Observations sur des règles de la Grammaire sanscrite
prie de vouloir bien me faire connaître tous les défauts que vous ou M. votre fils y découvrez : cela me sera d'autant plus utile que je compte publier par la suite un abrégé de ma Grammaire en latin.
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt un article de M. votre fils sur l'infinitif sanscrit, inséré dans le Journal asiatique^ Je suis tout à fait d'accord avec votre heureuse explication de ulcisci nequi^ fur. C'est vraiment une analogie frappante avec la construction sanscrite, et je vous demande la permission d'insérer votre note sur ce passage dans l'édition latine de mes Épisodes. J^aurai aussi l'occasion d'en faire mention dans ma Grammaire, quoique, en général, je m'abstienne dans cet ouvrage de toute comparaison avec d'autres langues.
Je n'ai pas encore reçu les ouvrages dont vous faites mention dans votre lettre et pour lesquels je vous fais mes remerciements sincères, ainsi qu'à M. votre fils. Ce qui est inséré dans le Journal asiatique est déjà en ma possession, mon libraire m'ayant fait venir les vingt-quatre premiers cahiers. M. de Humboldt a reçu par son frère votre article sur Thiersch, dans le temps qu'il paraissait, et il a eu la bonté de m'en faire part de suite. Je lui ai remis votre lettre. Je prendrai plus tard la liberté d'écrire à M. votre fils, dont j'admire la connaissance profonde qu'il s'est acquise en peu de temps du sanscrit
Daignez agréer, etc.
Bopp.
P. S. — La fonte des caractères sanscrits pour la Société asiatique sera finie en deux ou trois semaines, bien avant le temps qu'on me l'a fait espérer ; c'est que le fondeur, étant déjà plus familiarisé avec ce caractère, a pu accélérer son travail plus qu'il ne croyait. Si vous voyez M. Rémusat, je vous prie de vouloir bien lui dire cela, et que j'aurai l'honneur de lui écrire aussitôt que la fonte sera achevée tout à fait.
A M. F. Bopp ^ professeur à l'Université de Berlin, à Berlin.
Paris, ce 3 janvier 1825.
Je n'ai pas eu Pavantage de voir M. Ritter; mais, quand même ce savant célèbre m'aurait honoré d'une visite, il se serait déplacé en vain, car j'étais en vacances, je veux dire en voyage de vacances, quand il était à Paris. M. Chézy, qui doit avoir reçu votre Mémoire, ne m'en a pas parlé. Sa santé languissante ne lui permet pas d'apporter au sanscrit le zèle que cette étude intéressante exige. Cependant, je me suis procuré votre ouvrage à la Société asiatique, et même je Tai traduit en entier, je puis le dire, avec un vif plaisir et avec la satisfaction que cause la réunion de la finesse, de la justesse et de la profondeur. Mon fils, qui ne peut pas donner au sanscrit tout le temps qu'il désirerait, parce qu'en France la science seule ne fait pas vivre et n'offre pas en fait de chaires de professeurs les ressources de l'Allemagne, a pu cependant trouver le loisir de faire deux articles qui donnent le résultat de vos belles recherches; ils seront probablement insérés dans les numéros de février et de mars du Journal asiatique'^. 11 est infiniment touché de la mention que vous faites de lui et de ce que vous voulez bien faire attention à ses observations, bien peu importantes, comme celles d'un écolier. Votre bienveillance Penhardit à oser se recommander à vous, car, dans l'abandon où se trouve l'étude du sanscrit en France, il est excusable lorsque alieiia circumspicit auxilia, comme dit Tite-Live. Vos explications lui
1. Deux pages d'observations philologiques sur la conjugaison des verbes en sanscrit, et de comparaisons avec le grec.
2. Les articles d'Eugène Burnouf sur cet ouvrage de Bopp [Vergleichende Zergliederung etc., c'est-à-dire Analyse comparée du sanscrit et des langues qui s'y rapportent) ont paru dans le Journal asiatique, t. VI, 1825, p. 52-62 et 113-124, et dans le Nouveau Journal asiatique, t. III, 1829, p. 297-312.
paraissent de la plus grande vérité, et l'admiration qu'il a pour votre science n'est pas, je vous assure, refroidie par le beau travail de VArdschuna's Himmel Reise. Il commence à le lire autant que le lui permettent ses autres travaux. A cette occasion, il me prie de vous soumettre une petite remarque ^
Les caractères sanscrits vont bientôt arriver; mais de longtemps en France nous ne serons capables de rien imprimer. M. Ghézy seul a les connaissances positives dans la langue, nécessaires pour entreprendre un travail de cette difficulté; mais la position où il se trouve pourrait peut-être l'éloigner longtemps de ces opérations pénibles de l'impression. Ceci, au reste, soit dit entre nous. Si vos grandes lectures vous avaient fait découvrir, dans le Mahâbhârat ou ailleurs, quelque morceau qui pût faire le coup d'essai d'un commençant, je vous serais très reconnaissant de vouloir bien nous l'indiquer. J'aurais quelque intérêt à ce que mon fils pût livrer bientôt à l'impression quelque chose de sanscrit et qu'il pût prendre les devants sur le petit nombre de ceux qui, dans notre pays, se livrent à cette étude. Excusez cependant ma liberté et prenez-la pour l'expression d'un intérêt paternel bien naturel et d'une haute estime pour vos connaissances.
Croyez, Monsieur, au plaisir que j'ai de m'entretenir avec vous de ces études que mes travaux m'interdisent, et à l'honneur que me font les lettres que vous voulez bien m'adresser.
Je suis, etc.
BURNOUF
p. s. — Lorsque mon fils aura lu tout VArdschuna's Himmel Reise, il prendra la liberté de vous exposer ses observations sur ce qui l'aura embarrassé, et, sur votre réponse, il fera un ou deux articles dans le Journal asiatique. Il est trop heureux que vous ayez remarqué sa petite notice sur l'infinitif et sur ulcisci nequitur. Faites-en l'usage qui vous semblera bon, votre approbation étant le meilleur de tous les suffrages.
C'est M. Klaproth qui avait bien voulu se charger de vous