I. — UNE TRAVERSÉE
A MoNsiBOR Hen.mn *.
Je me hâte de vous rendre compte des principaux ét4nemens de mon voyage* par le vaisseau la Paix^ commandé par le capitaine Burlaine, qui doit partir d'ici le 4 août pour se rendre à Lorient.
Nous partîmes du l*ort-Louls» le 3 mars, et le 5 du même mois nous essuyâmes, à la hauteur du cap Finistère*, un coup de vent qui nous mit en danger et nous inquiéta pour l'avenir, car nous nous aperçûmes que le vaisseau gouvernait mal. Un coup de mer, qu'on ne put éviter sur le gaillard d'avant, rompit quelques barreaux du pont, enleva la petite chaloupe, et emporta le maître d'équipage avec trois matelots; un seul fut sauvé dans les hauts bancs" où la mer le rejeta après lui avoir fracassé la main et rêp3ij|«,
Nous eûmes les vents favorables jusqu'aux Canaries. Nous passâmes au milieu, et nous vîmes Gomére, l'aime, l'île de Fer, et au loin le célèbre pic de Ténériffe. Je dessinai la vue de ces lies fortunées où il n'était pas permis de descendre; enfin, deux mois après notre départ, nous passâmes la ligne sans avoir éprouvé d'autres inconvéniens que des calmes sans chaleurs extraordinaires. Le 22 juin nous nous trouvions presque nord et sud de Hadtgiscar, lorsque nous
1. Kcrnardm de Saiiit-Pierro avait conitu M. Henniti /i:-N-lS02i en Pologne, où il fut sfcrolaiii' d'ambaï.sadc, puis chargé liairaires. En 17G5 il devint résident de France à Genève, puis premier commis aux aflairos étrangères, cl en 1785 secrétaire de la chambre et du cabinet du roi.