‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 61 sur 86 · Remarques et observations sur un mot sanscrit · texte numérisé non relu

Remarques et observations sur un mot sanscrit

faire passer les deux petites brochures que vous me dites n'avoir pas reçues. H m'assura, il y a déjà un mois, que vous deviez les avoir à présent. Elles seraient perdues que ce serait peu de chose. Nous voulions surtout, mon fils et moi, vous offrir un hommage de respect et de reconnaissance.

A l'instant viennent d'arriver vos deux ouvrages, dont nous vous remercions, moi et mon fils, avec les sentiments les plus reconnaissants.

A M. Burnouf, professeur au Collège de France, à Paris.

Berhn, le 30 janvier 1825.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre du 3 janvier que vous m'avez adressée et j'ai lu avec le plus grand intérêt les savantes remarques dont elle est remplie. Je suis bien flatté du bon accueil que vous avez fait, ainsi que M. votre fils, aux petits ouvrages que je vous ai envoyés, et c'est un honneur, que je sais bien apprécier, que vous ayez traduit mon Mémoire sur les racines et les pronoms sanscrits, et que M. votre fils daignera publier à ce sujet quelques articles dans le Journal asiatique. On peut justement attendre de son talent distingué et de sa grande activité que, quand les caractères sanscrits seront arrivés à Paris, il publiera bientôt un ouvrage renfermant des textes originaux avec une traduction ou d'autres éclaircissements. Alors ce sera pour moi un grand plaisir si je peux contribuer en quelque chose, par un article dans le Journal littéraire de Gœttingue, à attirer l'attention des connaisseurs sur ses mérites littéraires. L'étendue immense du Mahâbhârata, que j^ai lu en entier, en prenant une copie de ce que j'ai trouvé de plus intéressant, ne m'a pas laissé le temps de lire d'autres manuscrits à Paris, mais, si M. votre fils veut publier un morceau de ce grand et intéressant poème, je veux lui en indiquer un que peut-être il jugera digne d'être publiée

1. Suivent la description du manuscrit où se trouve l'épisode du Gandharva et l'analyse de cet épisode, puis des observations sur des mots sanscrits.

Il me fera beaucoup de plaisir si M. votre fils veut bien me communiquer, comme vous me le faites espérer, ses autres remarques sur ces épisodes. Je vous prie de vouloir bien lui offrir et d'agréer, elc.

Bopp.

A M. F. Bopp, professeur à V Université de Berlin, à Berlin.

Paris, 15 février 1825.

Je ne puis m'empêcher d'admirer la promptitude avec laquelle vous avez bien voulu répondre à ma lettre; j'y vois une preuve d'amiiié à laquelle je suis très sensible ] mais, en même temps, je crains que votre obligeance ne vous ait fait interrompre des travaux importants pour répondre à ma lettre dont l'intérêt n'était pas tel qu'elle ne pût attendre. C'est moi. Monsieur, qui devrais me presser, car la rapidité et, tout ensemble, l'importance de vos productions exposent celui qui veut se tenir au courant avec vous à rester quelquefois en arrière.

Le dernier présent dont vous m^avez honoré m'a paru très beau ; je n'ai pu encore, à cause de mes occupations, y donner une attention suivie; mais mon fils, qui a lu votre Grammaire d'un bout à l'autre, ne peut se lasser d'admirer la science et la sagacité profonde que vous avez déployées dans cet ouvrage. 11 vous assigne, selon moi, le premier rang parmi les Indianistes du Continent, rang que, du reste, vous assignaient déjà votre Nala, votre Ardjouna et vos recherches grammaticales. Mon fils, qui, après une première lecture, l'a de nouveau examiné avec tout le soin qu'il peut y mettre, a déjà préparé un article qu'il se propose de faire insérer dans le Journal asiatique ^ . La tâche est bien agréable quand on a à parler d'ouvrages pareils.

1. Il s'agit ici de la Grammaire sanscrite de Bopp {Ausfûhr^ liches Lelirgebâude der samskrita Sprache) sur laquelle Eugène Burnouf a fait deux articles insérés dans le Journal asiatique, t. VI, 1825, p. 298-314 et 359-371.

