‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 451 sur 558 · BILLET D'EXCUSE · texte numérisé non relu

BILLET D'EXCUSE

A Catherine II.

Vienne, 1790.

Madame,

Je ne suis pas plus content que de raison de la lettre de Votre Majesté Impériale, sur une indiscrétion prétendue : ce reproche qu'elle me fait revient un peu trop souvent. Il ne faut pas bouder un homme qui n'a pas quatre cent mille hommes à lui envoyer pour s'expliquer.

Un jour un de nos très aimables roués, le baron de Bezenval*, qui s'était enivré avec M. le duc d'Orléans' le père, mettait le feu à son escalier à Bagnolet'. Celui-ci voulut l'en empêcher: a Voilà ce que c'est que les princes,

1. Le baron de Besenval (1722- 1791), né à Solcure, entra au service de la France et devint lieutenant général. Il fut en grande faveur auprès de Marie-Anloinclle. II a laissé des Mémoires.

t. Louis-Philippe d'Orléans (1725- 1783), père de Philippe -Égalité.

3. Près de Pantin, à 6 kilomètres de Paris. C'était dans ce château que le duc d'Orléans avait son théâtre.

dit-il; ils sont toujours princes, on ne peut pas jouer avec eux. »

Mais moi, Madame, je n'ai rien brûlé; je me suis laissé aller, apparemment sans le savoir, au plaisir de laisser admirer vos lettres par-dessus mon épaule.

Cependant, Madame, j'en suis désolé si cela déplaît à Votre Majesté Impériale. Ce n'est pourtant pas au grand homme que je demande pardon, c'est à une grande impératrice : quelle épigramme! Votre Majesté me la pardonnera-t-elle? N'importe, je me suis vengé; et me voilà encore à ses pieds avec tout mon fanatisme pour Catherine-le-Grand.

Page 1