‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 425 sur 547 · Cher^on, «n CI · texte numérisé non relu

Cher^on, «n CI

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la grandeur «les villes d« ' Ce qui l'a trompé sans don!

pour Chersouèsc, les trac, niur qui fermait toute la qu'Ile.

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560 LETTRES m DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

deux villes passeront comme cefle-là. 11 y avait les mêmes intrigues d'amour et de politique; chacun croyait y faire une grande sensation dans le monde; et le nom même des pays, défiguré par celui de Tartarie et de Crimée, est tombé dans l'oubli : belle réflexion pour messieurs les imporlans! En me retournant j'approuve la paresse de mes bons musulmans, assis les bras et les pieds croisés sur leurs toits. Je trouve parmi eux un Albanais qui sait un peu l'italien; je lui dis de leur demander s'ils sont heureux, ou si je puis leur être utile, et s'ils savent que l'Impératrice me les a donnés. Ils me font dire qu'ils savent, en général, qu'on les a partagés, et qu'ils ne comprennent pas trop ce que cela veut dire; qu'ils sont heureux jusqu'à présent; que, s'ils cessent de l'être, ils s'embarqueront sur les deux navires qu'ils ont construits eux-mêmes, et qu'ils se réfugieront chez les Turcs, dans la Remanie. Je leur fais dire que j'aime les paresseux, mais je veux savoir de quoi ils vivent. Ils me montrent quelques moutons couchés sur l'herbe, ainsi que moi : je bénis les paresseux. Us me montrent leurs arbres à fruit, et me font dire que lorsque la saison de les cueillir est arrivée, le Kaimakan vient de Barczisarai pour en prendre la moitié : chaque famille en vend pour deux cents francs par an; et il y a quarante-six familles tant à Parthenizza qu'à Nikita*, autre petite terre qui m'appartient, et dont le nom grec signifie victoire. Je bénis les paresseux. Je leur promets d'empêcher qu'on ne les touriDonfe. Ils m'apportent du beuiro, du froinafi^e et du hiit, qui n'est point du tout de leurs jurnens, comme chez les Tartares. Je bénis les paresseux et je retombe dans mes réflexions....

Oubliant enfin foutes les puissances de la terre, les trônes, les dominations, j'éprouvai fout d'un coup un de ces charmans anéantissemens que j'aime tant, lorscjue l'esprit se repose lout à fait, lorsque l'on sait à peine qu'on

1. Knlro Y.ifla et Parllionilé : on 1 péiiai. La vigne cl le tabac foDt y a éliJuli un jardin bolaniqiie im- I vivre aujourd'hui ces Tartares.

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existe. Q\ic fait l'àmc alors?.!»' n'en ^..,, i. ..,,,. . . ,,,, tl

y a de sûr au moins, c'est que son activité est suspendue. el qu'elle a la jouissance et le sentiment de son repos.

Ensuite je fais des projets, Blasé presque sur tout ce qui m'est connu, pourquoi ne pas me fixer ici? Je convertirai ces tartares musulmans en leur faisant boire du vin, et donnant à ma demeure l'air d'un palais, qui sera vu de loin par les navigateurs, je bâtirai huit maisons de vignerons avec des colonnes et une balustrade qui en cachera lei toits. Je dessine aussitôt ce qui aurait été exécuté incessamaient sans la guerre à laquelle notre voyage de fêté donna lieu.

Quel dommage, me dis-je alors, que la superstition de la religion grecque ait détruit ces beaux restes du culte des dieux, si favorables à l'imagination ! ces beaux lieux, néanmoins, réjouissent encore la vue par les blancs minarets, les longues et minces cheminées en forme d'aiguilles, et l'espèce d'architecture orientale qui donne son joli style même aux plus petites cabanes. Mes réflexions qui me retracent les ravages du temps, me font aussi penser à mes propres pertes. Je trouve que rien ici-bas ne demeure dans une stagnation parfaite, et que dès qu'un Empire ne s'élève plus, il diminue : de même que le jour qu'on n'aime pas davantage, on aime moins! Aimer! Quel mot ai-je prononcé? Je fonds en larmes sans savoir pourquoi; mais que ces larmes sont douces! c'est un attendrissement général; c'est un épanchement de sensibilité, sans en pouvoir fixer l'objet.

