REPROCHES
A Voltaire *.
Potsdam, 24 février 1751.
J'ai été bien aise de vous recevoir chez moi; j'ai estimé votre esprit, vos talens, vos connaissances; et j'ai dû croire qu'un homme de votre- âge, lassé de s'escrimer contre les auteurs et de s'exposer à l'orage, venait ici pour se réfugier comme en un port tranquille. Mais vous avez d'abord, d'une façon assez singulière, exigé de moi de ne point prendre Fréron pour m'écrire des nouvelles 2; j'ai eu la faiblesse ou la complaisance de vous l'accorder, quoique ce n'était' pas à vous de décider de ceux que je prendrais en service. D'Arnaud* a eu des torts envers vous; un homme vindicatif poursuit ceux qu'il prend en haine. Enfin, quoique d'Arnaud ne m'ait rien fait, c'est par rapport à vous qu'il est parti d'ici. Vous avez été chez le ministre de Russie'* lui parler d'alfaires dont vous n'aviez point à vous mêler, et l'on a cru que je vous en avais donné la commission. Vous vous êtes mêlé des affaires de madame de Bentinck«, sans que ce fût certainement de votre département. Vous avez eu la plus vilaine alfaire du monde avec le Juif. Vous avez
1. Cf. p.l22 et sqq, — Sur ceUe IcUrft, voyez Voltaire et Frédéric, par M. Desnoiresterres.
2. iTédéric avait un correspondant littéraire à Paris. — Sur Fréron, cf. 237, n. 5. On sait la haine implacable que Voltaire lui porta et qui du reste était bien payée de retour