‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 67 sur 547 · PRÉCEPTES D'ART DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

PRÉCEPTES D'ART DRAMATIQUE

AO P. PORÉK, JÉSDITB*.

A Cirey, ce 15 janvier 1739

Mon très cher et très révérend père, je n'avais pas besoin Je tant de bontés, et j'avais prévenu par mes lettres l'ample

1. L'impératrice Catherine (1682- 1727) succéda à Pierre le Grand.

2. Alexis, né à Moscou en 1690, fut condamné i mort en 1718, puis •rrrjcié et retenu en prison : il y uiounil peu aprè?, et i»ri dit qu'il avait été empoisouué.

3. « Malheureux, quel que soi( le récit que la postérité fasse d« cette mort 1 >

4. Le P. Porte (1675-17il), boB humaniste, anteur dramatique et orateur eu laliii, avait clé \e. professeur de rhétorique de Voltaire.

«04 LETTRES DD DIX-HUITiEME SifiCLE.

lustification que vous faites, je ne dis pas de vous, mais de mci : car si vous aviez pu dire un mot qui n'eût pas été en ma faveur, je l'aurais mérité. J'ai toujours tâché de me rendre digne de votre amitié, et je n'ai jamais doute de vos bontés.

Je vous devais Mérope^,' mon très cher père, com.me un hommage à votre amour pour l'antiquité et pour la pureté du théâtre. 11 s'en faut bien que l'ouvrage soit d'ailleurs digne de vous être présenté; je ne vous l'ai fait hre que pour le corriger.

Messène n'est point une faute de copiste. Vous savez bien que le Péloponèse, aujourd'hui la Morée, se divisait en plusieurs provinces, l'Achaïe ou ArgoUde^, où était Mycènes; la Messénie, dont la capitale était Messène ; la Laconie, etc .

Il faudra sans difficulté retrancher tout ce qui vous choque dans le suicide; mais songez au quatrième livre de Virgile, et à tous les poètes de l'antiquité.

Je ne peux m'empêcher de vous dire ici ce que je pense sur ces scènes d'attendrissement réciproque que vous demandez entre Mérope et son fils. C'est précisément ces sortes de scènes qu'il faut éviter avec un soin extrême; car, comme vous savez mieux que moi, jamais une passion réciproque n'émeut le spectateur^; il n'y a que les passions contredites qui plaisent. Ce qu'on s'imagine dans son cabinet devoir toucher entre une mère et un fils devient de la plus grande insipidité aux spectacles. Toute scène doit être un combat; une scène où deux personnages craignent, désirent, aiment la même chose*, serait le dernier période de l'affadissement ; le grand art doit être d'éviter ces lieux communs, et il n'y a que l'usage du monde et du théâtre qui puisse rendre sensible cette vérité.

1. Mérope ne fut représentée qu'en ili5, et imprimée l'année suivante.

2. L'Achaïe et l'Argolide sont deux régions distinctes du Pîlopo- D«se.

3 Axiome trop absolu.

4. Non, par exemple s'ils craignent le même péril, etc.; la différence des caractères, se faisant sentir dans les craintes ou les afl'ections communes, produit un combat ou du moins une u|j|)o^iluiii {Mtlié-

VOLTAIRE. 105

Le marquis MalTei* en est si pénétré, qu'il a poussé l'art jusqu'à ne jamais produire sur la scène la mère avec le fils que quand elle le veut tuer, ou pour le reconnaître à la dernière scène du cincjuième acte; et je l'aurais imité, si je n'avais trouvé la ressource de faire reconnaître le (il? par la mère en présence du tyran même, ressource qui ne serait qu'un défaut si elle ne produisait un nouveau danger.

En un mot, le plus grand écueil des arts dans le monde, c'est ce qu'on appelle les lieux communs. Je n'entre pas dans uu plus long détail. Songez seulement, mon cher père, que ce n'est pas un lieu commun que la tendre vénération que j'aurai pour vous toute ma vie. Je vous supplie de conserver votre santé, d'être longtemps utile au monde, de former longtemps des esprits justes et des cœurs vertueux.

Je vous conjure de dire à vos amis combien je suis attaché à votre société*. Persoime ne me la rend plus chère que vous. Je suis, avec la plus tendre estime et avec une éternelle reconnaissance, mon très cher et révérend père, votre, etc.

10 - LA SCULPTURE ET SES IVIOYENS D'EXPRESSION- A Monsieur i.e comte de Cavlds'.

Vous me comblez de joie et de reconnaissance, Monsieui'; !•' m'intéresse presque autant que vous aux progrès des ;iits, et particulièrement à la sculpture et à la peinture, • lonlje suis simple amateur.^^.Bouchardon est notre Phidias*.

1. Scij)ioii Mallei (167(>1755), do Vi'ione cingr.ipliiNle ilislinjîué, et Miileurdo l:i ilèropc italienne

■2. Vollairc est sincère. Il lut it'fllemeiil ndaclié à ses .inciens iiKiilres. Toiiriu'niine, <l'Oliv.;t, I*or.'t- : au reste, ses opinions pliilu- M)|ihiques s'accommodaient niimis ilf 1 1 douceur politi<iui; des l'én-s Jésuites que de la sévérité iulemliéraule des Jansénistes.

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