‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 193 sur 547 · UNE VIE BIEN REIVIPLIE NOUS EXEIVIPTE DE LA CRAINTE DE LA MORT · texte numérisé non relu

UNE VIE BIEN REIVIPLIE NOUS EXEIVIPTE DE LA CRAINTE DE LA MORT

A Là MÉMC

A Paris, le 23 septembre 1702.

Pourquoi, plus la vie est remplie, moins on y est aliachiJ Si cela est vrai, c'est qu'une vie occupée est communément une vie innocente; c'est qu'on pense moins à la mort et qu'on la craint moins ; c'est que, sans s'en apercevoir, on se résigne au sort commun des êtres qu'on voit sans ^esse mourir et renaître autour de soi ; c'est qu'après avoir salisfait pendant un certain nombre d'années à des ouvrages que la nature ramène tous les ans*, on s'en détache, on s'en lasse; les forces se perdent, on s'affaiblit, on désire la fin de la vie, comme après avoir bien travaillé on désire la fin de la journée; c'est qu'en vivant dans l'état de na-

nire, et qui me fait souvenir de ces quatre puces célèbres que montroil aulrcfOsS un charlatan, subtil ouvrier, dans une fiole où il avoit trouvé le secret de les faire vivre :

il leur avoit nais à chacune une salade en tète, etc.... Feignez un aommcde la taille du mont Athos?...

Si cet homme avoit la vue assez subtile pour vous découvrir quelque pari sur la terre avec vos armes offensives et défensives, que croyezvous qu'il penseroit de petits marnouAeis ainsi équipés, et de ce que

vous appelez guerre, cavalerie, infanterie, un mémorable siège, une fameuse journée? • Ces fantaisies trouvent leur plus complète expression dans Gulliver et dam Micromégas.

1. C'est le mot de la nature à l'homme dans Lucrèce (IIl, 942) « Nam tibi prœlerea quod machiner inveniamque, || Quod placeat, nil est : eadem sunt omnia semper. » Tout ce beau morceau de Diderot est imprégné de la pbilt;- •opkie de Larrèce.

tnre on ne se révolte pas contre les ordres que l'on voit s'exécuter si nécessairement et si universellement; c'est qu'après avoir fouillé la terre tant de foiS, on a moins de répugnance à y descendre; c'est qu'après avoir sommeillé ti^nt de fois sur la surface de la terre, on est plus disposé à sommeiller un peu au-dessous; c'est, pour revenir à une des idées précédentes, qu'il n'y a personne parmi nous qui, après avoir beaucoup fatigué, n'ait désiré son lit, n'ait vu approcher le moment de se coucher avec un plaisir extrême ; c'est que la vie n'est, pour certaines personnes, qu'un long jour de fatigue, et la mort qu'un long sommeil, et le cercueil qu'un lit de repos, et la terre qu'un oreiller où il est doux à la fin d'aller mettre sa tête pour ne la plus relever. Je vous avoue que la mort, considérée sous ce point de vue, et après les longues traverses que j'ai essuyées, m'est on ne peut pas plus agréable. Je veux m'accoutumer de plus en plus à la voir ainsi.

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