BRULART AUX SYNDICS DU PARLEMENT DE DIJON
n leur envoie par oo coarrier les expéditions pour le rétablissement des membres
exilés et de ceux qui sont prisonniers.
Toulouse*, lo 6 décembre 1659.
Messieurs,
Les expéditions pour le rétablissement de nos confrères exilés et prisonniers ayant été expédiées et venant de m'être délivrées, suivant la résolution que j'eus llionneur de vous mander il y a cinq jours , qui en avait été prise , j*ai cru l'aflfaire assez importante pour les envoyer par un courrier exprès, tant pour n'exposer pas ces ordres au hasard d'un si long chemin que pom* avancer la jouissance de la liberté de plusiem*s personnes qui souffrent iT y a longtemps. Et comme je sais Tintérêt qu'il a plu à la Compagnie de prendre dans ces disgrâces, je m'adresse à vous, Messieurs, pour lui dh*e Tagréable nouvelle de la fin qu'elles viennent de prendre.
J'ai appris ici ce qui s'est passé depuis peu au Palais, à l'égard de M. Bouchu, lorsqu'il f entra (i); mais n'en ayant eu connaissance que par les plaintes qu'il en a faites à la Cour, je n'ai pu, pour rabattre les coups , me servir que des circonstances des choses mêmes qu'il a écrites. Il ne me reste rien à vous dire, sinon que dans trois ou quatre jours je me mettrai en chemin pour mon retour, et que je suis avec une extrême passion, Messieurs^ votre etc.
BRULART
(1) Le 17 novembre 1659, rintendaut Bouchu était entré au Parlement pour désavouer les actes de violence qui lui étaient reprochés dans une requête des officiers du grenier à sel adressée à cette Compagnie, au sujet du retranchement des droits attachés à leurs fonctions.
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Monsieur, je vous conjure de vous appliquer et de me donner de temps en temps les avis que vous jugerez convenables sur ces affaires , non seulement pour en rendre compte à Sa Majesté qui désire en être informée au moins une fois le mois, mais encore afin d'avoir lieu de faire valoir votre bonne conduite et de vous témoiji;ncr que je suis toujours , Monsieur, votre etc.
LA VRJLUÈRE.
BRULART A LA VRILLIÈRE
Réponse à la précédente.
L\ou, le ii décembre 1659.
Monsieur ,
Ce n'est que pour vous dire que j'ai reçu la lettre qu'il vous a plu m 'écrire de la part du Roi sur l'observation de ses édits et déclarations contre les duels, et pour vous assurer en même tpmps que je ne m'emploierai pas seulement pour le faire obéir en cela suivant sa volonté, mais encore que je la rendrai publique afin d'essayer de prévenir, par l'appréhension d'un rifsfoureux châtiment, ceux qui seraient capables de tomber dans ce crime.
Je me servirai de cette occasion , Monsieur, pour vous dire qu'en vous nommant les exilés , je ne vous parlai pas de la personne de M. Le Belin , conseiller au Parlement de Dijon , sur ce qu'il n'était pas excepté dans les lettres-patentes du rétablissement du Corps; mais conune j'ai su ici de certitude qu'il n'avait pas laissé d'être exilé en sa maison et qu'il était en peine de n'avoir point reçu d'ordre du Roi comme les autres, je vous supplie d'avoir la bonté de lui donner la même satisfaction et de m'envoyer sa dépêche. J'ai mis pour cet effet copie de vos expéditions en ce paquet, pour la faire conforme si vous le jugez à
propos, m'assurant qu'il s'en contentera, nonobstant qu'il ne soit pas compris dans la déclaration du rétablissement des autres officiers, ses confrères, qui entrent dès à présent au Palais sans cette formalité dont la Compagnie les a exemptés. C'est la prière très bumble que vous fait celui qui est plus quTiomme du monde, Monsieur, votre etc.
BRULA HT
BRULART AU PRlNCE DE CONDÉ.
Il lui rend compte de son retour à Dijon et de la reprise de ses fonctions.
Dijon, le 3 janvier 1660.
Monseigneur ,
Si dans toutes les provinces de la France par lesquelles je viens de passer j'ai trouvé des cœurs remplis de joie du retour de Votre Altesse, et si celle-ci les surpasse encore dans ses justes sentiments, il ne m'est pas difficile de conclure qu'en ressentant plus que personne de cette contrée, il ne saurait être personne dans le royaume qui s'intéresse davantage à cette félicité publique que je le fais. Je n'en vois point aussi , Monseigneur, qui ait plus de raison que moi d'y prendre part; je me trouve à la tête d'une Compagnie dont tous les officiers sont vos serviteurs, et je peux espérer en ce poste de vous donner plus de marques de mes véritables respects que beaucoup d'autres ne sauraient le faire. Je vous supplie donc , Monseigneur, de croire que c'est avec ces sentiments que je reprends aujourd'hui l'exercice de ma charge et qu'avec les mêmes je vivrai et mourrai, Monseigneur, de Votre Altesse , le etc.
BRULART A LA VRILLIÈRE
Il 1« remercie da rétablissemeDt des proscrits. — Demande de la suppression de la Chambre de Bresse. ~ Querelle entre deux gentilshommes. ~ Rentrée du conseiller Le Belin sollicitée.
Dijuu, le 5 janvier 166(K
Monsieur ,
Je n'ai pas manqué à mon arrivée' en cette villr; , qui a été accompagnée de la joie que les peuples peuvent témoigner à un homme qui , après la disgrâce , retourne dans sa charge avec les bonnes grâces de la Cour, de fain» connaître au Parlement, toutes les Chambres assemblées, les étroites obligations dont il vous est redevable, tant pour avoir merveilleusement agi pour la liberté des prisonniers et exilés, que pom* avoir parlé si favorablement et avec tant d'ardeur ^iour la suppression de la Cour de Bresse. Je vous assure, Monsieur, qu'il n'y en a pas un sur qui vous n'ayez pouvoir et qui ne souhaite de tout son cœur, après ce récit , de vous donner des marques de son ressentiment dont le Corps même a résolu de vous assurer pai* sa dépêche. U a, en même temps, pris résolution de remercier une seconde fois Son Eminence sur le rapport que je lui ai fait de rentière protection qu'elle nous a donnée durant mon séjour de Toulouse et de la supplier d'achever de nous donner le repos par la restitution de notre ressort.
