‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 490 sur 558 · De Marmontel · texte numérisé non relu

De Marmontel

9. Le héros honnête et sentimeotal du roman de Rii hardson avait fourni un nom à la langue française pour désigner un caractère.

cervelles étroites qui croient aux vieux génies comme on croyait aux revenons.

MADAME SUARD'

Mademoiselle Panckoccke.

Mme Suard eut après son mariage (antérieur à 1771) un des salons les plus fréquentés de Paris. Sa grâce aimable et la conversation spirituelle de son mari mirent leur maison à la mode. Les encyclopédistes s'y donnaient rendez-vous : Voltaire y était adoré. Ce fut un véritable pèlerinage pour Mme Suard que le voyage qu'elle fit àFerney en 1775. On n'imagine pas l'attendrissement, le respect, la dévotion avec lequel cette jeune femme de vingt-cinq ans approche de Voltaire. Elle en est reçue admirablement : c'est que de tout son maintien, de toutes ses paroles s'échappe une ardeur d'admiration, qui chatouille agréablement l'amour-propre déhcat du patriarche. Elle le voit à travers sa propre passion : ici comme toujours la foi transligure son objet, et ce grand ricaneur (jui passa sa vie à se moquer de tout et de tout le monde, devient dans le portrait qu'elle en trace, un patriarche attendri, doux et bon. C'est le Voltaire des âmes sensibles, accommodé malgré lui au goût du jour, et tel qu'on avait besoin qu'il fût sous Louis XVI pour justifier l'enthousiasme et l'idolâtrie.

Ces lettres de Mme Suard complètent l'impression des lettres de Mme Roland : ici c'est l'apothéose de Voltaire, et là celle de Rousseau; mais, dans les deux documents, c'est le même culte, la même passion. En voyant à quel ton sont montées les âmes de deux jeunes bourgeoises, aux environs de 1780, on comprend mieux cette Révolution dont le brusque éclat troubla bientôt après la paix aimable de la société française.

1. Lettres de If»»» de Grnffigny, etc., de Jlf«« Suard, «te. Chnrpentier, 1879, in-12. — Les Lettres

de M*»^ Suard à son mari parurent d'abord en 1802 (Dampierre, 1 vol. in-4').!

MADAME SUARD. 6<î

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