Il avail combalta le rtfiimé
de la Terreur. • Je ne ' ■ -"• m'cmpj^cber de penMîf sanécrivait il â son père. <i hommes qu'on tve par millici *, oli des enfants, ont aussi leurs pèrea. •
n'est pas bien bonne; je voudrais que tu m'achetasses de ces lunettes comme j'en avais une paire, non pas d'argent, mais d'acier, qui ont deux branches qui s'attachent à la léte. Tu demanderais du numéro 15; le marchand sait ce que cela veut dire; mais surtout, je t'en conjure, Lolotte, par nos amours éternelles, envoie-moi ton portrait; que ton peintre ait compassion de moi, qui ne soufîre que pour avoir eu trop compassion des autres, qu'il te donne deux séances par jour. Dans l'horreur de ma prison, ce sera pour moi une fête, un jour d'ivresse et de ravissement, celui où je recevrai ce portrait. En attendant envoie-moi de tes cheveux ; que je les mette contre mon cœur.
Maintenant que je te transcris cette lettre de peur que l'autre ne te parvienne*, je les ai, ces cheveux, je les baise, je les attacherai à ma main, celle que je t'ai donnée quand je fus si heureux, je veux les emporter dans le tombeau, je suis bien sûr que la mort même ne les fera pas quitter.
Ma chère Lucile ! me voilà revenu au temps de nos premières amours, où on m'intéressait par cela seul qu'on sortait de chez toi. Ilier, quand le citoyen qui t'a porté ma lettre fut revenu : « Eh bien, vous l'avez vue? » lui dis-je, comme je le disais autrefois à cet abbé Land*... et je me surprenais à le regarder comme s'il fût resté sur ses habits, sur toute sa personne quelque chose de toi. C'est une âme charitable, puisqu'il t'a remis ma lettre sans ratures. Je le verrai, à ce qu'il paraît, deux fois par jour, le matin et le soir Ce messager de mes douleurs me devient aussi cher que l'aurait été autrefois le messager de mes plaisirs. (Je ne l'ai vu que le premier jour, et son absence, te lendemain, a été le premier avis de ma condamnation.)
J'ai découvert une fente à mon appartement; j'ai appliqué mon oreille, j'ai entendu gémir'; j'ai hasardé quelques paroles, j'ai entendu la voix d'un malade qui souffrait; il
1. Il vr\it, (lire : (le pciir que Ctii/frr ne le parvienne jiojtif.
Tout ce <|iii prccèdc avait di-jà olc cnvové à Lucile.
il. On i)f s;iit quel est le nom qui cl iiiiisi al)i (•};'''.
7). (Jucilo silualions ronian('s(|ues furent alors des n'-alitésl
non nom. Je le lui ni dit < st-il écrié eu relonilianl sur son lit. Je suis Fabre d'Klanline*. Mais loi ici ? la conîre-n'voliilion est donc faite ? i •us n'osons cependant nous parler, de peur que la hain« ' nous envie celte lythle consolation, et (jue, si on venait nous entendre, nous ne fussions séparés et resserrés plus ' troitenient.
(Ihèreaniie! tu n'imagines pas ce que c'est que d'ôire TU secret sans s?voir pour quelle raison, sans avoir été iiterrogé, sans recevoir un seul journal! C'est vivre et être iiiort tout ensemble, c'est n'exister que pour sentir qu'on r st dans le cercueil! On dit que l'innocence est calme *•: tiuiageuse. Ah! ma chère Lucile! cela serait vrai si o»i lait Dieu !... Bien souvent mon innocence est faible comme comme celle d'un mari, comme celle d'un père, comme celle d'un fils. Si c'était Pitt ou Cobourg" qui me traitassent si durement! Mais être frappé par le fer de mes collègues insensés ou lâches! mais Robespierre* signant l'ordre de mon cachot, mais la république, après tout ce que j'ai fait j>our elle! C'est là le prix que je reçois de tant de sacrifices «t de vertus civiques! En rentrant au Luxembourg, j'ai vu Héraut*, Simioud, Ferreux, Chaumette,. Antonelle, une foule de gens de ma connaissance; ils sont moins malheureux : aucun n'est au secret. C'est moi. dévoué deimis oina
1. Kabreld'Éplanime (175r>-17»4), l'aulcur de l'hilinU' tic Molirre, mi'ml»rc de la Oimmuiic dn l'an»
t dr la Coiivcnlioii, fuJ un fouiieux rrvoliitioiiuain'. I.o. jour où
il se modéra, il |);l^.•>a pour vendu.
H fut exérulc le 5 avril 1794, le
même jour que Danton el Desmou-
■ oulins.
2. William Pitl (1759-1806), le prand ministre anglais, el le prince do Saxc-Cohourg (1707-1815), qui romniandail Tannée autrichionuc dans la première coalition, élaicnt ordinairemeul associés en ce len»ps-
i.«'iji^ I.-
le* »i:»4t
U dan^ publiquo.