Je vous dirai là-dessus que nous ne resseoiblons plus qu'à un simple présidial et que cette Compagnie ne fait que languir. La Bresse, de son côté, n'est pas en meilleur état. Les peuples ne sauraient s'accoutumer à ces nouveaux souverains qu'on ne croit pas pouvoir subsister, car ces derniers en usent d'une si étrange manière qu'il semble que cette petite province leur soit donnée en proie. Ainsi celle-là et celle-ci sont dans le trouble et le malheur, et je crois qu'il n'y a plus qu'elles qui soient ainsi
agitées , dans le temps que Son Eminence vient de donner le repos à une infinité d'autres. Je vous supplie, Monsieur, de nous y continuer vos bons oflSces et vous les pouvez désormais rendre d'autant plus eflectifs que j'ai laissé Son Eminence en des dispositions assez favorables sur cela, et que les intéressés s'aideront de leur part de toutes leurs forces.
A mon entrée en la province j'eus avis d'une querelle entre deux gentilshommes. J'ai voulu tirer du premier que je vis des deux sa parole de n(? rien demander à l'autre ni de recevoir de lui aucune proposition qui allât contre l'édit des duels; mais je ne lui pus jamais faire passer ce mot et n'ayant point d'autres remèdes que de lui faire des défenses, je les lui fis de la part de Sa Majesté. Je les ai depuis accommodés et il ne s'est pas trouvé qu'il y ait eu d'appel. Cependant comme ces sortes de refus de donner seulement sa parole me semblent être injurieux à l'autorité du Roi, je vous supplie. Monsieur, de vouloir me dire de quelle manière j'en dois user lorsqu'on me donnera des avis, afin que, me conformant aux volontés de Sa Majesté, je puisse non seulement faire punir les coupal)les, mais encore préveniipar la voie d'acconmiodement beaucoup de malheurs.
M. Le Belin, conseiller en ce Parlement, attend Tordre que je vous ai demandé depuis Lyon pour retourner en sa charge dont il ne peut recommencer l'exercice sans cette grâce. J'ai su, Monsieur, qu'il y eut ordre d'expédié et délivré il y a un an à M. d'Ëpernon pour le faire mettre au château de Dijon comme les deux autres, mais que celui-ci s'élaiit trouvé de ses amis il l'avait fait changer en un autr(î ordre de se retirer en sa maison de campagne d'où il n'a point bougé depuis. Ce détail m'était inconnu lorsque j'eus l'honneur de vous écrire et, si vous n'avez pas encore pris la peine de signer son expédition, je vous
suppUc d'avoir agréable d'y faire insérer ces choses pai'ticuliè-
res, afin qu'il soit à «couvert de tout et qu'il ait la satisfaction d'un entier rétabUssement comme les autres , auxquels il ne cède pas en mérite ni en aflection pour le service de Sa Majesté.
iVest bien assez vous importuner pour une fois et il est temps
de finir cette lettre comme je le fais par les protestations d'être
éternellement, Monsieur, votre etc.
BRULART
P,'S. — Je ne dois pas oublier de vous dire qu'arrivant en cette ville, j'appris que tous nos rétablis avaient déjà repris leurs places et qu'ils entraient actuellement au Palais en vertu de leurs lettres du ( acliet dont la Compagnie ne fit aucune ditficulté, attendu qu'ils en avaient été tirés par la même forme. C'est ce qui les a portés à me prier de ne point présenter les lettrespatentes de leur rétablissement, dont j'ai cru vous devoir avertir, iifin que s'il y avait en relu quelque cbose que vous n'approuvassiez pas, je me puisse conformer à vos sentiments.
BRULART AU CARDINAL
Etat des choses à son retour dans la provîDce; la Boargogue se réjouit du changement de son gouverneur. — Affaire de la Chainhre de Bresse. — Anarchie dans le sein du Parlement. — Bnilart recommande le comte de Tavannes pour le gouvernement d'Auxonce.
Dijon, le S janvier 1660.
Monseigneur ,
J'obéis à l'ordre qu'il a plu à Votre Eminence de me donner en lui rendant compte à mon arrivée de l'état dos choses dans cette province et de la disposition des esprits. Je commencerai, Monseigneur, par les accueils publics que j'y ai reçus de toutes parts , lesquels étant fondés sur la connaissance que chacun a de la protection que Votre Eminence m'a départie et sur la rréance que l'on a encore qu'elle daigne me donner quelque part dans sa confiance, je me sens obligé de. vous en rendre grâces comme d'un honneur que je dois à Votre Eminence seule, aussi bien que ma charge et mon rétabUssement.
Partout où j'ai passé en Bourgogne je n'ai trouvé que des transports de joie du changement qui doit arriver dans ce gouvernement. L'estimç qu'on y a pour M. le Prince, l'espérance de sa protection qui a toujours été grande et avantageuse pour la province et le grand nombre de créatures et domestiques que Monsieur son père et lui y ont laissés, sont la cause de l'éclat de cette satisfaction que le peu d'amitié qu'on a d'ailleurs pour M. d'Epernon contiîbuc encore à rendre plus universelle. Le Parlement néanmoins n'a point, jusqu'à pressent, écrit à ce nouveau gouverneur, et, sur la proposition de le faire à l'exemple de la chambre des Comptes de cette ville qui a envoyé ses lettres jusqu'à Bruxelles et en a reçu réponse , j'ai réporiflu que nous nous acquitterions de ce devoir quand il aurait été à la Cour et même que je ne croyais pas qu'il s'en tint obligé si on le faisait auparavant. Au surplus je vois toutes choses en l'état qu'elles doivent être, il n'y a rien que de louable en toute la joie qui paraît et je peux assurer Votre Ëmincnce qu'elle est accompagnée de beaucoup de souhaits que M. le Prince vive en parfaite intelligence avec elle.
Je ne peux celer à Votre Eminence que le Pai*lement et les autres intéressés en la suppression de la Chambre de Bresse n'aient beaucoup d'espérance de recouvrer à grand marché cette petite province à l'aide et protection de ce prince auprès de Votre Eminence. Je crois que cette considération a pu même contribuer à les rendre un peu lents à faire toutes les avances possibles lorsque j'étais à Saint-Jean-de-Luz et à Toulouse. Mais mon arrivée a apporté en cela quelque changement, et ayant représenté au Parlement les étroites obligations qu'il avait à Votre Eminence, la protection tout entière qu'elle lui adonnée dans le rétablissement de tous ses membres, et lui ayant fait connaître la douceur et la bonté dont j'avais été accueilli d'elle sur toutes choses que j'avais eu l'honneur de lui dire et proposer, il a résolu à l'instant de vous en rendre de nouvelles grâces et de supplier Votre Eminence d'achever de lui donner le repos qu'il connaît parfaitement ne pouvoii* tenir que d'elle seule. Il
m'a même piié âlsKAméàer pour lui anprà^ é'éSkb^ de ynmf> siirer qu'il fera pour cela tout œ qnll pourra faire et de vaam supplier d'noe chose a laquelle il n'a paf osé «^'arancer^ qui est de lui vouloir faire connaître ou à moi leF voief que Votre £min&kce vent qu'il tienne pour pouvoir parvenir à cette grâce, «mit en envoyant auprès délie, scMt à M. le Surintendant pour traiter m se confonner autant à vos volontés que la Gompaioiie l^^ jKmira suivant ses forces. Ce m'est un grand avantage en e>ette rencontre, que. Votre Eminenoe mlionorant de sa confiance comme elle me Ta témoigné, le Parlement me donne aussi une grande part à la sienne, parce que^ cela étant, je ne doute pas que ai Votre Eminenee me veut marofuer le cliemiu que j'ai à tenii' et ce qu^il y aura à faire , les choses ne suce-èdait selon ses intentions. Je ne peux eocare dire à quoi montera la somme que lui et les autres intéressés en cette siqipression pourront fonmîr^ mais je suis certain qulls feront un parti au Bol beaucoup pfais avantageux que ne î^ra, la durée de cet étahUssemeut de la Ck>ur de Bresse et qu'ils s'aideront autant qu'ils le poorrouL U nç me reste , Monseigneur, qu'à recevoir là-dessus les ordres de Votre Eminenee pour y obéir aveuidément et avec iidéiité.
