‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 154 sur 558 · LA MARQUISE DU CIIATELET · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DU CIIATELET

savoir ce qui se passe entre le prince royal et Voltaire, le plus qu'il pourra. Enfin quand il n'y aurait que la disparate d'une telle conduite, d'aller confier à un prince de vingtquatre ans. dont le cœur ni l'esprit ne sont encore formés, qu'une maladie peut rendre dévot, qu'il ne connaît point. le secret de sa vie, sa tranquillité et celle des gens qui ont attaché leur vie à la sienne, en vérité il devrait ne le point /aire. Si un ami de vingt ans lui demandait ce manuscrit, il devrait le lui refuser; et il l'envoie à un inconnu ei princcl Pourquoi, d'ailleurs, faire dépendre sa tranquillité d'un autre, et cela sans nécessité, par la sotte vanité (car je ne puis falsifier le mot propre) de montrer à quelqu'un qui n'en est pas juge un ouvrage où il ne verra que de l'imprudence? Qui confie si légèrement son secret, mérite qu'on le trahisse; mais moi, que lui ai-je fait pour qu'il fasse dépendre le bonheur de ma vie du prince royal? Je vous avoue que je suis outrée; vous le voyez bien, et je ne puis croire que vous me désapprouviez. Je sens que quand cette faute sera faite, s'il ne fallait donner que ma vie pour la réparer, je le ferais; mais je ne puis voir, sans une douleur bien amère, qu'une créature, si aimable de tout point, veuille se rendre malheureuse par des imprudences inutiles et qui n'ont pas même de prétexte.

Page 1