ô. Robe^i ramamdc de (•'ih Grand.
i. lli'rnull do SécliclU 179i), nmi de Danton, id' comité du Saint pnWîc. — < (1763-1794). ; Commune. .•:
des (èles d< marquis d'Ai à Arles, cil.
nain*, provoqua le- ttudamnations de la reine el des Giroodios.
LETTRES DU mX-HUlTiÈME SIÈCLE
auo à tant de haines et de périls pour la république, moi qui ai conservé ma pauvreté au milieu de la révolution, moi 'qui n'ai de pan'on à demander qu'à toi seule au monde, ma chère Lucile,'et à qui tu l'as accordé, parce que tu sais que mon cœur, malgré ses faiblesses, n'était pas indigne de toi ; c'est moi, que des hommes qui se disaient mes amis, qui se disent républicains, jettent dans un cachot, au secrel, comme si j'étais conspirateur! Socrate but la ciguë, mais au moins il voyait dans sa prison ses amis et sa femme. Combien il est plus dur d'être séparé de toi ! Le plus grand criminel serait trop puni s'il était arraché à une Lucile autrement que par la mort, qui ne fait sentir au moins qu'un moment la douleur d'une telle séparation ; mais un coupable n'aurait pas été ton mari, et tu ne m'as aimé que parce que je ne respirais que pour le bonheur de mes concitoyens....
Dans ce moment les commissaires du tribunal révolutionnaire viennent de m'interroger. Ils m'ont fait cette question : si j'avais conspiré contre la république*. Quelle dérision! et peut-on ainsi insulter au républicanisme le plus pur! Je vois le sort qui m'attend. Adieu, ma Lucile, ma chère Lolotté, mon Lou; dis adieu à mon père, écrislui, tu vois en moi un exemple de la barbarie et de l'iu' gratitude des hommes. Tu vois que mes craintes étaient fondées, que mes pressentimens furent toujours vrais. Mes derniers momens ne te déshonoreront point. J'étais ne pour te rendre heureux, pour nous composer, avec ta mère et mon père, et quelques hommes selon notre cœur, ua Otaïti». J'ai fait des songes de l'abbé de Saint-Pierre. J'avais rêvé une république que tout le inonde eût adorée,
pas avoir ramené le sens comiiniiî dans le conseil de ceux qui |;ouv(!rncnt la république, et dans laquelle je ne vois guère que l'auiltitioii i'i lu j)lace de l'uuibilion, et la cu|iidilt'' à la place de la cupidih'".
'2. (le tic île élail regardée au xvni» s. comme un paradis terrestre.
i. D('|>ui.s un au, l'enthousiasme révolutionnaire de G. Dcsnioulins tiait bien lombé. Je suis tenté, rivai(.-i] à son père le 10 août 1795, l'aller nu; l'aire ttur en Vendée nu aux f'ronlièics pour uw délivrer flu speclaele de tant de Jiiaux et d'uni! révolution" qui ne nie paraît
. 4.. }'.M,,a,^j,eiiser que les hommes fus^tnt M iiij(i>ics et <i IV^iocrs. (iomnienl croire que (juelques plaisanteries, dans mes écrils», conlre ties collée; lies qui m'inoieiit provoqué, eDaceraient le souvenir de lant de services! Je ne me dissimule point que je meurs victime ne ces plaisanteries el de mon amitié Jpour le malheureux Danton. Je remercie mes assassins de me faire mourir avec lui el Philippeaux: puisque mes collègues, mes amis, toute la Monta^^'iic, qui, : quelcpies membres près, m'avaient encouragé, félicité, e^mbrassé, pris la main pour me remercier, ont été assex lâches pour nous abandonner, eux qui m'avaient tant dit, et même ceux qui condamnaient mon journal, qu'il n'y avait personne qui pût me croire de bonne foi un conspirateur; puisque la liberté de la presse et des opinions n'a plus de défenseurs, nous périrons, les derniers des républicains, et il faudrait se percer de son épée, comme Catoii. si la guillotine n'était U.
Pardon, chère amie, ma véritable vie, que j'ai perdue du moment qu'on nous a séparés, je m'occupe trop de ma mémoire, je devrais bien plutôt m'occuper de te la faire oublier. Ma Lucile, ma Lolotte. mon bon Loulou, où est-il, ton bon camarade du nid? Ma poule à Cachan», je t'en conjure encore, ne reste point sur la> branche, ne pousse point de gémissemens, ne m'appelle point par tes cris; ils me déchireraient au fond du tombeau, de cet affreux tombeau» qu'on me lait partager avec le sanguinaire Uébert- Rouvin*, que j'ai eraj)èché de consommer leur 2 septembre sur la Convention, qui m'en remercie si bien le lendemain.