Diderot
2. Sissousde Valmire (1740-1819), auteur de Dieu et l'Homme, ouvrage qui laillil le faire mettre a la
Bastille. Presque sous le même titre, i mon.
il y avait un écrit de Voltaire : Dieu et les hommes, œuvre théologtque mais raisonnable, par le docteur Obern, traduit par Jacques Ay.-
raie. L'homme est donc libre, puisqu'il est intimement persuadé de l'être, et que cela vaut tout autant que la liberté! Voilà donc le mécanisme de l'univers expliqué clair comme de l'eau de roche. S'il y avait un seul être libre dans l'univers, il n'y aurait plus de Dieu, il n'y aurait plus de liaisons entre les êtres. L'univers se détraquerait; et si l'homme n'était pas intimement, essentiellement convaincu toujours d'être libre, le moral humain n'irait plus comme il va. La conviction de la liberté suffit pour établir une conscience, un remords, une justice, des récompenses et des peines. Elle suffit à tout, et voilà le monde expUqué en deux mots.
Mais comment peut-on, me demanderez vous, être intimement convaincu d'une chose, pendant que le contraire est démontré, tout comme on est intimement convaincu que deux infinis sont égaux toujours, pendant qu'il est démontré par le calcul intégral qu'un infini peut être le double, le triple d'un autre, etc., et mille autres théorèmes de géométrie pareils? Toutes fois que la cervelle humaine ne peut pas se former d'idée de quelque chose, la démonstration ne peut pas se changer en persuasion. Il nous est impossible de nous former l'idée de l'infini ; ainsi la démonstration qui nous dira qu'un infini est le double d'un autre, nous le croirons, mais nous serons persuadés du contraire, et nous agirons en conséquence de la persuasion, et non pas de la démonstration, qui s'oppose à l'idée. Il nous est impossible de nous former l'idée de n'être pas libres. Nous démontrerons donc que nous ne le sommes pas, et nous agirons toujours comme si nous l'étions. L'explication de ce phénomène est que les idées ne sont pas des suites du raisonnement; elles précèdent le raisonnement, elles suivent les sensations. Nous prouvons par le raisonnement qu'un bâton ne se courbe pas dans l'eau, cependant l'idée que nous en avons nous le montre courbé, parce que la sensation de l'œil nous l'a dit ainsi, et que l'idée suit le sentiment de la vue. Montrez ce que je viens de grifi'onner au philosophe ; s'il ne me trouve pas sublime cette fois, et môme peut-être neuf, il a
ind tort, n trouvera que j'explique bien mal mes grandes 'S, et que mon jargon n'est pas français. Mais je suis lime le bourgeois-gentilhomme, qui savait tout, hormis trthographe.