‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 122 sur 547 · LETTRE DE RECOMIVIANDATION · texte numérisé non relu

LETTRE DE RECOMIVIANDATION

A Monsieur le chkvauer de Beaoteville*.

A Ferney, 4 novembre 1768. Monsieur, je suis obligé en honneur de vous rendre compte de ce qui vient de m'arriver. Une dame fort jolie

I.e chevalier de noauloville, 1 en 17fiC mcdinlcur pour la France u . ,i-s.-(Irur ou Suisse, lui iiomimi | daus les Irouhles de Geii«';ve.

LETTRES DU DlX-IiiJlTlÈME SIÈCLE.

et fort affligée est venue chez moi ; elle m'a assuré qu'il n'y avait que vous qui puissiez lui donner de la consolat'on. « J'ai le malheur, m'a-t-elle dit, d'être la femme d'un poète. — Votre mari est-il jeune, madame ? fait-il bien des vers? — Ah! monsieur, il les fait détestables. — Cela est fort commun, madame; mais que peut un ambassadeur de France contre la rage de faire de mauvais vers ? — Monsieur, je suis Genevoise, et mon mari est un jeune étoui'di nommé Lamande. — Eh bien ! madame, envoyez-le chez J.-J Rousseau, ils travailleront du même métier. — Monsieur, il y a renoncé pour la vie. Il s'avisa, il y a deux ans, pendant les troubles de Genève *, où personne ne s'entendait, de faire une mauvaise brochure en vers qu'on n'entendait pas davantage ; il a été banni pour neuf ans par un arrêt du conseil magnifique ; il a un père encore plus vieux que vous, qui est aveugle, et qui |se trouve sans secours ; ma mère, vieille et infirme, a besoin de mes soins : je passe ma vie à courir pour me partager entre ma mère et mon mari : monsieur l'ambassadeur de France est le seul qui puisse finir mes malheurs. »

J'ai répondu alors de Votre Excellence; j'ai assuré la désolée que, si elle venait à votre lever, elle s'en trouverait fort bien : mais que vous étiez actuellement à Saint- Omer.

« Hélas! monsieur, m'a-t-cllc répliqué, il peut de Saint- Omer pardonner à mon rnari, et nie Je rendre. On a prétendu que mon mari lui avait manqué de respect dans son impertinent ouvrage, où personne n'a jamais rien compris.... — Madame, ai-je dit, si votre mari avait été citoyen de Bcrg-op-Zoom, M. le chevalier de Bcauleville lui aurait très-mal lait passer son temps*; mais, s'il est citoyen de Genève, et s'il a écrit des sottises, soyez Irès-persuadéeque monsieur l'ambassadeur de France n'en sait rien, qu'il ne

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