C'est-à-dire un philosophe
LETTRES DU DIX-HUlTIÊME SIÈCLE.
« C'est l'homme le plus parfait de la cour ; il n a ni humeur ni honneur; » et je dirais au président de Montesquieu que, s'il veut prouver sa thèse en disant que dans un royaume on recherche les honneurs, on les recherche encore phis dans les républiques. On courait après les honneurs de l'ovation, du triomphe et de toutes les dignités. On veut même être doge à Venise, quoique ce soit vaniias vanilalum. Au reste, monsieur, vous êtes beaucoup plus méthodique que cet Esprit des lois, et vous ne citez jamais à faux, comme lui ; ce qui est un point bien important; car, si vous voulez vérifier les citations de Montesquieu, vous n'en trouverez pas quatre de justes * ; je m'en suis donné autrefois le plaisir, ie suis édifié, monsieur, de la circonspection avec laquelle vous vous arrêtez, dans le texte, au règne de Henri IV : tout ce que vous dites m'instruit ; et je prends la liberté de deviner ce que vous ne dites pas. Je vous remercie surtout de la manière dont vous pensez et dont vous vous exprimez sur ce gouvernement tartare qu'on appelle féodal; il est perfectionné, dit-on, à la diète de Ratisbonne ; il est abhorni à une demi-Ueue de chez moi, à droite et à gauche; mais, par une de nos contradictions françaises, il subsiste, danfi toute son horreur, derrière mon potager, dans les valléesi du mont Jura ; et douze mille esclaves des chanoines de Saint-Claude*, qui ont eu l'insolence de ne vouloir être que 8ujets^ du roi, et non serfs et bêtes de somme appartenant; à des moines, viennent de perdre leur procès au parlement de Besançon, attendu que plusieurs conseillers de grand'chami)re ont des terres où la mainmorte' est en vigueur,
1. Très exagéré. Les erreurs soiU inévitables dans un ouvrage aussi vaste que celui de Montesquieu.
2. Les clianoines de Saint-Claude, âu nombre de vingt, pi-enaient le titre de comte : ils avaient succédé à des moines bénédictins, sécularisés en 1742. Voltaire de 1770 à 1777, se fit l'avocat des niainmortables, sans succès : |ls ne furent
afïrancbis qu'en 1189. Cependant les eiîorts de Voltaire ne furent pas tout à fait inutiles. Ils attirèrent l'attention sur les serfs qui subsislaiont encore dans d'antres terres, et un édit de Louis XVI, qui fui rendu en 177'.», affrandiit les derniers serfs du domaine royal.
7>. La mainmorte était Un état où les vasscaux n'avaient pas le droit
LA MAUQUISK Oïl CHATRLET.
'Igré les édits de nos rois : tant In jiiris])iu(lence est uiiil'orine chez nous! KiiHii votre livre m'instruit et irie console: j'en chéris la luclhode et lo stylo. Vous n'écrivez point pour montrer de l'esprit, comme fait l'auleur de l'Esprit des lois et des LeUres persanes ; mais vous vous servez de votre esprit pour chercher la vérité. Jui^ez donc, monsieur, si je vous ai obligation de l'honneur que vous m'avez lait de m'envoycr votre ouvrage; jugez si je le lis avec délices, et si je n'emploie qu'une formule vaine en vous assurant que j'ai l'honneur d'être, avec la plus respectueuse estime et la plus sensible reconnaissance, etc.