‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 63 sur 86 · Le secrétaire de la Société asiatique de Londres · texte numérisé non relu

Le secrétaire de la Société asiatique de Londres

J'espère qu'on donnera une chaire à Fauriel pour le retenir en France.

Haughlon est allé à la campagne ; il s'imagine qu'elle lui fera du bien ; mais je ne le crois pas ; je ne pense pas qu'il se rétablisse jamais. Son estomac est tout à fait détruit, et ses nerfs sont si irritables que la moindre attention qu'il prête à quoi que ce soit le rend malade pour longtemps.

Mais il faut que je finisse. Je n'ai pas le temps de relire cette lettre, qui^ probablement, contient un tas de stupidités.

Dites mille choses à Ampère et écrivez-moi. Je présente à Madame mes respects les plus affectueux.

Tout à vous.

MOHL

YII.

Rapport sur le Concours du Prix Volney

PAR LE BARON SiLVESTRE DE SaCY.

(Séance publique de l'Institut du 30 avril 1831.)

La commission chargée d'exécuter la fondation faite par M. le comte de Volney avait proposé, pour sujet du prix qu'elle devait adjuger dans la séance générale des quatre académies en 'I83'l, d^établir, pour les idiomes savants de VHindoustan dont les alphabets sont dérivés du dévanagari, un système de transcription méthodique régulier, tel qu'un texte écrit d'après ce système pût toujours être transcrit de nouveau et avec exactitude en caractères originaux. On devait exclusivement faire usage de l'alphabet européen, modifié et complété, selon la nécessité, par l'addition de signes simples et empruntés à la typographie ordinaire, et rédiger un tableau de la concordance orthographique, applicable aux trois systèmes de prononciation, français, allemand et anglais, de manière que les noms propres, les mots ou les phrases transcrits par un individu de l'une des trois nations pussent être reconnus et rendus conformément à l'orthographe des deux autres à volonté.

Trois mémoires ont été envoyés au concours. La commission a adjugé le prix au mémoire inscrit sous le numéro I, portant pour épigraphe : Non obstant hx cUsciplinœ per illas euntibus, sed circa illas hœrentibus. (Quintil., I, 7.) L'auteur est M. Eugène Burnouf fils.

Lettre de F. Bopp a Edgè?(e Burnouf.

Berlin, ce 31 mai 1832.

Monsieur,

Permettez-moi de vous recommander un ami et ancien élève, M. Poley, qui vous présentera cette lettre et qui vous est connu sans doute d'une manière favorable par sa savante édition du Devimahâtmya. Il est sur le point d'aller à Gonstantinople, où il sera attaché à notre ambassade; mais auparavant il veut passer quelques mois à Paris, et, sachant que vous avez beaucoup de bonté pour moi, il m'a prié de lui fournir l'occasion de sMntroduire auprès de vous.

Je regrette que son départ soit si proche, car en huit ou dix jours j'aurais pu profiter de cette occasion pour vous présenter la seconde livraison de ma Grammaire sanscrite, dont l'impression est finie jusqu'à la préface. Je recommencerai maintenant une Grammaire comparative écrite en allemand, et qui était déjà assez avancée quand j'ai été obligé de l'interrompre pour achever rédition du Nalus et de la Grammaire spéciale du sanscrit. Gomme mon système de conjugaisons ainsi que mes mémoires et divers articles de critique me fournissent, à l'ouvrage mentionné, les matériaux les plus essentiels, je peux aller assez vite et je iVai souvent qu'à mettre en ordre mes observations éparses. Cependant je ne crois pas que je puisse en publier une partie avant l'année prochaine.

J'espère que vous aurez reçu une lettre que j'ai eu Thonneur de vous adresser il y a quelques semaines pour vous rendre compte des matrices en question, destinées à la Société asiatique.

Je vous prie de vouloir bien offrir mon respect à M. votre père et agréer la nouvelle assurance de la haute estime et de l'amitié sincère de

Votre très dévoué,

Bopp.

Lettre de A. -G. de Schlegel^ a Eugène Burnouf.

Bonn, 9 novembre 1834.

My dear Sir,

Vous me dites des choses beaucoup trop flatteuses que je ne saurais accepter. Si le mot de reconnaissance était applicable à nos relations d'amitié, au moins l'obligation serait mutuelle. Je m'instruis autant par vos entretiens que vous pouvez le faire par les miens. Je m'intéresse vivement à l'avancement et au succès de vos travaux savants -, vous faites de même à l'égard des miens, et nous nous empressons Pun et l'autre d'en signaler le mérite au public. La seule différence est que vous êtes jeune et avez un bel avenir devant vous, tandis que je suis un vétéran et l'étais déjà ailleurs lorsque je suis entré, il y a vingt ans, dans cette nouvelle carrière.

Il vous sera peut-être agréable d'apprendre que notre célèbre philosophe Schelling, qui ne se communique guère au public, a

1. Auguste-G-uillaume de Schlegel, né à Hanovre le 5 septembre 1776, mort à Bonn le 12 mai 1845.

Ses premiers travaux avaient d'abord été consacrés à l'histoire et à la littérature de l'antiquité, et ce n'est que plus tard qu'il se passionna pour les études orientales.

