Cf.p. -iSi, n
L'année passée, j'ai entendu Aufresne*; peut-être lui laiulrait-il un peu plus du feu que l'autre a de trop. Je ne consulte en ceci que la nature, et non ce (jui peut être en usage en France. Cependant je n'ai pu retenir mes lamu's ni dans CEdipe, ni dans Zaïre; c'est qu'il y a des morceaux si touchans dans la dernière et de si terribles dans la première, qu'on s'attendrit dans l'une, et qu'on frémit dans l'autre. Quel bonheur pour le patriarche de Ferney d'avoir produit ces chefs-d'œuvre, et d'avoir formé celui dont l'organe les rend si supérieurement sur la scène !
11 y a eu beaucoup de spectateurs à ces représentations : ma sœur Amélie*, la princesse Ferdinand*, la landgrave de Hesse* et la princesse de Wurtemberg, votre voisine, qui est venue ici de Montbelliard pour entendre Le Kain». Ma nièce de Montbelliard m'a dit qu'elle pourrait bien entreprendre un jour le voyage de Femey pour voir l'auteur dont les ouvrages font les délices de l'Europe. Je l'ai fort encouragée à satisfaire cette digne curiosité. Oh! que les belles lettres sont utiles à la société! Elles délassent de l'ouvrage de la journée, elles dissipent agréablement les vapeurs poHtiques qui entêtent, elles adoucissent l'esprit, elles amusent jusqu'aux femmes, elles consolent les affligés et sont enfin l'unique plaisir qui reste ^ ceux que l'âge a courbés sous son faix, et qui se trouvent heureux d'avoir contracté ce goût dès leur jeunesse.
1. Cet acteur n'appartenait pas à la Comédie française. 11 joua avec grand succès en province et à l'étranger. C'est lui que Galiani entendit à Naples. Frédéric louait son jeu noble, simple et vrai.
2. Cette princesse (1723-1787), abbesse de Quedlimbourg, vivait dans l'intimité du roi, et partageait son foût pour la musique.