‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 65 sur 86 · Voy. plus haut, p · texte numérisé non relu

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que le déchiffrement des caractères cunéiformes, et j'espère que vous Tentreprendrez. Vous en avez déjà le point de départ', et, le caractère du genre le plus simple étant déchiffré, les plus compliqués suivront peu à peu. La découverte des noms des anciennes provinces de la Perse est extrêmement importante ; j^espère que vous la communiquerez bientôt au public sous une forme ou sous une autre. La Société asiatique n'a-t-elle pas le projet de publier un recueil de toutes les inscriptions cunéiformes connues? C'est une chose essentiellement utile au progrès de la science, et aucun particulier ne l'entreprendra.

Le Foë-Konë-Ki m'intéresse extrêmement, et j'espère bien y trouver beaucoup de choses qui éclaireront des points de l'histoire de rinde encore bien obscurs et très insuffisamment expliqués par les hypothèses creuses des Red faces. Soyez assez bon pour m'avertir quand le livre paraîtra, afin que je me mette en mesure de me le procurer immédiatement. Quel malheur que ce livre soit la dernière œuvre d'une main si habile, si capable ! Peut-être qu^au souvenir d^Abel Rémusat se mêle pour moi le souvenir délicieux du temps où, en votre compagnie et stimulé par votre zèle, j'étais chaque jour conduit vers quelque nouvelle et intéressante question dans le champ immense de l'histoire et delà philologie orientale^ mais je crois sincèrement que depuis longtemps on n'avait pas eu à déplorer la perte d'un érudit plus aimable, plus ingénieux, plus profond. Il est certain qu'un monde de connaissances multiples est descendu avec lui dans l'ombre. Mais assez sur ce sujet.

Vous avez reçu, ou vous recevrez bientôt, un exemplaire complet du Prabodha Chandrodaya ^ don de M. Brockhaus. Vous y trouverez plus de fautes d'impression qu'il ne devrait y en avoir; mais beaucoup viennent du peu de netteté du manuscrit.

1. Longtemps avant la date de cette lettre, le monde savant était au courant des études d'Eugène Burnouf sur les inscriptions cunéiformes. Un correspondant lui écrivait le 14 septembre 1833 : « Nous avons appris que vous aviez fait des découvertes dans les écritures cunéiformes de Persépolis. Nous espérons que vous publierez bientôt le résultat de vos recherches. »

Je répondrai dans quelques jours à l'aimable lettre de M. Jacquet. J'attends seulement le mémoire de Timprimeur. Je ne comprends pas, dans l'introduction, toutes les allusions à son docteur chinois. Quand vous écrivez des épigrammes, vous devriez, du moins, y ajouter des notes manuscrites pour nous autres gens d'au delà du Rhin.

En M. Windischmann vous avez un très sincère admirateur, pas plus sincère pourtant que

Votre entièrement dévoué,

Ghr. Lassen.

Lettre de Fr. Greuzer^ a Eugène Bdrnouf. [En allemand*.)

Heidelberg, 2 janvier 1835.

Monsieur,

J'ai encore le souvenir vivant de l'heure trop courte qui, cet automne, me fit jouir de votre agréable et savante conversation, et déjà vous me donnez l'occasion de me dire de nouveau votre obligé en m'envoyant un précieux cadeau. — Le tome 1 de votre Commentaire sur le Yaçna m'est arrivé exactement, et je vous en adresse mes remerciements les plus vifs et les plus sincères.

Puissiez-vous passer heureusement cette nouvelle année ! et daigne la Providence vous accorder beaucoup d'années sereines, pour vous permettre de donner encore à l'Europe savante maint travail de valeur, et de nous éclairer, nous autres amis de l'antiquité, par vos magistrales recherches sur l'ancien Orient! Soyez persuadé que vous n'avez en aucun philologue un disciple plus reconnaissant que moi, qui me sens si vivement attiré par votre aimable caractère.

1. Frédéric Greuzer, né à Marbourg en 1771, mort à Heidelberg en 1858; associé de l'Académie des Inscriptions; auteur de la Symbolique et Mythologie des peuples de l'antiquité. Voy. plus haut, p. 163, la lettre d'Eugène Burnouf du 2 septembre 1834.

J'ai fait exprès de retenir les volumes d'Hérodote qui vous sont destinés, parce qu^on attend pour Pâques l'achèvement du quatrième et dernier volume. J'aurai donc alors le plaisir de pouvoir vous envoyer mon petit 'avT(Sa)pov complet, en même temps que les exemplaires qui doivent être adressés à messieurs vos collègues.

Ayez la bonté de me rappeler au bon souvenir de ceux de ces messieurs dont j'ai l'honneur d'être connu.

Si vous vouliez bien vous employer pour me faire recevoir le volume paru (année ^834) des Mémoires de V Académie des Inscriptions^ vous m'obligeriez beaucoup.

Veuillez renouveler à votre honorable père mon souvenir et mes vœux les plus ardents pour sa bonne santé, et recevez l'assurance de la haute considération et du dévouement avec lequel je suis .Votre obéissant serviteur,

Frédéric Greuzer.

Six lettres de J.-L. Burnouf a Eugène Burnouf.

A M. Eugène Burnouf y à Oxford.

Paris, 24 avril 1835.

Mon cher Eugène, Voilà la troisième lettre que nous t'écrivons et nous ne sommes pas encore informés que tu aies reçu les deux premières. Puisse-t"il ne pas leur être arrivé le même sort qu'à celle que tu as remise à Barclay à Londres, et qui ne nous est pas parvenue ! Nous ne savons donc pas encore en combien de temps tu as fait la traversée et si tu as eu le mal de mer. Au surplus, c'est à présent qu'il s'agit de te bien porter, et pour cela il ne faut pas trop travailler ni gagner de refroidissement

à la promenade. Dieu veuille que le temps soit plus doux à Oxford qu'ici ! Il fait toujours un froid noir et perçant qui est insupportable. Ta maman n'est pas encore guérie de son rhume.

