Mélange
faire, comme madame Houdart, un voyage sédentaire dans votre cabinet. Faites mieux, mon cher Neuilly, réservezvous pour un temps plus propice : les circonstances ne sont pas toujours les mêmes. Ce que vos affaires n'ont pas permis que j'obtinsse de tous à mon départ, j'en veux avoir ma revanche une autre fois. J'y reviens avec vous, et nous débaucherons Maleteste*. C'est une grande affaire que ce voyage-ci, quand on l'examine de loin et qu'on le fait pour la première fois ; à la seconde, ce n'est rien. L'expérience, la connaissance du pays et des usages, celle de la langue, aplanissent ce qu'il peut y avoir de difficultés. Les nôtres ne sont survenues que des fausses mesures que nous avons souvent prises, faute d'être instruits; la plus fausse est la manière dont notre tour se trouve pris pour parcourir l'Italie.
Si vous voulez venir faire une course d'un an, je vous conseille de partir au commencement de septembre et de passer par la Provence, sans oublier de voir Nîmes ; je vous engage aussi à vous embarquer à Toulon, à passer à Gênes, Viareggio, Livourne, Pise, Lucques, Florence, Sienne; à arriver à Rome le 20 octobre, et à en partir huit jours après pour Naples, afin d'y être pour la Toussaint, où la belle saison dure encore, et où les spectacles commencent ; vous devez en être de retour avant la fin de novembre, et séjourner à Rome jusqu'aux environs de la fête de l'Ascension, pour laquelle il faut être arrivé à Venise, en passant tout droit rapidement par la route de Lorette, Ancône, Ravenne. Vous aurez le petit carnaval de Venise plus beau et moins fastidieux que le grand, qui ennuie par sa longueur. Revenez en France par Vicence, Vérone, Mantoue, Bologne, Modène, la Lombardie, Parme, Plaisance, Milan, les Mes Borromées, Pavie; bientôt je vous vois à Turin, Chambéry, Genève, Besançon. Vous voilà de retour chez vous; je vous ai mené sans fatigue. Or ça, à quand la partie?
Quand vous serez ici, car je crois vous y voir déjà avec moi, quelle impression croyez- vous que vous fera le pre-
1. M. de Villey de Maleteste, con- | grand amateur de niusiq^ue ., dft seiller au Parlemeul de Dijon, | spectacles et de littérature.
mier coup d'œil de Saint-Pierre? Aucune. Rien ne m'a tant surpris à la vue de la plus belle chose qu'il y ait dans l'univers, que de n'avoir aucune surprise; on entre dans ce bâtiment dont on s'est fait une si vaste idée, cela est tout simple. Il ne parait ni grand ni petit, ni haut ni bas, ni large ni étroit. On ne s'aperçoit de son énorme étendue que par relation, lorsqu'en considérant une chapelle, on la trouve grande comme une cathédrale; lorsqu'en mesurant un marmouset» qui est là, au pied d'une colonne, on lui trouve le pouce gros comme le poignet. Tout cet édifice, par l'admirable justesse de ses proportions, a la propriété de réduire les choses démesurées à leur juste valeur. Si ce bâtiment ne fait aucun fracas dans l'esprit à la première inspection, c'est qu'il a cette singularité de ne se faire remarquer par aucune. Tout y est simple, naturel, auguste, et par conséquent sublime. Le dôme, qui est à mon avis la plus belle partie, est le Panthéon tout entier, que Michel Ange a posé là en l'air, tout brandi de pied en cap. La partie supérieure du temple, je veux dire les toits, est ce qui étonne le plus, parce qu'on ne s'attend pas à trouver là-haut une quantité d'ateliers, de halles, de coupoles, de logemens habités, de campaniles, de colonnades, etc., qui forment, en vérité, une espèce de petite ville fort plaisante. La moindre partie de l'église, à ce que je trouve, est le portail*; ni celui-là ni celui qu'on vient de faire à Saint-Jean de Latran, quoique assez beaux l'un et l'autre, ne répondent à la majesté des bâtimens. Comment ceci a-t-il pu être construit par des gens qui avaient devant les yeux la façade (\o la Curia Antoniana^ et celle du Panthéon?
Ce que l'on lait de mieux à présent, c'est d'ôter tous les tableaux des chapelles de Saint-Pierre, quel'hunjiditéavait
achevé en 25 ap. J.-C, fui Iranslormé en église au vu» s. : c'est aujourd'hui Saiiile-Maric-de-la-îloto mie. Le Président admirait l)e3uconp « l'admirable j)orli(jue de seize énonnes colonnes de granit • du Panthéon, ol « la façade antique de hautes co-
1. MntTnouset, figure, grotesque sculptée sur la façade d'un édifice.