J'ai trouvé à mon retour eu ma place plus de mépris que jamais pour les anciens du Parlement que la jeunesse emporte de plus grande hauteur qu'auparavant en toutes affaires publiques et particulières. Ce désordre, inconnu dans les antres Parlements, rendra toujours celui-ci malheureux et il ne faut pas faire état que jamais le Roi y puisse être servi comme il fant tant que les choses seront dans ce bouleversement. Enfin, Monseigneur, tous les conseillers des enquêtes , couit^ leur institution et les arrêts d'eu haut, entrent et sen eut depuis quatre ou (4nq ans à la Grand'Chambre. Os crient et parlent pln« haut qu^ le doyen du Parlement et que moi-même. Bs font le plus grand nombre et décident tout, principalement les affaires pubUques, parla chaleur ordinaire à des gens pleins de feu et non pas d'ex> périence. Cette réformation qui consiste à régler ce Parlement comme celui de Paris, à l'instar duquel il est établi et a toujours
(^té réglé, est la plus importante affaire qne le Roi puisse avoir en Bourgogne. Et comme tout ce que peut faire Sa Majesté sur ces désordres consiste dans Texécution, il serait très nécessaire, si Votre Eminence est toujours dans le dessein d'y pourvoir, qu'elle en parlât à M. le Prince comme d'une chose importante et résolue et qu'elle le chargeât^ venant en Bourgogne, de travailler avec les anciens et moi à dresser un règlement pour ce Parlement , conforme en toute chose à celui de Paris. Je crois qu'il se tiendra votre obhgé de lui donner cette counaissanciî et toutes les choses en iront plus vite et en auront, sans contredit, un meilleur succès pour le bien des affaires du Roi ; au lieu qu'en l'état où elles sont il est très difficile de s'assurer de rien pour son service.
La fîdéhté des sentiments de M. 1<» comte de Tavannes pour Votre Eminence me domie lieu de lui dire qu'il est un très digne sujet pour lui confier le gouvernement de la ville et du château d'Auxonne. Si Votre Eminence y veut mettre un homme entièrement à elle, je ne crois pas qu'elle puisse faire un meilleur choix. Il a d'ailleurs quelqu'argeut pour désintéresser M. d*Eperuon s'il quitte ce gouvernement et que Votre Eminence l'ait agréable, et il m'a prié, Monseigneur, en vous faisant cette supphcation, de la fonder sur son attachement sans réserve à tous vos intérêts qui est le seul qu'il veut et peut avoir.
Je n'aurais pas pris la liberté de faire une si longue lettre si Votre Eminence ne m'avait commandé de lui écrire toutes choses. Je la supplie donc de s'en souvenii* et qu'elle m'a promis de croire que je suis et serai toujours, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.
brulart!
BRULART A LE TELLIER
Affaire de la Chambre de Bresse. — Désordres dans le Parlement.
Dgon, le 5 janvier 1660.
Monsieur ,
J*ai cru que ce n'était pas assez que je vous eusse protesté d'une étemelle gratitude de la protection que vous m'avez donnée dans tous les intérêts que j'ai eus à négocier à la Cour et dans le temps de ma disgrâce, que je ne serais pas satisfait si je n'en faisais éclater mon ressentiment en public et si je n'inspirais encore aux autres mes mêmes mouvements. Je n'ai pu pour cela me mieux adresser qu'au Parlement, et il est rempli d'une si forte passion de le reconnaître, que les assurances qu'il vous en donne par sa lettre ne sont qu'une faible expression de tout ce qu'il voudrait faire pour s'acquitter de ce qu'il vous doit.
Il écrit à Son Eminence poiu* la supplier d'achever de lui donner le repos par la restitution de sou ressort, et je vous assure que cette Compagnie est si troublée pai* cette nouveauté, que tout est dans une extrême langueur. 11 s'aidera autant qu'il pourra pour la faire supprimer, et, comme je supplie Son Eminence de me prescrire les voies qui sont à tenir pour mériter cette grâce, je vous demande, Mousiem-, celle de la vouloir porter à résoudre cette suppression.
J'ai trouvé au surplus le Parlement dans la même confusion touchant ses règlements; les anciens y sont méprisés et n'osent plus parler dans les affaires publiques , beaucoup aussi se disposent par cette raison à tout quitter, et le plus malheiureux est celui qui doit gouverner ces jeunes esprits dont la Grand'Chambre est toute pleine. C'est au Roi à prendre là-dessus ses résolutions et de les faire exécuter. Mais en attendant qu'il lui plaise d'y rétablir l'ordre, je vous prie , Monsieur, de vous souvenir qu'il est
înqpossible de prendre, en Tétat des Hioses , anmne bonne mesure poor son service , afin que la Cour, qui a connaissance de ces désordres, ne mlmpnte rien de tons les sujets de mécontentement qu'elle recerra de cette Compagnie déréglée.
Le procnrenr de M. de Saint-Ponange m'a donné avis qne son aflaire était en état , et que la canse devait être i^aîdée dans quinze jours. Vous ne douterez pas, sll vous plait. Monsieur, qne je n'2q>porte tous mes soins à lui faire rendre une très exacte justice. Je vous demande encore la grâce de croire que je suis
, Monsieur, votre etc.
BRULART
LE CARDINAL A BRLXART.
Le Roi est satisbil de la coodmte àm ParieneaC en géaènl, mail mécootent de celle des conefllen Ltgomi, Berbis el Jhlieitf.
Aix, k 19 janvier l<60.
