‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 3 sur 558 · CHOIX · texte numérisé non relu

CHOIX

DE

LETTRES DU XVIir SIÈCLE

MADAME DE SIMIÀNE'

l'Am.iXK 1»K GRKiNAN

Les lettres de Mme de Simianc ne répondent pas tout à fait â l'idée que Mme ae Sévigné nous donne de sa petite-fille, ^e n'est pas cet esprit qui dérobait tout, ni cet attrait irrésistible qui eût brûlé le monde. Mais aussi faut-il songer qu'elle les écrivit dans sa vieillesse, et ce qu'elle avait perdu de grâce et d'éclat, elle le compensait par la solidité, par la bonté, par une élégance naturelle et sans étude.

Mme de Simiane vécut paisiblement dans sa province, reine d'un salon où se rassemblèrent la meilleure noblesse du pays, les magistrats du Parlement d'Aix et les académiciens de Marseille. Ruinée par des procès, .elle avait un train médiocre. Elle était dévote et janséniste, un peu inégale d'bumeur, paraît-il, mais très attachée à ses amis et leur inspirant un entier dévouement. L'édition des lettres de sfi grand'mére, que le chevalier de Perrin donna avec son consentement et avec son concours, fit le tourment de ses dernières années. A peine eut-elle remis les manuscrits qu'elle en eut regret. La liberté de ton de Mme de Sévigné l'effarouchait, et elle obligea le chevalier à faire toute sorte de retranchements et de corrections.

t. Lettres de M"^ de Sévigné, I profit celte excnllente édition pour Collection des Grands Écrivains, la rédaction dos notes et de la

Hachette, in-8, t. XI. — J'ai rais à notice

». — SUR LES LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ A Monsieur de Bussy*.

Ce n'est point ici une lettre, mon cher cousin, ne la lisez pas sur ce pied-là : à Dieu ne plaise que je m'avise de mêler une des miennes parmi celles que je vous envoie *' Regardez plutôt ceci, si vo.us voulez, comme une préface ; et comme elles sont rarement bonnes, j'espère que vous aurez quelque indulgence pour celle-ci.

Il n'est pourtant point question d'

Un auteur à genoux dans une humble préface,

Au lecteur qu'il ennuie qui doit demander grâce * :

je ne m'attends qu'à des remerciemens. Vous savez, mon cher cousin, ou si c'est à un lecteur indiflerent à qui je parle*, il saura que c'est ici une mère qui écrit à sa fille tout ce qu'elle pense, comme elle l'a pensé, sans avoir jamais pu croire que ses lettres tombassent en d'autres mains que les siennes. Son style négligé et sans haisons est cependant si agréable et si naturel, que je ne puis croire qu'il ne plaise infiniment aux gens d'esprit et du monde qui en feront la lecture.

Un agrément qui serait à désirer à ces lettres, c'est la clef de mille choses qui se sont dites ou passées entre elles ou devant elles ' qui empêcherait que rien n'en échappât :

1. Il s'agit, selon toute apparence, du second fils de Bussy-Uabutin, né en 1664, qui fut évoque de Luçon, académicien, et qui mourut en 1750. — Cette lettre fut publiée dans les éditions des LelLres de M"' de Sévigné qui furent imprimées en 1726 à Rouen et à la Haye.

L'édition de Perriu, donnée avec l'assentiment de M""(leSimiane, ne parut qu'en 1734-1737.

2. Elle lui envoyait un recueil de 137 lettres, sur lequel M. Capmai

conjecture que l'édition de Rouen (1720) a été faite.

3, Boileau (sat, IX, v. 187-188) a dit : « Un auteur, à genoux, dans une bumble préface, || Au lecteur qu'il ennuie a beau demander grâce. »

L Pléonasme assez commun au xvu* s. « C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parler. » (Boileau, Sat. IX, V. 1.)

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