REGRETS DU PAYS NATAL
A MONSIICI LI PBIMCI DE BeLOSëLSKI*.
Paris, 27 mai 177 j.
Je suis vraiment bien aise, monsieur le prince, d*aToir votre estime et votre confiance. Les cœurs droits se sentent et se répondent, et j'ai dit, en relisant votre lettre de Genève : Peu clhommei m'en inspireront autant.
Vous plaignez mes anciens compatrioibS de n'avoir pas pris ma défense, quand leurs ministres assassinaient, pour ainsi dire, mon âme. Les lâches! je leur pardonne les injustices, c'est à la postérité peut-être à m'en venger.
A l'heure qu'il est, je suis plus à plaindre qu'eux : ils ont perdu, dites-vous, un citoyen qui faisait leur gloire; mais qu'est-ce que la perte de ce brillant fantôme, en comparaison de celle qu'ils m'ont forcé de faire ? Je pleure quand je pense que je n'ai plus ni parens, m amis, ni patrie libre et florissante.
0 lac sur les bords duquel j'ai passé les douces heures de mon enfance! Charmans paysages où j'ai vu pour la première fois le majestueux et louchant lever du soleil, où j'ai senti les premières émotions du cœur, les premiers élans d'un génie devenu depuis trop impérieux et trop célèbre ; hélas! je ne vous verrai plus. Ces clochers qui s'élèvent au milieu des chênes et des sapins, ces troupeaux bèlans, ces alehers, ces fabriques «, bizarrement épars sur des lorrens, dans des précipices, au haut des rochers, ces arbres vénérables, ces sources, ces prairies, ces montagnei qui m'ont vu naître, elles nt me reverront plus.
1. Ce prince, lie passage à GiMJCVc i 2. Au sens spécial que le mot fil 1 773, envoya aussi des vers 4 I re<;oil en peinture : édiliccs. cor- Voiiaiie. | sliuclions.
310 LETTRES DU DIl-HUITIÉME SIÈCLE.
Brûlei cette lettre, je vous supplie : on pourrait encore mal interpréter mes sentimens. Vous me demandez si je copie encore de la musique. Et pourquoi non? Serait-il honteux de gagner sa vie en travaillant? Vous voulez que j'écrive encore ; non, je ne le ferai plus. J'ai dit des vérités aux hommes; ils les ont mal prises : je ne dirai plus rien.
LE COMTE DE BUFFON