Je juge le monde et le considère comme les ombres chinoises, en attendant le moment où la faulx du temps me l.ra disparaître. .Neuf ou dix campagnes que j'ai faites, une 1 ouzaine de batailles ou d'affaires que j'ai vues, viennent ensuite se présenter à moi connne un songe. Je pense au néant de la gloire qu'on ignon», qu'on oublie, qu'on envie, qu'on attaque et qu'on révoqtm en doute ; et Ufie partie de ma vie pourtant, me dis-je à moi-même, s'est passée à chercher à la perdre, cette vie, en courant après cette gloire.

Je n attaque pas ma valeur, elle est peut-^tre asseï knl«< lante; mais je ne la trouve pas assez pure : il y entre de la charlatanerie*. Je travaille trop pour la galerie. J'aime mieux la valeur de mon jcher Charles*, qui ne regarde pas si on le regarde. Je m'examine encore. Je me trouve une vingtaine de défauts; ensuite je pense au néant de l'ambition. La mort m'a enlevé ou m'enlèvera bientôt la faveur de quelques grands hommes de guerre, et de quelques grands souverains. Le caprice, l'inconstance, la méchanceté me feront perdre mes espérances. L'intrigue m'éloignant de tout; me fera oublier des soldats qui avec quelque plaisir pourraient entendre encore la voix de leur Vizir*. Sans regret pour le passé, ni crainte pour l'avenir, je laisse aller mon existence au courant de ma destinée.

Après m'ôtre bien moqué de mon peu de mérite et de mes aventures de cour et d'arrnéo, je m'applaudis de n'être pas encore pire; je me félicitai surtout du grand talent de tirer parti de tout pour mon bonheur.

Je me jugeais, je me voyais ainsi tel que je suis dans cette vaste mer, qui réfléchissait mon âme comme une glace réfléchit les traits du visage. Déjà les voiles de la nuit commencent à obscurcir le jour : le soleil est attendu sur l'horizon de l'autre hémisphère. Les moutons qui paissent auprès de mon tapis de Turquie appellent les Tartares, qui descendent gravement de leur toit pour les enfermer à côte de leurs femmes qu'ils ont tenues cachées tout le long du jour. Les crieurs appellent à la mosquée du haut de leurs minarets. Je cherche delà main gauche la barbe que je n'ai pas; j'appuie ma main droite sur mon sein, je bénis les paresseux et je prends congé d'eux, en les laissant aussi étoimés de me voir leur maître que d'apprendre que je foulais qu'ils fussent toujours le leur.

Je rfcueillo nies esprits qui avaiiîiil été si épar^, jefrassemble au hasni-d mes pensées ineoliéreiites. Je regarde

1. Le prince (le I-igne est dans up l 1. Son (ils. Dioineiil de sinGérilé purlailo. | 3. CI. la l" scène do Raja:et.

LE PI'.INCE DE LIGNL ;'

«iitoiir de moi avec attendi-isscnitMit c.- or.mx hnix (iu"jc ne reverrai jamais et qui m'ont fait passer la journée la plus délicieuse de ma vie. Un vent frais, qui s'éleva tout d'un coup, me dégoûta de la chaloupe qui devait me mener par mer à Théodosie; je monte sur un cheval Taiiare, et, précédé de mon guide, je me replonge dans les horreurs de la nuit, des chemins, des torrens, pour repasser les fameuses montagnes et retrouver, au bout de quaranle-huil heures, Leurs Majestés Impériales à Garassbazar^.

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