Monsieur ,
Vous savez de quelle manière j'ai agi pour le rappel de vos confrères. Je m'assure que vous m'avez fait la justice de le témoigner à votre Compagnie , et que vous voudrez bien encore lui confirmer les assurances que je lui donne que, quand je trouverai une conjoncture favorable de faire quelque chose de plus pour son intérêt et pour sa satisfaction , je l'embrasserai avec plaisir. Cependant je dois vous dire qu'encore que le Roi soit satisfait de la conduite du Corps en général , Sa Majesté néanmoins est bien informée qu'il y a encore quelques particuliers, et entre autres les sieurs Legouz, Berbis et Malteste, qui conservent encore du venin dans le cœur et n'oublient rien pour en infecter les autres. Et comme elle a eu la bonté de les épargner autrefois sur les pressantes instances qui lui en furent
faîtes par des personnes qu'elle considère, ils doivent craindre que s'ils retombent en de nouvelles fautes , ils ne s'attirent tout d'un coup la punition des unes et des autres. C'est pourquoi vous leur rendrez un bon service de le^ en avertir, et, quand les miens vous pourront être utiles en quelque chose, je vous prie de croire que vous m'éprouverez toujours passionnément, Monsieur, votre etc.
Le cardinal MAZARIN.
BRULART A LA VRILLIÈRE
KBnrt entre deux geDtilshommes accommodée ; conflit d'antorité k cette occasion.
Dijon, le 27 janvier IMO.
Monsieur ,
Il y a six jours qu'ayant mandé deux hommes d'épée , dont l'un est gentilhomme , pour les accommoder sur une querelle assez fâcheuse , afin de prévenir par ce moyen le malheur qui pouvait arriver, je fus obligé , après les avoir ouïs et reconnu qu'il s'était passé quelque chose entre eux contre les édits , de les envoyer tous deux en prison , suivant une déclaration de Sa Majesté pratiquée en ce gouvernement, portant que, si procédant aux acconmiodements Ton découvre qu'il y ait eu quelque appel, Ton enverra incontinent en prison cehii qui l'aura fait, avant que de passer outnî. Je renvoyai quérir le lendemain ces prisonniers à qui je fis connaltie la faute qu'ils avaient conmiise et que s'ils retombaient à l'avenir eu une paieille , ils ressentiraient eu leur personne la punition qui est due à un crime que le Roi s'étudie de faire punir avec sévérité. Je les accommodai ensuite de leur consentement et ils sont demeurés bons amis.
Ma résolution , INIonsieur, était de les laisser plus de temps en prison ; mais M. Languet , procureur général en ce Parlement,
ayant mandé les geôliers des prisons où ils étaient et leur ayant fait des défenses expresses de les mettre dehors , sinon par son ordre , sans avoir daigné auparavant m'en dire un seul mot ni me rendre la moindre civilité, quoiqu'on lui eût dit que c'était moi qui les avais fait arrêter, je les fis , par cette raison , sortir un peu plus tôt que je n'avais résolu pour n'engager pas plus avant la querelle et l'injure qu'il avait commencé de me faire par son entreprise. Il me vint trouver le lendemain au Palais avec M. Miflotet avocat général, homme turbulent et de désordre, qui me demanda les motifs que j'avais eu pour cet emprisonnement et pour l'élargissement, parce que, m'ajouta-t-il, l'on ne pouvait faire mettre personne en prison, ni dehors, sans leur participation. Je leur répliquai que leur prétention était nouvelle et contre l'autorité du Roi ; que je leur accordais bien que, dans la juridiction contentieuse , l'ordonnance obligeait de leur communiquer pour l'élargissement les procès des prisonniers accusés de crime , mais qu'en ce qui regardait le fait des armes et du gouvernement d'une province, la connaissance n'en appartenait qu'à ceux à qui le Roi avait confié cette autorité dont ils n'étaient comptables qu'à lui-même ; que ce que j'avais fait était en vertu du commandement dont j'étais honoré on absence des gouverneurs et lieutenants de Roi ; que je n'empêchais pas, s'ils avaient des mémoires ou un dénonciateur contre ces particuliers, qu'ils ne lem* fissent faire leur procès nonobstant cet accommodement, mais qu'ils n'avaient pu ni dû faire des défenses d'exécuter les ordres que j'avais donnés comme commandant. Ils m'avouèrent alors qu'ils n'avaient rien à dire contre eux et continuèrent de me soutenir que j'aurais dû les avertir de ce que je faisais. Je me contentai de leur repartir à cela qu'ils devaient donc en poursuivre un règlement auprès du Roi contre le gouvemeiu*, et cependant que je continuerais, en ce qui concernait le commandement dans la province, d'en user comme les gouverneurs, les lieutenants de Roi, mes prédécesseurs et moi avions Toujours fait , qui est de n'en rendi*e compte qu'à Sa Majesté comme je fais à présent. Monsieur, en vous faisant le récit de ce
qui s'est passé , sur quoi je vous supplie de me donner Tordre que je dois tenir. Je vous peux dire avec vérité que le Parlement même n'a point approuvé la prétention de M. Languet qui a besoin de savoir un peu mieux ce qui est de sa charge; mais c'est seulement à ce qui vous plaira me mander de la part du Roi mt ce sujet que je me conformerai avec toute sorte de respect et d'obéissance. La chose est de conséquence et importante à décider à cause des affaires qui pourraient concerner le service de Sa Majesté, dans lequel ces gens-là peuvent tous les jours apporter de l'obstacle par leur opiniâtreté pleine d'ostentation. Je finis, Monsieur, avec la très humble prière que je vous fais de me croire toujours, Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULART AU CARDINAL
Desseins des esprits factieux dans le Parlemeot. — Compte-rendu de TafiDùre
des deux gentilshommes.
Dijon, le 27 janvier 1660.
Monseigneur,
Je suis averti de divers endroits qu'il se forme un parti par quelques esprits factieux de ce Parlement , dont le prétexte est la liberté et llionneur de la Compagnie et l'objet présent de s'opposer à toutes les nouveautés et de diminuer Tautorité de ma charge et mon crédit dans le Corps » parce que , disent ces malintentionnés , je veux m'accorder avec la Cour pour rétablissement d'une Grand'Chambre comme à Paris et ailleurs, qui aura la plus grande partie de l'autorité , qui fera tout ce qu'il plaira au Conseil , vérifiera des édits et ne sera composée que d'un certain nombre des anciens, ce qui diminuera le prix des charges. Leur projet, pour faire réussir leur dessein , est de me
perdre auprès de M. le Prince , en lui donnant toutes sortes de défiances de ma personne , en lui faisant connaître où sont mes attachements, et en lui disant que, de concert avec Votre Eminence, j'ai pressé et obtenu le rétablissement des prisonniers et relégués pour empêcher qu'ils ne lui en eussent Tobligation , et que je voudrais faire de même de la Cliambre de Bresse, ce qu'il faut empêcher, la pouvant avoir même gratuitement par sa seule protection. C'est là. Monseigneur, ce que j'ai découvert cpi'ils complotent présentement, et je sais qu'ils essaient d'embarquer dans cette cabale les créatures de M. le Prince, ne sachant encore si la chose n'ira pas plus loin.
