat est en ce moment occupé à traiter pour l'acquisition d'une collection de livres singhalais et palis, qu'on lui propose pour la Bibliothèque royale ; je ne la connais pas encore, et, aussitôt que je l'aurai vue, je vous en donnerai les détails ; mais, en attendant, veuillez tenir ce renseignement secret.

Adieu, mon cher Lassen, soyez bien convaincu de l'amitié sincère que je vous garde et ne m'en veuillez

1. « Observations grammaticales sur quelques passages de l'Essai sur le Pâli de MM. E. Burnouf et Lassen, par E. Burnouf. » Paris, 1827.

2. Félix Lajard, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, mort en 1858. (Voy. la lettre du 15 mai 1830.)

pas pour n'avoir pas mis à vous répondre toute l'activité dont je voudrais user pour vous servir, si j'en étais capable.

Eug. BURNOUF.

Seriez-vous assez bon pour présenter mes respectueux hommages à M. de Schlegel?

A M. le D' J. MOHL, à Londres.

Paris, 3 janvier 1827.

Monsieur et ami.

Je vous suis infiniment obligé d'avoir pris la peine de mettre sir Alexander et M. Upham au courant de notre entreprise. Quelques expressions d'une lettre de ce dernier m'avaient fait croire qu'il se méprenait sur son vrai caractère ; mais l'explication est donnée maintenant, ainsi n'en parlons plus. Je ne m'étonne plus, d'après ce que vous me dites, des causes pour lesquelles il ne se presse pas de me communiquer une partie quelconque de la traduction anglaise. Mais il a bien tort de craindre que je paraisse avant lui. Jugez de ce que peut être l'impression d'un livre dont le premier caractère n'est pas fondu. On ne commencera qu'au commencement du mois de janvier, et vous savez combien ces sortes de travaux entraînent de retards nécessaires. Si donc je demandais à M. Upham quelque peu du commencement de la traduction, ce n'était pas pour paraître avant lui,

Dieu m'en garde ! Cela me paraissait et cela me paraît encore entièrement impossible ; mais je voulais pouvoir présenter quelque portion du texte avec ma traduction faite en sûreté de conscience, afin que la commission chargée de pousser ces travaux n'objectât pas que les personnes qui en étaient les auteurs ne travaillaient pas. En outre, la traduction de 300 vers, par exemple, devait me donner les moyens de continuer avec fruit la lecture du reste du manuscrit. Mais, Dieu et M. Upham le voulant, j'attendrai; seulement je crains d'attendre longtemps, car quels peuvent être les souscripteurs à un ouvrage oriental dans un pays où les nouvelles nécrologiques sont si peu connues'^? Ce sera toujours une grande preuve de votre bonne amitié pour moi si vous voulez bien m'envoyer les épreuves à mesure qu'elles paraîtront, calmer M. Upham sur ses craintes relativement à mon apparition prochaine et lui demander quelques éclaircissements sur un point qu'il m'avait promis de m'expliquer. Il s'agit du caractère birman dont il m'a envoyé fort obligeamment un spécimen. Vous l'en remercierez, si vous avez occasion de le voir, et tâcherez de savoir s'il a reçu ma lettre, fort longue, dans laquelle je lui soumettais mon embarras sur l'emploi de quelques lettres. Vous savez qu'on peut à Londres fournir ces documents, car il y a des missionnaires qui ont surveillé l'impression du Nouveau Testament en paU. Ils me seraient fort utiles, à moi qui suis ici privé de tout secours, pour savoir comment, par

1. M. J. Mohl avait raconté, dans sa lettre du 19 décembre 1826, que la Société asiatique de Londres avait songé à élire Rasmussen, le savant danois, dont la mort remontait à plusieurs mois.

exemple, se forment les groupes, etc. Au moment où nous commençons ici la revision du caractère, tous ces éclaircissements me seraient indispensables. Veuillez avoir la bonté de vous entendre avec M. Upham sur ce sujet.

Je suis fort honoré de l'attention que M. Haughton a bien voulu faire à mes remarques sur sa belle édition de Manou^ Entre nous elles étaient de trop peu d'importance pour qu'il les prît en considération. Présentez-lui mes hommages très humbles et dites-lui que je serai toujours honoré d'être en relation avec lui, mais que sa science variée éloignait de ma part toute autre idée que celle du respect. Ceci est sincère, car je savais tout ce qu'on dit de l'amabilité et du savoir de cet homme respectable^.

Vous me demandez des nouvelles d'ici. En sais-je? Je pourrais aussi bien, et mieux, vous en demander à vous, qui êtes à Londres, au centre du pays qui fait la paix, la guerre, le froid, le chaud, tout ce qu'il lui plaît, au moins. Nous ne savons ici quel bien la guerre ferait à l'Angleterre, mais nous conjecturons qu'elle nous ferait, à nous, beaucoup de mal. Nous avons trois à quatre bateaux qui sont à l'aise sur tous les océans du monde et s'étonnent de prendre si aisément leurs ébats ; ce à quoi on mettra bon ordre de votre côté ; il s'agit d'une somme en millions qui ferait sourire de

1. Voy. l'article d'Eugène Burnouf sur le Mànava dharma shastra or the Institutes of Manou, éd. G. Haughton. {Journal asiatique, 1826, t. IX, p. 243-255.)

