CAUSERIE LITTERAIRE
A MONSIEDR iloRACB WaLPOLE.
Paris, 8 août 1773.
Vous avez grand tort de me nsuïter ; vous ne savez donc pas comment je juge/ Par deux sensalions, ennui ou plaisir; jamais je n'examine les causes. Vous pouvez avoir toute raison dans vos crili(|ues«. Si nos lliéàlres vous paraissent froids ou plats, ils ne valent rien pour vous. J'ai seulement fait une remarque, c'est que la disposition où nous nous trouvons inlîue beaucoup sur les impressions que nous recevons, et en conséquence sur les jugemens que nous portons; je crois que vous en conviendrez. Il me semble que la comparaison que vous faites, de l'elfet que vous aurait fait une pendule dans trois âges ditrérens', peut s'appliquer à ce que je viens de dire.
Je ne puis pas sentir le mérite de Shakspeare'; mais comme j'ai beaucoup de déférence pour vos jugemens, je crois que c'est la faute des traducteurs. A l'égard de vos romans, j'y trouve des longueurs, des choses dégoûtantes, mais une vérité dans les caractères (quoiqu'il y en ait une variété infinie) qui me fait démêler dans moi-même mille nuances que je n'y connaissais pas. Pourquoi les sentimens naturels ne seraient-ils pas vulgaires*? N'est-ce pas l'éducation qui les rend grands et relevés? Dans Tomjones^, Allworthy, Blifil, Square et surtout Mme Miller, ne sont-ils pas d'une vérité infinie? Et Tom Jones, avec ses défauts et
1. VValpole n'aimait pas Zaïre^ ni Millii'idalc ; Vlphigénie lo laissait Iroifi ; il préférait (lit Blas à Toni Jones. Sliakosjteaic élail son idole.
t. « L;i première pendule, disait Wiilpolf! à pi'opo-; (les auteurs qui cliercliaiciil à plaire [)ai' la surprise des coups de tliéàlre, la première pendule m'aurait caurié
de rétonuemenl ; j'aurais acheté la seconde à mon usage , je donnerais la froisiéme à un enlaiil, »