Au reste, c'est de notre part un devoir que nous remplissons avec un vrai plaisir. L'intérêt et l'amitié que vous n'avez cessé de me témoigner depuis votre voyage à Paris m'en rend l'accomplissement facile. Mon fils, à cet égard, n'est nullement en arrière, et c'est avec une profonde reconnaissance qu'il vous remercie, et moi avec lui, des indications que vous voulez bien lui donner. Aussitôt qu'il le pourra, il extraira l'épisode en question et se mettra à le travailler. Le style large et la manière homérique du Mahâbhârata me font espérer qu'il pourra Tentcndre, au moins en grande partie; mais je crains que vous ne présumiez un peu trop favorablement de ses forces en le croyant en état de donner un texte dans un délai assez rapproché. C'est une entreprise de haute importance, et d'un rude travail, et ce n'est qu'avec vos connaissances, à la fois littéraires et grammaticales, en sanscrit qu'on peut se charger hardiment de cette tâche. Toutefois il cherche une occasion de travail, et, comme le temps est devant lui, il peut mettre à la traduction de l'épisode du Gandharva plus ou moins de temps, sauf plus tard à retirer un fruit quelconque de sa peine. Ce fruit, au reste, il vous le devra tout entier; et si votre extrême complaisance veut bien, dans les endroits où il sera embarrassé, lui donner les explications des scholiastes et vos remarques fécondes, on peut dire d'avance que c'est vous qui aurez été l'auteur de Touvrage.

Permettez-moi de vous occuper encore un instant de nous : dans le premier article de mon fils sur vos recherches \ il a été commis des fautes d'impression absurdes, qui dénaturent complètement le sens de quelques phrases. Gela ne peut pas être autrement ici. Les membres de la Société peuvent, il est vrai, faire insérer des articles dans le Journal, mais ils n'ont pas le droit d'en revoir les épreuves, et ils se trouvent abandonnés à la discrétion d'un prote ignorant. Un membre très savant est bien chargé de surveiller l'impression ; mais, au milieu de milip autres occupations, il serait surprenant qu'il pût prévenir ou réparer toutes les bévues de l'imprimeur. Aussi l'article de mon fils

1. Voy. dans le Journal asiatique, t. VI, 1825, p. 52, l'article d'Eugène Burnouf sur le Vergleichende Zergliederung etc. de Bopp, déjà cité plus haut.

a-l-il été pitoyablement maltraité. Page 55, à la ligne ^9, il faut lire : il y a bien plus de spontanéité clans les créations de V esprit humain^ et surtout dans la création la plus spontanée de toutes^ la formation du langage. — Page 57, ligne 24, au lieu de : suppose la modification, lisez : supporte la modification, — Même page, avant-dernière ligne : et avaient déterminé, lisez : et en avaient déterminé. — Page 58, la phrase de la quatrième ligne a été défigurée d'une manière ridicule : et si au moment où elle subsistait y etc., lisez : et si au moment oii elle subissait cette révolution, etc. — Enfin, ce qui est moins important, page 6^ , au lieu de : Swasri, sour, lisez : Swasri., sœur.

Pardonnez-moi, Monsieur, de vous entretenir de choses si légères; mais cela n'est pas tout à fait sans intérêt à mes yeux, puisque cela me donne occasion de penser de nouveau à vos excellents travaux.

Recevez cependant nos remerciements de votre bonne attention à notre égard et, avec la vive expression de la reconnaissance de mon fils, le sincère témoignage de Pamitié avec laquelle je m^honore d'être, etc.

BURNOUF

M. de Humboldt m'a honoré d'une lettre à laquelle je compte répondre très prochainement.

A M. Burnouf, professeur au Collège de France, à Paris.

Londres, le 6 novembre 1825.

Monsieur,

J'espère que vous avez reçu et accepté avec bienveillance la seconde hvraison de ma Grammaire, que j'ai chargé mon libraire de vous envoyer avant de quitter Berlin, dans le mois d'août. Il y avait encore, à mon départ, deux tableaux à imprimer dont la correction a été soignée par mon élève, M. Rosen. Vous aurez aperçu dans cette livraison l'emploi d'un petit caractère sanscrit que j'ai fait graver à Berlin pour l'Académie royale. Je serai bien content si vous et M. votre fils ne trouvez pas cette entreprise mal réussie. Vous conviendrez, je m'en flatte.

