LES DROITS DU PARLEMENT ET LE POUVOIR ROYAL
A FresMS, le 10 juin 172îk
Tout ce que mon fils de Fresnes* nous a raconté de la grande journée de vendredi, m'afflige autant par rapport au public', qu'il me remplit de consolation par rapport à ce qui me regarde en particulier. Je ne saurais rendre assez
1. Docteur de Sorboone, et clianoine de Notre-Dame, un des rares hommes qui se mêlèrent aux a (Taires de la bulle Unigenitua dans un ••prit de conciliation.
t. lie mareclisl d'Uuxelles, bon Bilitaire, liahile diplomate, et surtout fin courtisan, était chef du eonseil des affaires étrangères sous la Kégencfc.
ô. LU (les Hutics, et le plus intime ami du Kégcul.
4 Jean-Oaptiste Daguesseau, conseiller au Parlement de Paris, plu lard conseiller d'État ordinaire,.
5. • L'édil du to juin 1725, pal lequel le roi prélevait sans exception un cinquantième sur tous les revenus du royaume, occasionna d« la part du Parlement de Pari.« des remontrances énergiques qui obli»
gèrent de tenir un lit de justice où cet odil lui enre^'isiré le 8 du meuve n'ois » (Noie de M. ï*ivos.
de grâces à Dieu, qui m'a préservé d'une épreuve si pénible*, et je trouve que je n'ai point encore acheté ce bienfait assez cher par plus de trois années de disgrâces. Mais ces réflexions n'empêchent pas que je ne sente vivement, comme citoyen, le malheur commun de l'État : j'en SUIS d'autant plus touché, que je n'y vois guère de remède, si ce n'est par des divisions qui seraient encore un plus grand mal. Le Parlement ne saurait se conduire avec trop de ménagement et de circonspection dans une affaire si délicate. 11 ne faut jamais pousser à bout le gouvernement; et, après tout, on doit toujours sentir l'extrême distance qui est entre le Roi et ses sujets. La modération est plus efficace en de pareilles occasions; elle sert plus utilement le public que l'emportement et une fermeté mal entendue. Si le Parlement ne fait que des démarches mesurées, il conservera la réputation qu'il s'est acquise le premier jour, par une simple démonstration de la contrainte qu'il souffrait. Si, au contraire, il prend des résolutions plus fortes, comme celles dont votre frère m'a parlé et qui me paraissent peu dignes de gens sensés, il fera oubher l'honneur qu'il s'est acquis d'abord, et il justifiera le gouvernement. M. le premier président* et M. le procureur général peuvent beaucoup en cette occasion, s'ils savent bien parler et bien agir auprès du prince ' contre lequel ils ont l'avantage du procédé. Plus le premier paraîtra avoir contenu sa compagnie, plus il aura de crédit et de poids auprès du ministre : c'est ce qu'on ne saurait trop lui mettre dans l'esprit. Il serait k souhaiter que les compagnies suivissent la règle que tout homme sage doit se prescrire ; je veux dire, de ne jamais prendre de résolution décisive quand on est en colère.
1. Daguw5seau, rappelé en 1720, fut exilé (Je nouveau en 1722, et ne fepril les sceaux qu'en i737. S'il les avait eus en 1725, il aurait dû Msiater au lit de justice, et agir au aon du roi contre le Parlement, émt il étail sorU. Cette t4clie in-
grate revint au garde des sceaui d'Armenon^ille.
2. Antoine Portail, premier président de 1724 à 1736. Le procureui l-cMéral fut, de 1717 à 17i6, Guillaume Joly de Fleury.