‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 440 sur 558 · Ciu|py.conliôIeurdesûoances, commenvait · texte numérisé non relu

Ciu|py.conliôIeurdesûoances, commenvait

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qui l'invita à la suivre en Crimée en 1787, et prit part dans les années suivantes aux campagnes de Potemkin contre les Turcs. Il devint leld-maréchal en 1808.

Le prince de Ligne réunissait à la plus brillante valeur une grande étendue et une grande finesse d'intelligence. Il estimait la gloire littéraire autant que Ja gloire militaire : aussi a-t-il beaucoup écrit. Art militaire, horticulture, morale, histoire, tous les sujets conviennent à son incroyable facilité, qui dégénère parfois, il faut bien le dire, en prolixité. Mais le meilleur de luimême revit dans sa correspondance : ces qualités d'esprit, de badinage, de tact exquis, d'originalité un peu maniérée et pourtant naturelle, par lesquelles il séduisit tour à toitr tous les souverains qu'il approcha, Joseph II, le maître qu'il aima de toute son âme, Frédéric II, Catherine II, Marie-Antoinette. Le prince de Ligne, qui vint souvent à Paris, s'était fait tout français d'esprit : il est impossible de soupçonner à le Hre, qu'il ne soit pas né en plein Versailles. Aucun des étrangers qui ont si bien écrit notre langue au xvin* siècle n'a le style plus français.

Il fallait beaucoup de prévention à Mme du Deifand, ou que le prince n'eût .pas encore atteint la perfection de son naturel, pour prononcer qu'il était le Gilles de M. de Boufflers. Aucune comparaison n'est à faire entre ces deux hommes : le chevalier c'est la frivolité pure ; c'est une forme agréable, laquelle ôtée, rien ne reste. Et c'est peut-être n près tout la ^eule chose qui fasse reconnaître dans le prince Ligne un étranger. Sa vie ni sa vue n'ont pas été enfermées dans les salons : il a couru l'Europe en tous les sens; il a connu cette étrange Russie, où l'Europe et l'Asie, la barbarie énergique et la civilisation délicate, le luxe féerique et la simplicité patriarcale se réunissaient pour étonner l'imagination; au sortir des salons de Versailles et de Vienne, il a visité les Tartares et pris le contact du monde musulman. 11 est passé des charmilles françaises et des parcs anglais, aux paysages grandioses de la Crimée. Il a couché dans les palais des Khans et vu s'allonger dans le ciel la pointe des minarets. L'esprit tout enivré encore des conversations parisiennes, de cette politesse, de cette douceur de mœurs, qui faisaient la vie si charmante, il a entendu sur les champs de bataille du Danube les clameurs sauvages de Turcs ; il a vu couper les têtes des blessés, et égorger par milliers les populations des villes prises d'assaut. Tous ces spectacles font la matière de ses lettres; le priice de Ligne n'a pas été seulement le peintre des rien» de la vie mon-

LE PRINCE DE LIGNE. f.if,

daine, mais celui de l'Europe entière, dont il a fixé l'image pleine de contrastes à l'un des plus intéressants moments de son histoire. Enfin cette vie accidentée et voyageuse a élargi son imagination et l'a ouverte à des impressions inconnues alors en France. Devant les paysages de la Crimée et ses étranges habitants, un sentiment profond s'est épanoui dans son âme légère : l'aimable diseur de mots galants ou fins a trouvé des expressions pittoresques et des accents mélancoliques, et le disciple de Marivaux, de Voltaire et de Crébillon fils est devenu pour uu moment le précurseur de Chateaubriand.

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