2. Sir Graves Ghamney Haughton, auteur de cette édition des lois de Manou, d'une Grammaire et d'un Dictionnaire hongah, associé étranger de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, mort à Saint-Gloud près Paris, le 28 août 1849.

pitié les Anglais, mais qui, nous autres, nous ruinerait de fond en comble.

La guerre ou la paix, d'ailleurs, ne sont pas les sujets qui nous occupent le plus vivement. On offre à notre méditation deux projets sur le jury et la presse qui font beaucoup causer. Pour moi, je regarde tout cela de mon quartier latin, où l'on s'occupe beaucoup de droit et de médecine, et beaucoup moins de politique qu'on ne serait tenté de le croire. Je suis livré complètement, pour ma part, au pâli et au zend, dans mes moments de loisir.

Si vous me faites l'amitié de répondre à cette lettre, malgré vos travaux que je conjecture devoir être fort grands, dites-moi si vous pouvez ravir quelques instants au Schah-nameh pour le Zend-avesta. J'ai fait, il y a quelques jours, la connaissance de M. Olshausen, mais je ne l'ai pas encore pratiqué assez pour savoir s'il est très avancé. Il m'a montré une dissertation de M. Rask, d'environ 40 pages in-12, insérée dans les Mémoires de la Société de Copenhague. Il y a là quelques faits, mais peu de preuves. Dans l'état d'ignorance où est le public à l'égard du zend, ce n'est pas ainsi, ce semble, que doit être fait un livre. D'ailleurs vous connaissez probablement déjà ce dont il s'agit. M. Olshausen a eu l'extrême complaisance de m'expliquer une partie de ce mémoire, car je ne sais pas le danois.

Il se pourrait faire que vous entendissiez parler à Londres de la Collection Mackenzie, je crois, qui se compose d'un grand nombre d'inscriptions indiennes, de médailles, etc. Veuillez me dire, si vous en avez occasion, si elle est arrivée à Londres.

Voilà bien des choses que je vous demande , c'est bien abuser de votre temps; mais vous m'en offrez l'emploi si cordialement que je ne puis m'empêcher de vous demander ces services, si toutefois ils ne vous causent pas trop de dérangement.

Je vais faire vos commissions près de MM. Cousin^ et Guigniaut % et je vous prie de présenter mes devoirs respectueux à sir Alexander et à M. Upham.

Agréez l'hommage de mon amitié sincère.

Si vous avez ici besoin de quelques renseignements, dites^le-moi.

Tout à vous,

Eug. BURNOUF.

A M. Ghr. Lassen, à Bonn.

Paris, 6 janvier 1827.

Mon cher Lassen, Je reçois avec une vive reconnaissance la lettre amicale et curieuse que vous avez bien voulu m'adresser. J'étais avide de vos nouvelles et je suis heureux de les recevoir accompagnées de détails scientifiques si intéressants.

1. Victor Cousin, l'illustre philosophe, professeur à la faculté des lettres, membre de l'Institut, pair de France, ministre de l'Instruction publique, etc., né à Paris en 1792, mort en 1867.

2. M. Guigniaut, l'excellent ami de la famille Burnouf, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, etc., né en 1794, mort en 187G.

D'abord , pour le Tabari ^ je vais en parler à M . Saint- Martin. Ensuite, pour le zend, je vous dirai que j'ai entre les mains la dissertation de M. Rask, dont vous avez eu la bonté de me parler. Voici comment elle y est venue. J'ai fait, chez M. Rémusat, la connaissance d'un de vos compatriotes, M. Olshausen, qui étudie le zend et le pehlvi. Je ne l'ai pas encore assez pratiqué pour voir s'il est bien avancé. Il ne sait pas le sanscrit et je suis entièrement convaincu que, sans l'étude de cette langue, on ne peut que très lentement avancer dans celle du zend. Il a eu la complaisance de m'expliquer une partie de la dissertation danoise, et j'ai pu en porter exactement le même jugement que vous. Ce travail est extrêmement incomplet et ne traite que peu de points, et encore le fait-il superficiellement. Il me prouve que M. Rask n'a pas fait de grands pas hors des ténèbres où nous a laissés Anquetil Duperron ; ceci soit dit entre nous, car mes observations n'empêchent pas qu'il y ait des faits dans ce morceau avec des remarques ingénieuses. Quand j'aurai reçu la traduction allemande, cela sera un peu moins obscur pour moi. Je prierai M. Saint-Martin d'en faire insérer la traduction française dans le Journal asiatique. J'en ferai l'examen critique dans le même journal. Dans cet examen, je ne compléterai pas, vous pensez bien, les vides qu'a laissés M. Rask. Il faudrait pour cela un gros volume, que j'ai dessein de publier quand j'aurai réuni tous les faits nécessaires. Mais je puis montrer en attendant que M. Rask n'est pas complet, même sur les points qu'il traite^

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