Après cela. Monseigneur, j'ai à me plaindre à Votre Emiuence d'une entreprise de M. Languet, procureur général en ce Parlement, qui a été telle qu'ayant, par l'autorité et le commandement dont je suis honoré en absence du gouverneur et du lieutenant de Roi , envoyé deux hommes d'épée en prison à cause d'un appel que je découvris en les accommodant, il fit de hauteur et sans me parler auparavant de très expresses défenses aux geôhers de les mettre dehors sans sa permission , quoiqu'il fût averti que c'était par mon ordre qu'ils étaient prisonniers et qu'il n'eût aucune plainte , mémoire ou dénonciation contre eux. Je lui ai fait dire depuis que son procédé m'était injurieux, et, bien loin de le reconnaître , il soutient que c'est moi qui ai tort d'avoir ordonné cet emprisonnement sans l'appeler, parce que, dit-il, un gouverneur de province ne peut faire arrêter personne pour quelque cause que ce soit, et moins élargir le prisonnier qu'il aura fait arrêter sans lui en communiquer. J'ai écouté cette prétention comme un attentat à l'autorité du Roi qui n'a jamais souflert en aucun temps que les prisonniers d'Etat, ce qui regarde le gouverneur des provinces et le fait des armes, fussent commis à la juridiction ordinaire contentieuae eut laquelle seulement consiste la fonction d'un procureur général. Le Parlement même a désapprouvé sa conduite et son entreprise ; mais comme elle tourne au mépris de Fautoritè et qu'il peut arriver k tout moment des affaires importantes au service
dans lequel ce nouvel officier , peu savant en ce qui est de son devoir, pourrait faire quelque chose de pareil qui serait possible, appuyé de deçà en de certaines rencontres, je supplie Votre Eminence de me donner Tordre que j'aurai à y tenir et d'avoir la bonté de me marquer son sentiment sm* le procédé de ce procureur général.
C'est ici. Monseigneur, la quatrième lettre que j'ai l'honneur d'écrire à Votre Eminence depuis mon arrivée en cette ville , et coomie il lui a plu m'ordonner de les adresser droit à elle , sans me servir de l'entremise de personne pour les lui présenter , je prends la liberté de lui en dii*e le nombre , étant inceitain si Votre Eminence les aura toutes reçues. Je ne peux ajouter à cette dernière que le renouvellement de la protestation que je fais d'être tant que je serai sur la terre , Monseigneur, de Votre Eminence, l^ete.
BRULA RT
CXZVIII
BRULART A FOUQUET
ACEûre des droits des francs-fiefs; plainte contre Tavocat général Millotet.
Dijon, fe I" février 1660.
Monsieur,
Les traverses que M. Millotet, avocat général en ce Parlement» apporte dans les affaires qui concernent le service de Sa Miyesté m'obligent non seulement de vous en donner avis, mais encore de me plaindre à vous de l'outrage qu'il a fait dans le Parlement à MM. les commissaires de la Chambre des francsfiefis, qu'il a poussé jusqu'à dire que, dans nos jugements, il s'était passé des choses très préjudiciables au service du Roi, au bien public et à l'utilité de la province. Cette injure est si atroce que tous ceux dont cette Chambre est composée , qui sont les
premiers et les plus andens de tonte la Compagnie , vous en demandent une justice exemplaire et qui les puisse mettre à couvert de pareilles calomnies qui sont le commencement d'une cabale que je vois qui se forme contre l'autorité du Roi pour décrier ses affaires en décriant ceux qui s'en mêlent. Ce que nous avons jugé , dont M. Millotet se plaint, est que le possesseur d*uue terre noble est sujet au droit des francs-fiefs (1) pour le temps de la jouissance des roturiexs qui ont possédé la terre avant luî« sauf son recours contre ses auteurs. Voilà, Monsieur, le crime que nous avons commis en suivant les conclusions de M. .Lauguet procureur général de ce Pariement, et en cette commission qui a été invitée de la part de la Chambre de vous supplier de considérer, comme je le fais aussi, que nous n'avons été injuriés et calomniés que parce que nous servons le Roi avec un lèle et une affection que ne sauraient soufinr quelques malintentionnés qui sVxpliquent par la bouche de M. Millotet et qui se disposent à faire encore pis, sll n'y est remédié. Il est besoin d'oppos^^r Tautorité à ces entreprises, et je ne sais pas. Monsieur, si condamnant, comme vous ferex, cet attentat, vous ne jugv^rex point à propos de le punir avec sévérité et de révoquer par ;uTèt qui serait enregistré à la Chambre des Comptes et au buivau des finances de cette ville la pension eirtraordinaire do deux mille fivres dont il jouit, que le Roi ne lui a pas accordée* |K>ur empêcher, comme il le fait , la recherche de ses droits et exciter notre jeunesse, sous le prétexte du bien public, à fairi' dt^ mouvements très préjudiciables à son autorité et au bien de ses affaires. Il est de la demîèrv Importance de faire quelque chose d*éclat en cette provinc*^, qui marque que Sa Majesté n'abandonne (tas crux qui la servent , et qui apprenne à beaucoup de gens à iNHisidêrer ses onlres autrement quils ne
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font. J'ai eu l'honneur de vous en toucher un mot à Toulouse, que vous ne rebutâtes pas ; mais il y en aurait tant à dire pour vous faire savoir tout ce qu'il est à propos que vous sacliiez làdessus, qu'il m'est difiScile de le faire sur le papier. Je me contente. Monsieur, de vous parler du mal présent comme du plus pressé pour le remède, en attendant que j'aie l'honneur de vous voir et de vous expliquer le reste de vive voix.
Le désordre est si ordinaire parmi nous que je ne saurais excuser la manière dont la Compagnie se servit dernièrement pour la nomination de quelques commissaires qu'elle a députés pour travailler à ses affaires. La jeunesse l'emporta à l'accoutumée et voulut qu'elle se fît par scrutin; ce que je pus faire fut de prendre plusieurs fois les voix, de représenter les inconvénients qui pourraient arriver de cette nouveauté , de rompre rassemblée, de la remettre, de faire après opiner tout de nouveau et de condamner hautement cette forme. Mais les présidents et les anciens sont méprisés, et s'il fallait quitter nos places toutes les fois qu'il se passe des choses irréfçulières nous ne serions presque point au Palais pour les affaires publiques. Je vous dis ceci. Monsieur, comme à un ^and ministre qui doit tout savoir pour le service de Sa Majesté et le bien du royaume , et à qui je ne dois rien celer, étant certain que vous le recevrez avec le secret dont votre haut ministère est rempli. C'est la grâce que je vous demande et de me croire. Monsieur, votre etc.