Dans un de ses séjours à Paris, il avait fait la connaissance personnelle d'Eugène Burnouf, avec lequel il entretint jusqu'à sa mort une correspondance remplie de part et d'autre des plus aimables témoignages d'estime et d'admiration. Voy. les lettres d'Eugène Burnouf à A. -G. de Schlegel, ci-dessus, p. 449 et s.

parlé de vous avec de grands éloges. Probablement vous n'avez pas cet écrit sous la main. Je vous ai transcrit le passage ^

J'ai lu l'article de Fr. Windischmann, qui est assez bien fait; l'observation la plus importante que j'y aie trouvée est celle sur l'identité des verbes dâ et dhd en zend. J^avais anticipé cette remarque à Tégard du latin dans mon commentaire de la Bhagavad-Gîtâ, qui est imprimé, mais pas encore publié. Je vous avoue que j^ai toujours eu de la peine à concevoir qu'en zend, donner signiflât créer. Mais ceci change la thèse. En grec aussi, le nom de la divinité est dérivé du verbe t(ôy)ij.i.

Mes observations particulières sont peu de chose, mais j'oserai vous donner un conseil général. Ne forcez jamais l'étymologie. Les rapprochements hasardés nuisent au crédit de ceux qui sont légitimes. Nous ne pouvons pas rendre compte de la dérivation de tous les mots dans les langues dont nous possédons tous les trésors et même des monuments de diverses époques de leur développement. A plus forte raison cela doit arriver souvent dans une langue dont nous n'avons qu'un fragment. Il faut alors tâcher d'éclaircir le sens par la comparaison des passages parallèles; s'il ne s'en trouve point, il faut s'en tenir à la tradition. Rien n'est plus trompeur que de courir après Pidentité des significations-, par exemple, la main peut être envisagée et, par conséquent, désignée de bien des manières différentes. Au contraire, lorsque l'identité des mots est bien constatée, en ayant égard aux mutations régulières, la diversité des significations ne me fait pas hésiter le moins du monde. Le sanscrit carna est bien positivement identique avec le latin cornu (anciennement de la seconde déclinaison), et avec le gothique haurn (c'est la diphtongue brève qui répond à l'omicron), aujourd'hui horn; sanscrit çringa; francique hringa; aujourd'hui riruj^ cercle, anneau; carpara, corpor-is; etc., etc. J'ai fait, dans ma Bibl. ind., cette observation à l'égard des animaux, où ce phénomène est fort étonnant.

Le passage d'Hérodote est des plus importants ; il pourrait favoriser l'hypothèse que l'orthographe des livres de Zoroastre

1. Voy. plus loin, p. 508, la traduction de ce passage, copié par Schlegel sur un feuillet à part.

eût été rajeunie du temps des Sassanides. Car, généralement parlant, l'évaporation de l'S flnal doit être postérieure à la prononciation distincte. Les Persans auxquels Hérodote avait entendu articuler leurs noms étaient sans doute venus de la Susiane, de la Médie et de la Perse proprement dite; les livres de Zoroastre, au contraire, auront été rédigés en Bactrie ; soit ! 11 est toutefois singulier de voir dans des livres sacrés un dialecte plus moderne que le langage classique du pays où la religion est établie. D'ordinaire, dans les livres sacrés des divers peuples, on a affecté et soigneusement conservé les formes surannées, et avec grande raison, parce que cela leur donne un air vénérable et mystérieux. Il serait important de constater si rS flnal du nominatif masculin se trouve dans les inscriptions cunéiformes.

Je vous suis bien reconnaissant de la peine que vous prenez de rassembler les cahiers du Journal asiatique qui me manquent. Si quelques-uns ne se trouvent pas séparément, il faudra que j'achète quelques volumes entiers. C'est un soin de bibliothèque pour ne pas avoir un livre dépareillé; car beaucoup de cahiers sont totalement vides pour moi. Mais il y a quelque chose de plus grave : dans une revue de ma bibliothèque, j'ai découvert que je n'ai reçu de votre magniflque Vendidad lithographie que les livraisons I-IV, ensuite VII et VIII. Si vous m'avez, en effet, envoyé les livraisons V et VI, elles doivent être restées en chemin. Chez moi, rien ne peut se perdre. Ne trouveriez-vous pas dans vos notes par quelle voie vous les avez expédiées, pour prendre des informations? Peut -on acheter séparément les livraisons ? Je serais désolé de ne pas posséder ce beau monument complet.

Voici un extrait d'une lettre intéressante ^ J'ignore si le baron Schilling a rendu compte au public de sa riche trouvaille. Cependant, je ne suis pas autorisé à faire imprimer sa lettre, autrement elle serait bien placée dans le Journal asiatique.

Je vous envoie aussi mes épigrammes sur Bopp, que je n'ai pas pu retrouver lorsque vous étiez chez moi. Kosen m'a envoyé

1. Lettre du baron Schilling de Ganstadt à Schlegel, publiée plus loin, p. 508.

un second commentaire de la Bhagavad-Gîtâ, probablement le seul exemplaire en Europe. Je l'ai déjà lu en grande partie; c'est un fatras de paroles abstruses; mais il faut fouiller partout.

Mon mémoire sur l'origine des Hindous est imprimé à Londres, et le volume des Transactions de la Société royale de littérature, où il est inséré, doit être arrivé à Paris. N'oubliez pas que cet écrit a été rédigé il y a trois ans, que je n'y ai depuis ajouté que quelques notes et qu'il a été envoyé à Londres avant que votre Commentaire ne me fût parvenu.

Lassen vous salue fraternellement et vous écrira un de ces jours.

Mille amitiés. Tout à vous,

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