Fauris de Saint- Vinccns
1798), fut conseiller, puis présiden»
à mortier au parlement d'Aix. 11 lui connu comme antiquaire, et fut associé correspondant de l'Acadcmie des inscriptions.
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quait quelque chose au plaisir que j'ai de la voir rétablir; je l'ai senti en lisant votre lettre, et j'ai fait l'expérience de tout ce que l'amitié peut ajouter de douceur et de sensibilité aux joies les plus naturelles
En vérité, mon cher Saint-Vincens, rien n'est parfait sans l'amitié, rien n'est entier, rien n'est sensible; je plains ceux qui la négligent, et qui ne veulent chercher leur bonheur que dans eux-mêmes. Il y a des momens de force, des momens d'élévation, de passion et d'enthousiasme, où l'âme peut se suffire, et dédaigner tout secours, ivre de sa propre grandeur : le philosophe dont vous me parlez ne voulait tromper personne, en bravant des douleurs aiguës; son esprit, possédé du charme et du goût de la vertu, ne les sentait presque pas; il était dans une espèce de délire, qui affaiblissait le sentiment de tous ses maux; et il ne croyait pas même que c'en fussent de réels, dans le temps qu'il les surmontait, qu'il conservait son courage, et qu'il était embrasé d'un sentiment bien plus vif, bien plus pur, bien plus ardent; mais, si on l'eût interrogé une heure après, il n'aurait peut-être pas répondu de même. Le feu de l'orgueil, de la gloire, se consume bientôt lui-même, lorsqu'il ne tire point de nourriture du dehors; il tombe, il périt, il s'éteint; et alors, mon cher Saint-Vincens, l'homme éprouve de la douleur; il en reconnaît le pouvoir, et ne trouve au dedans de lui que ce vide épouvantable que vous avez éprouvé. Les hommes, mon cher Saint-Vincens. ne font qu'une société, l'univers entier n'est qu'un tout, il n'y a dans toute la nature qu'une seule âme, un seul corps* ; celui qui se retranche de ce corps fait périr la vie en lui, il se sèche, il se consume dans une affreuse langueur; il est digne de compassion. Mais quelle bouffée de philosophie, quelle ridicule abondance !
1. Voilà encore des idées stoï- | et les devoirs de mutuelle afle<v ciennes. C'est bien là-dessus que 1 tion, de bienraisance et d'Iiumiles anciens fondaient les sentiments 1 nité entre tous les hommes.
5. — COMPARAISON DE CORNEILLE ET DE RACINE. A Monsieur de Voltaire *.
A Nancy, le 4 avril 1743.
11 y a longtemps. Monsieur, que j'ai une dispute ridicule et que je ne veux finir que par votre autorité : c'est sur une matière qui vous est connue. Je n'ai pas besoin de vous prévenir par beaucoup de paroles : je veux vous parler de deux hommes que vous honorez, de deux hommes qui ont partagé leur siècle, deux hommes que tout le monde admire, en un mot, Corneille et Racine; il suffit de les nommer. Après cela, oserai-je vous dire les idées que j'en ai formées? en voici, du moins, quelques-unes.
Les héros de Corneille disent de grandes choses sans les inspirer; ceux de Racine les inspirent sans les dire; les uns parlent, et longuement, afin de se faire connaître ; les autres se font connaître parce qu'ils parlent. Surtout, Corneille paraît ignorer que les hommes se caractérisent souvent davantage par les choses qu'ils ne disent pas que par celles qu'ils disent.
Lorsque Racine veut peindre Acomat, il lui fait dire ces vers.
Quoi! tu crois t cher Osmin, que ma gloire passée Flatte encor leur valeur, et vit dans leur pensée f Crois-tu qu'ils me suivraient encore avec plaisir, Et qu'ils reconnaîtraient la voix de leur visir * f
L'on voit dans les deux premiers vers un général disgracié, qui s'attendrit par le souvenir de sa gloire et sur l'attachement des troupes; dans les deux derniers, un rebelle qui médite quelque dessein. Voilà comme il échappe
1, C'est celle lellt-e qui lia le J taire, p. 115 : il rend jilus d«! juscommerce de Vauvenargues et de i iicc à Oorncille. Voltaire. Voy«i la réponse de Vol- | 1. B^jazet, a. I, se. 1.
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aux hommes de se caractériser, sans aucune intention marquée. On en trouverait un million d'exemples dans Racine, plus sensibles que celui-ci; c'est là sa manière de peindre. Il est vrai qu'il la quitte un peu, lorsqu'il met dans la bouche du même Acomat :
Et s'il faut que je meure.
Mourons; moi, cher Osmin, comme un visir; et toi. Comme le favori d'un homme tel que moi *.
Ces paroles ne sont peut-être pas d'un grand homme, mais je les cite parce qu'elles semblent imitées du style de Corneille; et c'est là ce que j'appelle, en quelque sorte, parler pour se faire connaître et dire de grandes choses sans les inspirer.
Je sais qu'on a dit* de Corneille qu'il s'était attaché à peindre les hommes tels qu'ils devaient être : il est donc sûr, au moins, qu'il ne les a pas peints tels qu'ils étaient, je m'en tiens à cet aveu là. Corneille a cru donner, sans doute, à ses héros un caractère supérieur à celui de la nature; les peintres n'ont pas eu la même présomption : quand ils ont voulu peindre les esprits célestes, ils ont pris les traits de l'enfance : c'était, néanmoins, un beau champ pour leur imagination; mais c'est qu'ils étaient persuadés que l'imagination des hommes, d'ailleurs si féconde en chimères, ne pouvait donner de la vie à ses propres inventions. Si le grand Corneille, Monsieur, avait fait encore attention que tous les panégyriques étaient froids, il en aurait trouvé la cause en ce que les orateurs voulaient accommoder les hommes à leurs idées, au lieu de former leurs idées sur les hommes.
Corneille n'avait point de goût, parce que le bon goût n'étant qu'un sentiment vif et fidèle de la belle nature, ceux qui n'ont pas un esprit naturel ne peuvent l'avoir que mauvais; aussi l'a-t-il fait paraître, non-seulement dans ses ouvrages, mais encore dans le choix de ses modèles, ayant