BRULART
H «Il
BRL1.AKT AU PRINCE DE COXDÉ.
Plaintef contre TaTOcat génènl MiUotet.
DiîOD, le 3 février I6M.
Monseigneur ,
Le plus Krand bonheur que je pouvais espérer dans mes Jouni i^tatt celui que Votre Altesse roe procure dès à présimt en fn« faisant espérer quelque part en llionneur de ses bonnes gr^cns. Mais comme c'est im avantage dont je ne saurais être digue que par une longue suite de services , je le reçois , Mouseigneur, comme un paiement par avance de tout ce que je peux Wro pour Votre Altesse qui redouble par ce moyeu mon ïèle et mon ardeur pour tous ses intérêts et pour les moindres choses OÙ elle prendra quelque part. Dans ces sentiments, Monseigneur, j*ai cru être obligé d'expliquer à ce Parlement les boqtés que vous avei pour lui, dont il vous a plu me toucher quelque chose dans la lettre dont vous m'avez honoré, et ses députés ne maiiqut'ixmt pas au retour de Votre Altesse de lui eu témoigner à MMi outrée ilan$ la province sa parfaite reconnaissance. Mats e Vst A vous s*il vous plait. Monseigneur, de ré^er nos pas , et jt^ supplie Votrt^ Altesse de me faire savoir sa votonté touchant )# U^u où elle tnnivera bon qu*aillent ces députés et touchant 1^ nombre ^t^ i« députatiau« pour ne rien faire qui ne lui soit nypr^nMN^ <^ ine conformer en cela comme en toutes autres choses
^ ^^Ti^ |iouvw c\unmenci?r» Mou^^^i^^ueor, de vous parler de ^ ^ se pas:!^ en vv^^tn? scouTi^roement de Bourgogne et vous dùv" que It R».H tti Votr^ A!lie&5e uy ont pas un plus mauvais serviteur >tœ te ^ear Milk^iet ;ivocî4t «énéral. n commença de vvor* ct».H{tter kHîv^jrtecBwat dru cçuimse jours , en ce qu'ayant fiât œwtev vktt\ S&.HaBLflB?f* «I^çif»? en prisou ensuite de Taveu ju îiif a»* Swtt5 dètev oMtwa«& ♦?fie«mWe de se battre, il excita
notre Procui*eur général en abusant de sa facilité, il Tobligeade faire défense aux geôliers de les mettre dehors que par son ordre. Mais il fut mal obéi, je les envoyai retirer le lendemain et les accommodai à Tamiable et à leur satisfaction. Le sieur Millotet ne se contentant pas de son entreprise me vint trouver le jour suivant au Palais et me dit en particulier qu'encore que ce que j'avais fait ne fût que par le commandement dont j'étais honoré en Tabseuce du gouverneur et du lieutenant de Roi , je n'avais pu faire arrêter ni élargir ces prisonniers sans la participation des gens du Roi , qu'il ne le souffrirait pas même au gouverneur de la province, parce qu'il n'avait aucun pouvoir sur les prisons. Je lui dis là-dessus de distinguer la juridiction contentieuse et souveraine où consistait la seule fonction des gens du Roi, d'avetî le gouvernement qui avait aussi une autorité souveraine, que l'accommodement que j'avais fait ne l'empêchait pas de se pourvoir contre ces paHiculiers par les voies de la justice s'ils étaient coupables, mais qu'il ne lui avait pas appartenu ni à personne d'entreprendre de faire des défenses contre des ordres qui regardaient le seul gouvernement, et qu'il avait commis, en le faisant, un attentat ^dont le Roi serait averti. En effet , Monseigneur, je ne manquai pas d'en écrire sur-le-champ à Son Ëminence et à MM. de La Vrillière et Le Tellier comme d'une entreprise sur le gouvernement , laquelle il était important de réprimer. C'est ce que j'ai pu faire en cette renconti'e pour Tautorité du Roi et de Votre Altesse dont je soutiendrai toujours les droits et les intérêts avec vigueur et fidélité.
Après cet emportement qui regarde votre autorité , le sieur Millotet est tombé dans un autre qui choque ouvertement celle de Sa Majesté et l'honneur de vijigt commissaires des premiers et plus anciens officiers du Parlement, de la chambre des Comptes et du bureau des finances par elle députés pour la tenue de la Chambre '^es francs-fiefs. L'audace de cet homme a monté jusqu'à dire en plein ParleraonI qu'il s'était passé dans les jugements de cette Chambre des choses très préjudiciables
au service du Roi, au bien public et à l'utilité de la province. Et au contraire il se trouve que l'arrêt dont il se plaint est très avantageux au Roi. D fait ses efiforts pour émouvoir le Parlement et l'exciter à prendre connaissance des affaires de cette Commission, quoiqu'elle lui soit interdite, et trouble si fort le service et les droits de Sa Majesté, que s'il n'y est pourvu par quelque châtiment qui soit prompt et exemplaire , il portera grand préjudice à son autorité. Ces commissaires ont donné charge au procureur général de la Commission^ qui est celui du Parlement, de faire ses plaintes au Roi et de lui demander justice dudit sieur Millotet, et je prends la liberté. Monseigneur, de joindi^e à cette lettre l'extrait de nos registres concernant cette afifaire, afin que Votre Altesse en soit informée comme d'une très importante au service de Sa Majesté où il doit être promptement pourvu. Nous en avons demandé par déférence seulement justice au Parlement, sachant bien que les parents des offensés sont en si grand nombre qu'il ne reste aucun juge , et que d'ailleurs l'on ne nous en saurait faire de si satisfaisante que celle qui procédera de l'autorité du Roi.
Voilà, Monseignems le compte que je peux rendre à Votre Altesse de ce qui s'est i)îissé ici de plus considérable depuis mon retour. Il ne me reste plus que de vous supplier de me donner quelques ordres pour vous faire connaître par mon obéissance avec quelle chaleur et quels respects je suis, Monseigneur, de Votre Altesse, le très etc.
BRULART
BRULART AU CARDINAL
DisseDfiODB dans le Parlement. — Nouvelles plaintes contre Millotet. Transformation d'une délibération en scrutin secret.
D^on, le 3 février 1660.
