SHAKESPEARE
A MoNsncB HoRACi Wilpolb.
Paris, 15 décembre 17C3.
Vous avez dû recevoir le François II* du président; la préface m'en avait plu, j'ai voulu lire la pièce, le livre m'est tombé des mains. La curiosité m'a pris de relire votre Shakspeare; je lus Othello, je viens de lire Henri VI. Je ne puis vous exprimer quel effet m'ont fait ces pièces; elles ont f?it à mon âme ce que le lilium* fait au corps, elles m'ont ressuscilée. Oh! j'admire votre Shakspeare, il me ferait adopter tous ses défauts; il me fait presque croire qu'il ne faut admettre aucune règle, que les règles sont les entraves du génie; elles refroidissent, elles éteignent» l'aime mieux la licence, elle laisse aux passions toute leur
1. Essai i\t drame liislorique do | i. CcUc drogue servait cotUr»} Président ll-^njult. I les évanouissemeuU.
iyO LETTRES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.
brutalité, mais en même temps toute leur vérité. Oue de différens caractères, que de mouvement, que de chaleur! Il y a bien des choses de mauvais goût, j'en conviens, et qu'on pourrait aisément retrancher; mais pour le manque des trois unités, loin d'en être choquée, je l'approuve ; il en résulte de grandes beautés. Le contraste de Henri VI avec des héros et des scélérats m'a ravie; tout est animé, tout est en action. Ah ! voilà une lecture qui me plaît et qui va m'occuper quelque temps*. Si je me portais mieux, si j'avais plus de force, je vous rendrais plus vivement le plaisir qu'elles m'ont fait, mais je suis abattue par les insomnies.