Nous sommes bien isolés, nous autres trois vieilles têtes \ restés seuls d'une maison passablement nombreuse. Et je vais encore, d'ici à peu de temps, diminuer le nombre, pour aller je ne sais où, ni avec qui.

J'ai rencontré ce matin, d'abord M. Ampère, le père, puis M. Raynouard, qui tous deux m'ont chargé de te faire leurs compliments. MM. Bonhoure et Régnier sont venus deux fois savoir de tes nouvelles et me donner la même commission. Ajoute M. Jacquet, qui n'oublie pas sa visite du mercredi depuis ton départ. Ajoute encore M. Girodet, qui, tous les soirs, au Luxembourg, me charge de civilités pour toi, avec toute la politesse que tu lui connais.

Tu ne dis pas dans tes lettres comment tu vis, comment tu trouves la soupe anglaise, ni où tu dînes habituellement. Il faut espérer que tu seras un peu mieux à Londres que dans cette aristocratique Oxford, où la vie matérielle n'a pas l'air trop confortable, à en juger par le peu que tu nous en as dit.

Adieu, mon cher Eugène, nous t'embrassons tendrement, ta maman, ton oncle et moi, et nous nous ennuyons de tout notre cœur.

Ton père et ami,

BURNOUF

A M. Eugène Burnouf, à Londres.

Paris, 26 avril 1835.

Mon cher Eugène,

Nous avons reçu hier ta dernière lettre d'Oxford, par laquelle tu m'annonces le bel ordre où les hauts et puissants seigneurs

1. M. et Mm« Burnouf et le capitaine Ghavarin, M"»» Eugène Burnouf et ses enfants étant à Roissy. M. Burnouf, inspecteur général des études, allait partir en tournée d'inspection.

de rUniversité tiennent leurs manuscrits. Pour ma part, j'en suis enchanté, puisque cela abrège ton séjour dans ce pays presque inhospitalier. Il paraît qu'au moment où tu m'as écrit tu n^avais encore reçu aucune de nos lettres. Nous les mettons à l'Ambassade, comme tu l'as recommandé.

J'ai reçu hier l'ordre de partir du 4" au 4 0 mai; mais nous n'avons pas encore les instructions. Le ministre m'annonce que j'irai avec Dinet, d'oùje conclus qu'il n'a pas accepté sa démission. Il ne Pavait donnée que verbalement, et on l'aura regardée comme non avenue. A présent, il est trop tard pour qu'il la donne par écrit. Je n'en suis pas fâché. Nous allons dans l'Ouest. Gela fait que je verrai la Bretagne^ que je ne connais pas, Brest, Nantes, Angers, la Rochelle, etc. Gela ne va pas jusqu^à Bordeaux.

Tu as reçu vendredi, c'est-à-dire j'ai reçu pour toi, une lettre de M. Ewald\ en allemand, dont voici la traduction très littérale :

Très honoré Monsieur,

J'ai attendu trop longtemps pour vous remercier, comme je le devais, de votre dernière aimable lettre, et tout particulièrement de votre beau présent. Ce présent (quelque agréable et quelque flatteur qu'il ait été pour moi de recevoir de vos mains un livre qui m'était indispensable) m'a cependant véritablement fait rougir à cause de sa grandeur et de mon indignité; car comment pourrais-je, moi si pauvre {ârmster)^ reconnaître dignement votre bonté? La dernière édition de ma Grammaire hébraïque, dont aujourd'hui même je mets la fin à la poste pour vous, est un contreprésent [gegengahe] tout à fait inégal, pour lequel je ne puis compter que sur votre indulgence. Il me reste une seule chose à espérer, c'est de paraître peut-être un jour plus dignement devant vous. Gomme, dès l'apparition du premier cahier de votre édition et de celle d'Olshausen, je m'étais mis assez au courant de la lecture du zend pour pressentir ce que c'était proprement, j'ai lu votre livre avec le plus grand empressement et avec le meilleur fruit, admirant presque partout la sûreté et la profondeur de vos recherches et de votre exposition. Une annonce un peu longue, que j'ai rédigée

1. H. -G. -A. Ewald, professeur à l'Université de Gôttingue, auteur d'une « Histoire du peuple d'Israël, » né à Gôttingue en 1803, mort en 1875.

sur votre ouvrage pour notre feuille, n'est pas encore imprimée, quoique depuis plusieurs mois je voulusse vous l'envoyer avec cette lettre. Sitôt qu'elle paraîtra, je me permettrai de vous l'adresser.

Il y a une seule chose que j'oserais vous exposer ici à titre de prière, c'est qu'il vous plût, dans la continuation de votre travail, d'abréger un peu la discussion quand il s'agit d'écarter des explications aussi bouffonnes (possenhafte) que celle de ahura par ungott. M. de Bohlen et Bopp lui-même, si respectable d'ailleurs, n'ont pas chez nous une autorité générale et obligatoire [hindendes), et les idées arbitraires (Einfalle) du premier méritaient à peine une réfutation étendue dans un ouvrage aussi fondé et aussi profond que le vôtre. Notre excellent Jacob Grimm, qui, maintenant déchargé des soins de la Bibliothèque, peut vivre plus exclusivement pour notre Université, a lu votre magnifique ouvrage {herrliches Buch) avec un grand intérêt.

Je sais, avec le plus grand respect et une sincère reconnaissance,

Votre très dévoué,

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