Monseigneur ,
Le parti que j'ai eu llionuear de mander à Votre Emincnce qui commençait de se former dans le Parlement n'a pas tardé de paraître. Les premiers efforts ont été assez violents , mais le gros de la Compagnie n'y a point trempé, il n'y a pas un des serviteurs de M. le Prince. Celui qui a commencé le désordre est le sieur Millotet avocat général, esprit le plus séditieux de cette province et le plus opposé aux intérêts du Roi. C'est aussi lui qui, abusant de la facilité du Procureur général, le porta à cette entreprise sur l'autorité du gouvernement et dont j'eus l'honneur d'écrire à Votre Ëminence il y a huit jours. Mais après avoir en vain essayé d'émouvoir la Compagnie sur ce que j^avais fait arrêter deux hommes d'épée et entrepris inutilement de la faire tomber en quelques brouilleries touchant les droits du gouvernement, il s'est avisé de faire encore pis contre l'autorité du Roi. Cet avocat général a donc été dans le Parlement demander l'assemblée des Chambres pour y faire des remontrances sur quelque chose qu'il a dit qui s'était passé dans des jugements de la Chambre des francs-fiefs contre le service du Roi, le bien public et l'utilité de la province. Il a ensuite fait son possible pour exciter la Compagnie à quelques mouvements, et, après de longues exagérations qu'il a faites à quatre reprises en cette semaine dans la Grand'-Chambre et dans l'assemblée de toutes les autres contre le droit de francs-fiefs et contre le traitant, il a enfin conclu, contre les déclarations du Roi vérifiées au Parlement, à ce qu'il lui plût ordonner que toutes les taxes qui ont été faites en la Chambre des franos-fîefs, qui est souveraine,
fussent représentées pour lui être communiquées , quoique la connaissance en soit interdite à toutes cours et juridictions. Les commissaires des t'rancs-fiefs, Monseigneur, qui sont au nombre de vingt et les premiers et plus anciens officiers du Parlement, de la chambre des Comptes et du bureau des finances , ont chargé le Procureur général du Roi, qui Test aussi en cette Commission, d'en demander justice à Votre Eminence comme d'une injure et calomnie faite en plein Parlement à des serviteurs de Sa Majesté , pour avoir soutenu ses intérêts avec raison et vigueur. Il a fondé son accusation, Monseigneur, sur ce que nous avons jugé que le possesseur d'une terre noUe était sujet au droit des francs-fiefe pour la jouissance des roturiers qui l'avaient possédée avant lui , sauf son recours contre eux , ce qui est au contraire maintenir exactement les droits du Roi. Mais comme cette injure est la plus atroce qu'on puisse faire à de très fidèles sujets et officiers que le sieur Millotet s'efforce de rendre odieux aux peuples pour décrier l'autorité du Roi qu'ils ont en main, et qu'en même temps il est assez hardi d'exciter notre jeunesse à des mouvements par des réquisitions contre les intentions de Sa Majesté qui a défendu au Parlemf>nt la connaissance de ces sortes d'affaires, nous attendons que Votre Eminence ordonnera quelque chose de fort et d'éclatant pour la punition de ce calomniateur, qu'elle maintiendra les véritables serviteurs du Roi et fera, en cette rencontre, un exemple pour beaucoup de gens qui manquent de soumission et même de respect. Je suis très déplaisant, Monseigneur, d'être obligé de donner cet avis à Votre Eminence; mais parce que je ne m'en pourrais dispenser sans tomber dans l'infidélité et sans manquer à la confiance dont elle daigne m'honorer, je ne marchande pas à lui faire connaître les choses telles qu'elles sont, pour en ordonner comme il lui plaira et lui obéir ensuite aveuglément.
Cependant, j'ai empêché jusqu'ici qu'on ne délibère sur les réquisitions du sieur Millotet, comme étant contraires aux intentions du Roi, et romprai, autant que je pourrai, les assemblées des Chambres que l'on veut faire là-dessus. Mais je ne le peux
empêcher, que le Roi n'ait réglé ce Parlement où, par un grand abus , deux conseiilers les font assembler et cesser la justice quand bon leur semble.
Je ne dois pas taire à Votre Eminencc que dernièrement ce Parlement, procédant à la nomination de quelques députés'pour prendre soin des affaires du Corps , il se servit de la voie du scrutin. Cette nomination me parait d'une fâcheuse conséquence dans une Compagnie souveraine où il faut que Topinion de chacun soit sue et connue par celui qui préside ; mais il n'y eut pas moyen de l'emporter et d'obhger la jeunesse de se régler à l'ancien ordre. Votre Emineuce sait assez que les présidents et les anciens sont méprisés et n'ont aucun crédit; mais elle sait aussi le remède. Ce que je pus faire après avoir combattu plusieurs jours, fut qu'on n'en "retiendrait rien sur les registres et qu'on ne pratiquerait plus cette sorte d'élection. Je finis. Monseigneur, en vous assurant qu'on ne saurait être plus que je suis, Monseigneur, de Votre Emincnce, le très etc.
BRULART
BRULART A LE TELUER.
Plainte contre l'avocat général Millotet au sujet de Tédit sur la recherche du droit
des francB-àefs.
Dijon I le 3 février 1660.
Monsieur ,
J'accompagne la lettre que vous écrit le Procureur général de ce Pariement de la part de toute la Chambre des francs-fiefs pour TOUS demander justice des propos outrageux et factieux tenus en plein Parlement par le sienr Millotet, contre l'honneur des commissaires députés par Sa Majesté pour la recherche du droit de francs-fiefs. Nous en avons, par déférence seulement,
demandé justice à la Compagnie; mais nous n'entendons pas Vy poursuivre, et il n'y a que le Roi qui nous la puisse faire comme il convient à son autorité et qu'il est nécessaire pour l'exemple. Cet homme est le plus séditieux de la province et si vous avez la bonté de jeter l'œil sur le registre du Parlement, vous condamnerez sans doute son audace , aussi bien que l'entreprise qu'il fit faire , il y a quinze jours , à M. Languet sur le gouvernement. Mais à présent ils sont à couteaux tirés ; celui-ci avait conclu dans un procès jugé aux francs-fiefs, et ses conclusions furent suivies , et vous verrez néanmoins que le sieur Millotet fut le lendemain se plaindre au Palais qu'il s'était passé dans ce jugement des choses contre le service de Sa Majesté , le bien public et l'utilité de la province. C'est, Monsieur, ce dont les commissaires espèrent que vous leur ferez avoir une justice qui ait de l'éclat et qui puisse réparer, par la punition de leur calomniateur, l'injure qui leur a été public[uement faite pour avoir conservé les droits de Sa Majesté. Mais après nous avoir ainsi offensés , il a choqué encore ouvertement l'autorité du Roi par les réquisitions qu'il a faites plusieurs fois durant cette semaine pour faire représenter les taxes établies en la Chambre des frano^fiefs, quoique la connaissance en soit interdite au Parlement par une déclaration qu'il a vérifiée. Tout ce bruit n'est que pour émouvoir la Compagnie et rendre odieuse la recherche des plus justes droits de la couronne, et la conséquence en est telle que, s'il n'y est pourvu par quelque coup d'autorité , il est à craindre que l'impunité n'ait bien des suites et ne donne lieu à beaucoup de gens , déjà trop hardis , de ne pas considérer ce qui viendra du Roi avec le respect et la soumission qu'ils doivent.
