‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 121 sur 547 · Parce qu'il u'a pas pu · texte numérisé non relu

Parce qu'il u'a pas pu

5. L(! marquis (le Villevicille,qui ne Tiiourul qu'on 182f), clail un ami tlu manjuis d»; VilhHte, clu^z h^quol il assista aux derniers instants de Voltaire.

VOLTAIRE. 171

moral. Un honnête homiïie peut fort bien s'élever contre h superstition et contre le fanatisme : il peut détester la persécution ; il rend service au genre humain s'il répand les principes humains de la tolérance: mais quel service peut-il rendre, s'il répand l'athéisme? les hommes en seront-ils plus vertueux, pour ne pas reconnaître un Dieu qui ordonne la vertu? non sans doute. Je veux que les princes et les ministres en reconnaissent un, et même un Dieu qui punisse et qui pardonne. Sans ce frein, je les regarderai comme des animaux féroces qui, à la vérité, ne me mangeront pas lorsqu'ils sortiront d'un long repas, et qu'ils digéreront doucement sur un canapé ; mais qui certainement nie mangeront, s'ils me rencontrent sous leurs grllfos, quand ils auront faim; et qui, après m'avoir mangé, ne croiront pas seulement avoir fait une mauvaise action; ils ne se souviendront même point du tout dem'avoirmis sous leurs dents, quand ils auront d'autres victimes.

L'athéisme était très-commun en Italie, au quinze et seizième siècles : aussi, que d'horribles crimes à la cour des Alexandre VI, des Jules II, des Léon X ! le trône pontifical et l'Église n'étaient remplis que de rapines, d'assassinats et d'empoisonnemens. Il n'y a que le fanatisme qui ait produit tant de crimes.

Je ne persuaderai pas l'existence d'un Dieu rémunérateur et vengeur à un juge scélérat, à un barbare avide du sang humain, digne d'expirer sous la main des bourreaux qu'il emploie; mais je la persuaderai à des Ames honnêtes; et, si c'est une erreur, c'est la plus belle des erreurs.

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