‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 415 sur 547 · I. — LA CONVERSATION DU GRAND FREDERIC · texte numérisé non relu

I. — LA CONVERSATION DU GRAND FREDERIC

Au R0£ DE PoLOr.NK*.

Vers la fin de 4786.

... L'heure de la présentation sonna. Le Roi me recul avec un charme inexprimable. La froideur militaire d'un quartier général se changea en un accueil doux et bienveillant. Il medii qu'Une me croyait pas un fils aussi (jrand*. 11 est même marié, Sire, depuis un an. — Oserais-je vous demander avecqui? — (Il avait souvent cette expression, et aussi : Si vous me permettez d'avoir l'honneur de vous dire.) Avec une Polonaise, une Massalska'. — Comment, une Massalska ? Savez-vousce que sa yrand'mère a fait? — Non, Sire» lui dit Charles — Elle mit le feu au canon au siège de Uantzig; elle tira et fit tirer, et se défendait lorsque som parti, quiavatt perdu la tète, ne songeait qu'à se rendre. — C'est (lue les femmes, dis-je alors, sont indélinissables :

cessiou de Bavière, et |jrèviat OM

1. I».ii:> (l(ii\ l.;Ures adressées au roi do t'ologiie (cf. p. 420), le prince de Ligue a rassemblé ses souvenirs sur le grand Frédéric, qu'il avait vu deux, foi.s, eu 1770 el en 1778. Lo fragment que je cite se rajujorle à la seconde rencontre, quand le prince (il visite au roi de l'russe peu de temps après la paix d« Tt&chen, qui régla U suc*

gtiiTre européenne.

2. Le priiicti Charles de Ligne, né eu 1759, Tul tué pendant la campagne de France en 17*^2.

3. La spirituelle princesse Hélène. Ce uiariagir ne fut pas heureux. La princesse »e remaria après la mort de son mari avec le comta Vincent Poiocki.

fortes et faibles tour à tour, indiscrètes, dissimulées, olies sont capables de tout. — Sans doute, dit M. de Lille^, fàclié de ce qu'on ne lui avait encore rien dit, et avec une familiarité qui ne devait pas réussir; — sans doute, voyez..., dit-il : le Roi l'interrompit. Je citai bientôt queJques traits à l'appui de mon opinion, comme celui de la femme Huchei ^ au siège d'Amiens. Le Roi fit un petit tour à Rome et à Sparte : il aimait à s'y promener. Après une demi-seconde de silence, pour faire plaisir à de Lille, je dis au Roi que M. de Voltaire était mort dans ses bras. Cela fit que le Roi lui adressa quelques questions : il répondit un peu trop longuement et s'en alla; et Charles et moi, nous restâmes à diner. C'est ià, pendant cinq heures tous les jours, que la conversation encyclopédique du Roi acheva de m'enchanter. beaux-arts, guerre, médecine, littérature et religion, philosophie, morale, histoire et législation passaient tour à tour en revue. Les beaux siècles d'Auguste et de Louis XIV ; la bonne compagnie des Romains, des Grecs et des Français; la chevalerie de François 1"; la franchise et la valeur de Henri IV ; la renaissance des lettres, et leur révolution depuis Léon X; des anecdotes sur les gens d'esprit d'autrefois, leurs inconvéniens ; les écarts de Voltaire, l'esprit susceptible de Maupertuis, l'agrément d'Algarotti, le bel esprit de Jordans»; l'hypocondrie du marquis d'Argens, que le Roi se plaisait à faire coucher pendant vingt-quatre heures, en lui disant seulement qu'il avait mauvais visage; que sais-je, enfin? tout ce qu'il y avait à dire de plus varié et de plus piquant, c'était ce qui sortait de sa bouche avec un son de voix fort doux, assez bas et aussi agréable que le mouvement de ses lèvres, qui avait une grâce inexprimable : c'est ce qui faisait, je crois, qu'on ne s'apercevait pas qu'il fût, ainsi que les héros d'Homère, un peu babillaid, mais sublime. La voix, le bruit et les gestes des

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