‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 479 sur 547 · BERNARDIN DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

(olui qui n'aurait lu que Paul et Virginie, elles Étudei on \et Harmonies de la nature, se ferait sans doute une bien fausse idée de Bernardin de Saint-Pierre. Rarement écrivain fut plus sincère, et rarement écrivain a moins ressemblé i son œu\Te. Cet idéaliSite tendre, ce doux rêveur, qui parait dans ses livres, tout optimisme et tout amour, fut une sorte de misanthrope morose, irascible et pointilleux, toujours aigri et mécontent des hominei

1. La Compagnie des Inde?, à l.icjucUo aiiparlenait le coniincrce ai ia colonie.

2. Correspondance de Bernardin di- Saint-l'icrre, puhtiÔJ |»»r Ainiu Martin, Pari>, lSi(>, 4 vol. in 8.

Gii LhTM>,Eb IW DIX-IIUiTIEME SIECLE.

et des chose, pétri d'amour- propre, déliant, ombrageux, faisant des all'aires sur tout et s'en faisant : avec cola aventureux, in(juiet, ambitieux, courant le monde pendant des années et pendant dei années aussi assiégeant les ministères, solliciteur hautain et pourtant obstiné, ayant trop de dignité pour demander avec succès, trop peu de dignité ou peut-être de trop pressants besoins pour cesser de demander; et si par hasard il obtient une grâce, souffrant d'avoir obtenu et s'en trouvant avili : tout le contraire enfin d'un philosophe. Sa pensée se porte toujours vers les lointains objets et les vastes entreprises : après son roman de Pologne et d'Allemagne, sans emploi et sans ressources, il rêve tantôt d'aller civiliser la Corse, tantôt de découvrir les sources du Nil, tantôt de parcourir l'Amérique ou l'Inde ; il a des vues politi(iues, il aveitit les ministres, il prédit les événements; il a des mémoires et des systèmes sur toutes les affaires de l'Europe Son regard embrassait le monde, la société et la nature, avant de se fixer sur un fraisier. Cependant, dans ses lettres à M. Hennin, au milieu de ses impatiences, de ses plaintes, de ses déceptions continuelles, percent l'amour, l'adoration, l'idolâtrie de la nature, une grande puissance d'enthousiasme, compensée par une égale faculté de désillusion, enfin le rêve chimérique et toujours caressé d'une humanité meilleure, oii tous les cœurs seraient unis par les liens d'une mutuelle et molle bienveillance. Et l'on comprend que cette âme d'une irritable délicatesse, froissée par la vie, ne trouvant pas les hommes tels entre eux ni à son égard qu'il les aurait voulus, ait réalisé dans ses écrits l'idéal de son imagination, et satisfait ainsi le besoin d'enthousiasme et d'harmonie qui la tourmentait. On comprend comment il est allé forcer la nature inanimée à porter témoignage en faveur du lève qui lui était cher. Puis, à mesure qu'il voit venir à lui la gloire et la fortune, quand sa vie est assurée et son amour-propre apaisé par le succès de ses écrits, du Bernardin aventuieui et chagrin se dégage un autre homme, moins agité, plus serein, plus conforme enfin à ce que devait être l'auteur de tels écrits : l'harmonie s'établit entre l'homme et l'œuvre, dès que la vie cesse d'y faire obstacle. Rien n'est plus charmant que l'égo'isme heureux. Un Bernardin idyllique, sentimental, clianipt'lre, bénisseur, optimiste, un peu fade dans sa bv/nu'; attendrie, un peu rabàcheui' dans ses ellnsions morales, apparaît dans les lettres qu'il a écrites à ses deux fcnnues et à son ami Hobin. H aperçoit partout la Providence, il ne récolte

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j .. un haricot qu'il n'admire la s;ij;ei't bienfaisai.;, , .,.,,,,iiiifl de l'univers. Il se bouche les yeux pour nier le mal : ceux (|iii j croient le font et sont des méchants; l'idée que tout ne soit pas bien, que tout le monde ne soit pas bon, déchnine les seules colères de ce bon vieillard.

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