‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 414 sur 547 · L'impopularité de «a reine •ômroecçait · texte numérisé non relu

L'impopularité de «a reine •ômroecçait

hU LETTRES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

T.ii l'inTiU à U suivre en Crimée en 1787, et prit part dans lei Années suivantes aux campagnes de Potemkin contre les Turcs. Il devint feld-maréchal en 1808.

Le prince de Ligne réunissait i la plus brillante valeur une grande étendue et une grande finesse d'intelligence. Il estimait la gloire littéraire autant que [la gloire militaire : aussi a-t-il beaucoup écrit. Art militaire, horticulture, morale, histoire, tous les sujets conviennent à son incroyable facilité, qui dégénère parfois, il faut bien le dire, en prolixité. Mais le meilleur de luimême revit dans sa correspondance : ces qualités d'esprit, de badinage, de tact exquis, d'originalité un peu maniérée et pourtant naturelle, par lesquelles il séduisit tour à tour tous les souverams qu'il approcha, Joseph II, le maître qu'il aima de toute son àme, Frédéric II, Catherine II, Marie-Antoinette. Le prince de Ligne, qui vint souvent à Paris, s'était fait tout français d'es« prit : il est impossible de soupçonner à le lire, qu'il ne soit pas né en plein Versailles. Aucun des étrangers qui ont si bien écrit notre langue au xvui* siècle n'a'le style plus français.

Il fallait beaucoup de prévention à Mme du Deffand, ou que le prince n'eût pas encore atteint la perfection de son naturel, pour prononcer qu'il était le Gilles de M. de Boufïlers. Aucune comparaison n'est à faire entre ces deux hommes : le chevalier c'est la frivolité pure ; c'est une forme agréable, laquelle ôlée, rien ne reste. Et c'est peut-être après tout la seule chrjte qui fasse reconnaître dans le prince Ligne un étranger. Sa vie ni sa vue n'ont pas été enfermées dans les salons : il a couru l'Europe en tous les sens; il a connu cette étrange Russie, où l'Europe et l'Asie, la barbarie énergique et la civilisation délicate, le luxe féerique cl la simplicité patriarcale se réunissaient pour étonner l'imagiïiation; au sortir des salons de Versailles et de Vienne, il a visité les Tartares et pris le contact du monde musulman. Il est passé des charmilles françaises et des parcs anglais, aux paysages grandioses de la Crimée. Il a couché dans les (lalais des Khans et vu s allonger dans le ciel la pointe des mitiarels. L'esprit tout enivré encore des conversations parisiennes, de cette politesse, de cette douceur de mœurs, qui faisaient la vie si charmante, kl a entendu sur les champs de bataille du Danube les cla- Bjeurs sauvages de Turcs ; il a vu couper les têtes des blessés, et égorger par milliers les populations des villes prises d'assaut. Tous c(;> spectacles font la matière de ses lettres; le prince de Ligne n a pas été seulement le peintre des riens du la vie mou-

daine, mais celui de l'Europe entière, dont il a fixé l'image pleine de contrastes à l'un des plus intéressants moments de son histoire. Enlin cette vie accidentée et voya^'cuse a élargi son ima- ^;iiKiiioa et l'a ouverte à des impressions inconnues alors en France. Devant les paysages de la Crimée et ses étranges habitants, un sentiment profond s'est épanoui dans son âme légère : l'aimable diseur de mots galants ou fins a trouvé des expressions pittoresques et des accents mélancoliques, et le disciple de Marivaux, de Voltaire et de Crébillon lils est devenu pour un moment le précurseur de Chateaubriand.

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