‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 506 sur 558 · DEUX POEMES SUR LA NATURE · texte numérisé non relu

DEUX POEMES SUR LA NATURE

A Monsieur Deletre.

Marly, 17 juillet 1782.

Parlons un peu du poème des Jardins-\ On ne peut pas se tromper sur le charme de la lecture. Quelle perfection de vers! Quelles tournures! Quelle brillante exécution! C'est véritablement le petit chien qui secoue des pierreries. Mais malgré tout le succès mérité de ce livre, peut-être ne fcra-t-il pas la lecture favorite du rêveur solitaire, qui a l'habitude d'emporter avec lui Virgile ou La Fontaine '. C'est qu'il y a dans la nature un charme qui est à elle, et que tout l'esprit du monde ne peut saisir. Peut-être même ne s'en doute-t-il pas, cet esprit gâteur de raison, et quelquefois de poésie. Comme tout est plein sans excès, comme tout est doux sans faiblesse, comme tout est soigné sans effort, dans le poète ravissant qui peignit les amours de Didon !

J'ai vu quelques personnes qui préfèrent aux Jardins le poème des Mois*' : mais que de landes! que d'épines! quelle bizarrerie, qu'on croirait étudiée! Le ton s'élève bien quelquefois, on croit qu'on va être ému; mais l'âme du poète fit celle du lecteur restent en chemin.

C'est un épi qui sort, qui pointe un moment, et qui penche tout de suite la tête. Peut-on être si peu naturel en parlant de la nature!

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