Je vous rends de très humbles grâces. Monsieur, de la lettre qu'il vous a plu m 'écrire le 20, où je remarque de nouveaux témoignages de votre bonté pour moi et je profiterai des avis que vous avez bien voulu me donner sur le fait des accommodements. Je n'ai pas encore reçu de lettres de Sou Eminence par où je puisse connaître ses sentiments sur la suppression de la Chambre de Bresse, quoique j'aie reçu de^ lettres de la Cour
écrites huit jours après la vôtre. Je vous remercie encore de tout mon cœur de la grâce que vous me faites de vouloir contribuer au rétablissement du bon ordre dans ce Parlement poiu* le bien des affaires du Roi. C'en sera une où il sera nécessaire que Sa Majesté parle et use d'autorité , parce que de la commencer et de ne l'achever pas , il y aurait encore plus d'inconvénient que de laisser les choses dans la confusion où elles sont, quoiqu'elles soient telles que le Roi ne saurait être servi comme il faut, ni la justice administrée avec éclat et majesté, ni à la saty^faction des peuples. Je finis , Monsieur, après vous avoir assuré que je suis avec tout le respect imaginable, Monsieur, votre etc.
BRULART
cxxxn
BRULART A LA VRILUÈRE.
Accommodement , d'autorité , des querelleB pour prévenir les duels. •— Nouvelles
plaintes contre l'avocat général Millotet.
Dijon, le 3 février 1S60.
Monsieur,
Je viens de recevoir vos dépêches des 19 et 27 du mois dernier, dont je vous rends de très humbles grâces aussi bien que des bontés que vous continuez de me témoigner. Je profiterai de ra\îs que vous me donnez touchant l'accommodement des querelles ; mais je vous dirai. Monsieur, que si les parties n'étaient pas persuadées qu'à défaut de leur consentement je les pourrais accommoder d'autorité et les obliger d'exécuter les choses que je leur proposerais, elles m'échapperaient souvent, ne voulant pas consentir de leur gré à faire quelquefois des satisfactions qui leur déplaisent , quoique raisonnables. Mais je crois quil faut mêler les deux ensemble et leur dire, comme je fais, quand elles y répugnent, que je les peux obliger d'autorité de faire les
choses que je leur propose à l'amiable. Il se trouve par là que tout ft'aeeommode et tout se soumet , au lieu que s'il fallait toujours donner des aris à la Cour et en attendre le remède, le mal empirerait durant cet intervalle et les malheurs arriveraient avant qu'on y eût pourvu par cette voie. C'est par cette raison que MM. les gouverneurs en ont usé de de^ comme auraient fait MM. les maréchaux de France et avec la même autorité. Pour moi, Monsieur, je ne me sers de celle du Roi dans ces sortes d'affaires qu'eu absence du gouverneur de la province et du lieutenant de Roi. Je suis en possession , comme mes prédécesseurs y étaient, de veiller en ce cas à ce qui se passe dans tous les bailliages comme en celui de Dijon , et jamais aucun lieutenant de Roi de cette province n'a prétendu agir dans un autre département que le sien , en cas même d'absence d'un autre lieutenant de Roi. C'est au Premier Président qu'on s'est toujours adressé comme ayaol un ressort plus étendu et reconnu
de tous. Enfin c'est l'usage de cette province , et au contraire, dans Dijon , le maire de la ville est en possession de commander en absence du lieutenant de Roi. Ce que je vous dis, Monsieur, n'est que pour vous informer de la manière qu'on en use ; un mot de votre lettre m'ayant donné lieu de vous faire cette explication que je n'ai pas cru inutile , dans la bonté que vous avez pour moi.
Nous avons un avocat général nommé Millotet , qui brouillera éternellement si le Roi ne le châtie une bonne fois. Depuis ma dernière lettre son audace a été telle qu'il a accusé MM. les commissaires de la Chambre souveraine des francs-fiefs d'avoir fait des choses dans leur jugement qui étaient très préjudiciables au service du Roi, au bien public et à l'utilité de la province. Ces commissaires sont les Premiers Présidents et plus anciens de toutes les Comi^nies, et comme cette injure est la plus grave et la plus atroce qui puisse être faite , la Chambre a chargé M. Languet, procureur général au Parlement et en cette commission, d'en demander une justice exemplaire au Roi , et qui puisse par la punition de ce calomniateur mettre ses meilleurs
serviteurs et oflScîers en état d'exécuter vigoureusement et avec liberté ses commandemeuts. Llnjure a été faite en plein Parlement et la calomnie se reconnaît par la lecture même de Tarrêt dont il se plaint , qui a été rendu suivant les conclusions du Procureur général et pour l'avantage des droits du Roi.... Mais non content de nous avoii* offensés eu nos honneurs, en nous accusant d'avoir fait des choses contre le sei*vice du Roi, il a fait encore ses efforts pour exciter le Parlement de prendre connaissance de ce qui est de notre commission, quoiqu'elle lui soit interdite. Il en a fait plusieurs réquisitions et j'ai empèehé jusqu'ici qu'on y délibérât; mais comme cet esprit est fort factieux, il échauffe des gens qui commencent de parler et se proposent d'y faire opiner. Je dtfendrai en tout cas l'autorité du Roi de toute ma force, je gfirderai ma place nonobstant qu'on prétende que je doive me retirer , à cau9>e que je suis commissaire aux franc&*fiefs , et je soutiendrai qu'étant l'homme du Roi je dois toiyours être présent à tout ce qui se passe dans la Compagnie, et ne peux être jamais ni suspect ni récusé dans son intérêt, puisque je lui en dois rendre comipte. Voilà, Monsieur, celui que je vous dois de ce qui se passe, et je vous supplie de considérer qu'il est de la dernière importance de faire quelque coup d'éclat pour réprimer Tinsolencc du sieur Millotet, et imprimer à beaucoup d'autres le respect et la soumissi(»a qu'ils doivent avoir pour les ordres de Sa Majesté. Je vous demande la grâce en mon particulier de me crdre. Monsieur, votre etc.
RRULART.