Réponse à la lettre de Voltaire du U mai Cf. p
580 LETTRES DU DIX-IIUiTIÈME SIECLK.
servent qu'à me tourmenter, et cela satisferait peu ma vanité. Allez, Monsieur, croyez -moi, je suis abandonnée de Dieu et des médecins, mais cependant ne m'abandonnez pas. Vos lettres me font un plaisir infini, vous avez une âme sensible, vous ne dites point de choses vagues : le moment où je reçois vos lettres, celui où j'y réponds, me consolent, m'occupent, et même m'encouragent. Si j'étais plus jeune, je chercherais peut-être à me rapprocher de vous; rien ne m'attache dans ce pays-ci, et la sociélé où je me trouve engagée me ferait dire ce que M. de La Rochefoucauld dit de la cour : Elle ne rend pas heureux, mais elle empêche qu'on ne le soit ailleurs.
Je n'attribue pas mes peines et mes chagrins à tout ce qui m'environne, je sais que c'est presque toujours notre caractère qui contribue à notre bonheur; mais comme vous savez, nous l'avons reçu de la nature. Que conclure de tout cela? c'est qu'il faut se soumettre. Il n'y aurait qu'un remède, ce serait d'avoir un ami à qui l'on pourrait dire :
c Change en biens éous les maux où le ciel m'a soumis. > Je n'en suis pas là, mais bien à dire sans cesse : f Sans toi, tout homme est seul. »
Finissons, Monsieur, cette ti'istc élégie, qui est cent fois plus triste et i)lus ennuyeuse que celles d'Ovide.
Vous voulez que je vous dise mon sentiment sur votre Corneilles c'est cerlainenient vous moquer de moi. Si je vous voyais, je hasarderais peut-être de vous obéir, mais comment aurais-je la témérité de vous critiquer par écrit? Il faut que vous réitériez encore cet ordre pour que j'y puisse consentir.. Je vous dirai seuloiiientque vous êtes cause que je relis toutes les pièces de Corneille. Je n'en suis encore qu'à Héraclius. Je suis euchantée de la sublimité d(^ son génie, et dans le plus grand élonnement qu'on puisse