Celte œuvre est au m«sée du Louvre
être tort, je l'ai sûrement, si vous me condamnez, mais je vous demande. Monsieur, ce qui fera la beauté de son ouvrage? C'est l'attitude de l'Amour, c'est la noblesse et le charme de sa figure, le reste n'est pas fait pour les yeux N'est-il pas vrai qu'une main bien faite, un œil animé vaut mieux que toutes les allégories? Je voudrais que notre grand sculpteur fît quelque chose de passionné. Puget * a si bien exprimé la douleur ! Un Apollon qui vient de tuer IJyacinthe ; un Amour qui voit Psyché évanouie; une Vénus auprès d'Adonis expirant, ce sont là, à mon gré. de ces sujets qui peuvent faire briller loulfes les parties de la sculpture. Je suis bien hardi de parler ainsi devant vous ; je vous suppHe, Monsieur, d'excuser tant de témérité.
Je n'ai rien à dire sur la belle fontaine qui va embellir notre capitale, sinon qu'il faudrait que M. Turgot' fût notre édile et notre préteur perpétuel. Les Parisiens devraient ( Miitribuer davantage à embellir leur ville', à détruire les l'iiumens de la barbarie gothique, et particulièrement ces •ules fontaines de village qui défigurent notre ville. Je iir doute pas que Bouchardon fasse de cette fontaine un beau morceau d'architecture; mais qu'est-ce qu'une fontaine adossée à un mur, dans une rue, et cachée à moitié par une maison? Qu'est-ce qu'une fontaine qui n'aura que deux robinets, où les porteurs d'eaux viendront remplir leurs seaux? Ce n'est pas ainsi qu'on a construit les fontaines dont Rome est embellie. Nous avons bien de la peine à nous tirer du goût mesquin et grossier. Il faut que les fontaines soient élevées dans les places publiques, et que les beaux monumens soient vus de toutes les portes. Il n'y a pas une seule place publique dans le vaste faubourg Saint- Germain; cela fait saigner le cœur. Paris est comme les statues de Nabuchodonosor, en partie or, et en partie fange.
1. Pierre Puget (1622-1694) fut à 2. Père du ministre de Louis XVL
la fois peintre, architecte et sculp- 11 était prévôt des marchands,
teur. Voyez au Louvre son Milon 3. Voltaire avait à cœur les em-
de Crotone, à Versailles sou An- bellissements de Paris. Il a fait un
dromède. opuscule et un dialogue sur ce sujet.