que ce petit caractère pourra être d'une grande utilité pour publier des dictionnaires et des recherches grammaticales. Je me propose de publier bientôt en latin un Vocabulaire qui doit contenir tous les mots des lois de Manou, du Hitopadesa, du Nalus et de mes autres extraits du Mahâbhârata. C'est pour cette raison, en grande partie, que je passe cet hiver à Londres, pour revoir les manuscrits du Mahâbhârata et pour collationner soigneusement ceux de mes extraits que je n'ai pas pu achever à mon premier séjour ici. Je publierai plus tard, en plusieurs volumes, un choix de fragments intéressants du Mahâbhârata, avec une traduction latine sur le bord. 11 ne tardera pas, j'espère, que, par les soins de M. votre fils, les presses de Paris nous fourniront des textes sanscrits avec de bons éclaircissements, car je vois, par ses savants articles dans \q Journal asiatique, qu'il possède une connaissance profonde du sanscrit. 11 est donc à désirer qu'il mette bientôt à l'œuvre le compositeur que j'ai envoyé à Paris et dont je peux garantir la plus grande exactitude. Si, pendant mon séjour à Londres, je peux être de quelque service à M. votre fils, je le prie d'être bien persuadé de l'empressement que j'y mettrai. Je voudrais bien savoir aussi si M. votre fils se décide à publier le texte de Sakuntala, car, dans ce cas, je lui enverrai, aussitôt qu'il le voudra, les variantes et les gloses que j'ai trouvées ici. Je trouve que, pour publier un bon texte, la collation des manuscrits de Londres est d'une nécessité urgente.

J'ai lu avec un très grand intérêt le savant article de M. votre fils sur la première Hvraison de ma Grammaire sanscrite % et je lui dois des remerciements sincères d'avoir attiré, d'une manière si avantageuse pour moi, l'attention des philologues sur cette petite production littéraire.

Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien agréer l'assurance de la haute estime et de l'amitié sincère avec lesquelles je suis, etc.

Bopr.

Mon adresse est : 43, Windsor- terrace, Gity-road, London. 1. Journal asiatique, t. VI, 1825, p. 298 et suiv.

Extrait du Rapport de M. Abel Remusat^ SUR les travaux de la Société asiatique en 4 825^.

{Journal asiatique, 1826, annexe au t. VIII, p. 13.)

... L'une de ces langues, dont le nom avail été le plus souvent cité par les voyageurs, et qui peut-être était la moins connue de toutes, est celle qu'on appelle Pâli, à Geylan, chez les Barmans et dans le royaume de Siam. On présumait vaguement qu'il devait y avoir de l'analogie entre des dialectes qui paraissaient ainsi sous la même dénomination en des pays si divers. On entrevoyait de plus que cette langue, exclusivement employée par des peuples voués au culte de Bouddha, devait avoir été portée chez eux avec les livres de cette religion célèbre, et les faits qui s'y rattachaient n'en inspiraient que plus de curiosité, parce que l'histoire d'une langue sacrée se lie toujours d'une manière plus ou moins étroite à celle des révolutions morales et rehgieuses des nations qui en ont adopté l'usage : au reste, on ne savait rien de la nature de celle-ci, de ses formes grammaticales, des rapports de divers genres qu'elle pouvait avoir avec d'autres idiomes asiatiques, ni du lieu de son origine, ni des époques où elle avait pu se former, ni des circonstances qui

1. Jean-Pierre Abel Rémusat, 1788-1832, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, professeur de chinois au Collège de France, conservateur des manuscrits orientaux à la Bibliothèque du roi, secrétaire puis président de la Société asiatique.

La mort prématurée de cet illustre orientaliste, homme aimable et d'infiniment d'esprit, causa à Eugène Burnouf un profond chagrin. Jamais il ne cessa de témoigner de sa vive et affectueuse reconnaissance envers le savant qui avait de bonne heure encouragé son goût pour les études orientales et qu'il se plaisait à nommer son maître.

2. h'Essai sur le pâli, dont M. Abel Rémusat rend compte dans ce rapport, avait déjà été l'objet d'un rapport spécial inséré au Journal asiatique, 1825, t. VII, p. 358.

l'avaient transportée en des contrées séparées par toute la largeur du golfe du Bengale.

