LA MARQUISE DU CHATELET
sur les pensées de Leibniz et de Newton, elle n'avait pas le temps d'être tracassière, ni médisante, ni méchante : Voltaire et Maupertuis lui donnent cet éloge, qui en fait alors une exception dans son sexe autant pour le moins que ses goûts intellectuels.
Son intimité avec Voltaire commença en 1754, pour ne se terminer qu'avec sa vie. Il trouva chez elle, à Cirey, la sécurité; elle lui fut profondément dévouée, et si on a pu lui reprocher d'avoir jeté le poète dans des travaux scientifiques pour lesquels il n'était pas fait, de l'avoir détourné de faire des vers, et d'avoir tenu sous clef le Siècle de Louis XIV, pour l'empêcher de l'achever, du moins eut-elle souci de la dignité et de la bonne réputation de son ami. Elle s'efforça de calmer les nerfs irritables et l'amour-propre de Voltaire : elle lui prêcha le travail sérieux et serein, le mépris des libelles et des satires, et il ne tint pas à elle qu'il ne se compromît pas dans des polémiques grossières, où sa gloire n'avait rien à gagner ; elle gémissait de le voir s'avilir à vouloir déshonorer les Rousseau et les Desfontaines, et s'éclabousser de la boue qu'il leur lançait.