‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 371 sur 558 · Expression peu française : ce qui m'est personnel · texte numérisé non relu

Expression peu française : ce qui m'est personnel

i. <i Je suis très loin, disait Voltaire à propos de la Guerre de 1741,

d'entrer dans cet horrible et ennuyeux détail de journaux de sièges, de marches, de contremarches, de trancliées relevées, et de tout ce qui fait l'entretien d'un vieux major et d'un lieutenant- colonel retiré dans sa province. »

ville immense, et où il n'omit pas jusqu'au plan du plus vil brelan, on condamnerait ce livre et l'auteur au ridicule, mais on ne dirait pas pour cela que Paris est une ville ennuyeuse. Je suis du sentiment que de grands faits de guerre, écrits avec conscience et vérité, qui développent les raisons qu'un chef d'armée a eues en se décidant, et qui exposent, pour ainsi dire, l'âme de ses opérations; je crois, je le répèle, que de pareils mémoires doivent servir d'instruction à tous ceux qui font profession des armes. Ce sont des leçons qu'un anatomiste fait à des sculpteurs, qui leur apprennent par quelles contractions les muscles du corps humain se remuent. Tous les arts ont des exemples et des préceptes : pourquoi la guerre, qui défend la patrie et sauve les peuples d'une ruine prochaine, n'en aurait-elle pas? Si vous continuez à écrire sur ces dernières guerres, ce sera à nous à vous céder ce champ de bataille; aussi bien mon ouvrage n'est-il pas fait pour le public.

J'ai pensé très sérieusement trépasser, ayant eu une attaque d'apoplexie imparfaite; mon tempérament et mon âge m'ont rappelé à la vie. Si j'étais descendu là-bas, j'aurais guetté Lucrèce et Virgile jusqu'au moment que je vous aurais vu arriver, car vous ne pouvez avoir d'autre place dans l'Elysée qu'entre ces deux messieurs-là. J'aime cependant mieux vous appointer* dans ce monde-ci: ma curiosité sur l'infini et sur les principes des choses n'est pas assez grande pour me faire hâter le grand voyage. Vous me faites espérer de vous revoir; je ne m'en réjouirai que quand je vous verrai ; car je n'ajoute pas grand foi à ce voyage. Cependant vous pouvez vous attendre à être bien reçu :

Car je t'aime toujours, tout ingrat et vaurien,

Et ma facilité fait grâce à ta faiblesse;

Je te pardonne tout avec un cœur chrétien*.

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