Un de nos confrères, M. E. Burnouf, et un jeune étranger, M. Lassen, disciple et collaborateur du célèbre M. G. de Schlegel, sollicités par l'importance et la nouveauté des questions qui se rattachaient à Tétude de la langue pâli, ont combiné leurs efforts pour les résoudre. Tout était à faire dans la matière qu'ils avaient entrepris d'éclaircir, et leurs devanciers ne leur avaient légué que de faibles matériaux à mettre en œuvre, ou plutôt des renseignements fautifs à rectifier. Quelques manuscrits du Cabinet du roi, qui n'avaient jamais été examinés à fond^ leur ont suffi pour lever successivement tous les obstacles qui s'opposaient à leur savante investigation. Les principaux provenaient des écritures assez variées qu'on observe dans les manuscrits pâli ; un triple alphabet, résultat des déchiffrements comparatifs de ces manuscrits, mettra désormais en état de les lire tous. Les règles grammaticales de la langue n'avaient été enseignées nulle part; les deux jeunes auteurs, guidés par quelques analogies et aidés d'une connaissance profonde de f étymologie sanscrite, les ont déduites de leurs lectures et ont reconstitué une grammaire pâli, sinon complète, suffisante du moins pour l'objet qu'ils s'étaient proposé. Enfin, le contenu des manuscrits, tous relatifs à des sujets de religion et de métaphysique, n'a pu échapper à deux savants nourris de ce que les conceptions des Brahmanes et des Bouddhistes ont de plus difficile en ce genre.

Note pour la Lettre du ^12 mars -1828.

Nicolas-Christophe Poiret, né à Arnouville le 5 décembre 'l 777, mort à Roissy^ le V' janvier ^1866, avait été le camarade de Jean-Louis Burnouf au Collège d'Harcourt, et là s'était formée

1. Roissy-en-France, département de Seine-et-Oiso, à distinguer de Roissy-en-Brie, département de Seine-et-Marne.

entre eux une amitié solide que le mariage de leurs enfants devait rendre encore plus étroite. Il faisait son droit à Paris et se destinait au notariat quand la mort de son père, fermier de M. de Machau et maître de poste à Arnouville, le rappela dans la maison paternelle. 11 se maria en ] 803 à M"® Reine-Gharlotte-Angélique Ducrocq, et vint s'établir à Roissy, qu'il ne quitta plus, et dont il fut maire pendant de longues années. Quand il cessa la culture des champs, à laquelle il s^était voué avec la conscience, le dévouement et la sagesse qu'il mettait à toutes choses, il devint juge de paix de son canton et membre du conseil général de Seine-et-Oise. Ses vertus et ses lumières, l'élévation de son caractère, sa bienveillance et les services nombreux qu'il aimait à rendre lui avaient acquis le respect et l'affection de tous. Ces sentiments, qui se sont bien souvent fait jour, sont exprimés d'une façon vive et vraie dans une lettre du savant sinologue G. Pauthier, que l'on trouvera à sa date, sous le n° XVll de cet Appendice.

C'est la fille aînée de M. Poiret, M"^ Reine- Victoire-Angélique Poiret, qu'Eugène Burnouf avait épousée le 25 septembre 1 826. Il avait vingt-cinq ans ; elle allait en avoir vingt-deux. Elle était dans tout l'éclat de la beauté et, sous une modestie charmante, elle cachait les rares et grandes qualités qui ont fait d'elle une femme accomplie et une mère incomparable dont on ne peut assez bénir la mémoire.

Les lettres échangées entre N.-G. Poiret et ses amis, Jean- Louis et Eugène Burnouf, n'existent plus ; on peut le regretter : elles eussent montré l'union parfaite de ces âmes délicates et tendres et les aimables rapports qui en étaient Texpression. Trois petits billets de M. Poiret se sont retrouvés, et leur date les plaçait tout naturellement ici.

A M. J.-L. Burnouf, à V ancien Collège du Plessis, rue Saint-Jacques, 115.

Roissy, n juillet 1826.

Mon cher et vieux camarade, Tu ne peux plus t'en dédire, te voilà tombé sous ma férule

administrative. J'ai arrêté ce soir ton logement à Roissy. Ainsi plus de voyages lointains. Pendant deux mois de vacances tu vas parcourir un espace de trente-sept perches du matin au soir. Tu ne courras aucun des dangers auxquels sont exposés tous les voyageurs par diligence. Plus de mauvaises auberges à craindre ; au retour de ta longue promenade, un dîner apprêté par les mains de ton aimable épouse, et que tu partageras avec ton bon Eugène, sera bien préférable à ces dîners souvent insipides de table d'hôte.

Présente, je te prie, à Madame Burnouf mes hommages respectueux, mon amitié à M. Ghavarin, au bon et aimable Eugène et à son cousin Charles. Je suis maintenant assez certain de l'amitié qu'ils nous portent tous pour croire à la satisfaction qu'ils éprouveront à la lecture de ma lettre.

Adieu, mon vieil ami, nous voilà donc encore une fois réunis !

Ton dévoué ami,

N.-G. POIRET

A M. Eugène Burnouf, place de l'École- de- Médecine^ iS,à Paris.

Roissy, 9 août 1827.

Mon cher Eugène,

Martin vous remettra une seconde lettre allemande dojit je vous prie de me donner la traduction.

Dites à Angélique que je n'ai pas encore fait une moisson aussi désagréable que celle-ci. Nous manquons d'ouvriers, ils travaillent donc comme ils veulent, et font bien peu de cas des observations que nous leur adressons sur leur mauvais travail ; aussi ai-je pris le parti de ne rien dire et de les laisser faire; je me trouve encore heureux d'en avoir plus que d'autres. 11 est des fermes dans les environs qui n'ont pu encore commencer leur récolte faute d'ouvriers.

Mes amitiés, je vous prie, à toute votre famille. J'embrasse notre Angélique.

Votre bon père et ami,

N.-G. POIRET

Roissy, 20 août 1827.

Nous avons reçu, mon cher Eugène, avec un plaisir bien vif les communications que vous nous avez faites par votre dernière lettre. Une seule chose nous contrarie, c'est que le surcroît de travail auquel vous allez vous livrer retardera de quelque temps le plaisir que nous nous promettions à vous posséder, et cependant je ne vous dirai pas : hâtez-vous de terminer. Votre santé nous est trop chère pour que je vous donne un pareM conseil ^ ajoutez Pintérêt que nous prenons à votre réputation ^

Voulez-vous bien vous charger de présenter nos amitiés à vos parents? Victoire se porte bien et vous attend pour vous offrir ses pêches.

Adieu, mon cher Eugène, embrassez pour nous notre Angélique.

Votre bon père et ami,

N.-G. POIRET

Lettre de F. Rosen^ a Eugène Burnouf.

Londres, ce 25 mars 1829.

Monsieur,

Je prends la liberté d'introduire auprès devons M. le colonel Briggs, qui, par les articles intéressants dont il a enrichi les

1. Eugène Burnouf venait de se charger de faire le texte de VInde française. Voy. la lettre à Lassen du 15 décembre 1827.

2. Frédéric Rosen, orientaliste éminent, éditeur du Rig-véda, né à Hanovre en 1805, mort en 1837.

Doué du plus aimable caractère et passionné pour les études orientales, il fut vivement regretté d'Eugène Burnouf, qui, l'ayant retrouvé à Londres en 1835, s'était lié intimement avec lui.

Mémoires de la Société royale asiatique, ainsi que par son excellente traduction de Ferishta, qui vient de paraître, vous est déjà connu de la manière la plus avantageuse. Une carrière politique et militaire au service de la Compagnie des Indes orientales lui a fourni une occasion (digne de notre envie) de visiter et d'examiner une partie de la contrée qui est le sol classique de nos études. Vous admirerez bientôt, d'accord avec moi-même, les grands avantages que M. Briggs a su tirer du peu de loisir que sa position officielle lui laissait. M. Briggs se propose de retourner aux Indes au bout de deux années. Son désir de se préparer à de nouvelles recherches est un des motifs les plus puissants qui le mènent à Paris. Je méconnaîtrais votre bonté, Monsieur, et il me faudrait avoir oublié les marques réitérées de votre bienveillance envers moi, si je n'espérais pas que vous recevrez M. Briggs comme un collaborateur zélé dans ce jardin oriental que nous cultivons et des arbres enchantés duquel nous tâchons de cueillir des fruits durables.

Je vous prie. Monsieur, de vouloir bien présenter mes respects les plus sincères à M. votre père.

Je suis, etc.

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