CCLXXVII
BODCHU A COLBERT (1).
Emeute de Noyers lors de la vérification des dettes de cette commune; conflit de juridiction entre lui et le Parlement pour réprimer ces désordres.
25 janvier 1665.
Monsieur,
.... Celle-ci est pour... vous donner avis d'une nouvelle entreprise du Parlement de Dijon contie l'autorité du Roi au fait de la vérification des dettes de cette province. Ayant donné mon ordonnance pour Ja publication de quelques octrois dans la ville de Noyers pour les deniers en provenant être employés à l'acquittement des dettes de cette communauté , après que par Sa Majesté il aurait été ordonné, comme j'ai fait en toutes les autres villes.... cette ordonnance a été publiée au prône de l'église
(1) Archives de TEmpire.
paroissiale dudit Noyers, ensuite de laquelle publication plusieurs personnes attroupées sont allées dans les maisons du nommé de Selles et du nommé Millot, parce qu'ils avaient été présents à la vérification des dettes, et les ayant pillées, outragé la femme dudit de Selles, ils Tout traîné par les rues, et par le plus grand bonheur du monde, ledit de Selles a évité d'être tué aussi bien que ledit MUlot, lesquels écli£^)pés à ce danger se sont rendus auprès de moi et m^ont présenté leur plainte , sur laquelle j'ai ordonné qu'il en serait informé phr le sieur de Cluny lieutenant général d'Avallon, pour l'information à moi rapportée être ordonné ce que de raison. Dont M. le Premier Président de ce Parlement ayant eu avis, il en a assemblé les Chambres, et avec tout l'éclat qu'il a pu faire, même lesdits de Selles et Millot ayant été mandés audit Parlement, avec des menaces indignes d'une Compagnie et qui ne seraient pas supportables si elles étaient faites par un particulier, ils leur ont fait défenses de se pourvoir ailleurs qu'audit Parlement. Ces pauvres gens sont venus à moi pour me dire ce qui leur était arrivé, et ils ont ajouté qu'ils avaient déclaré au Parlement qui les pressait de donner leurs plaintes, qu'ils ne voulaient pas être parties à cause des sommes excessives qu'U leur en coûterait si cette procédure se faisait à leurs frais ; me disant aussi qu'ils n'osaient faire informer ensuite de mon ordonnance , crainte d'encourir la haine et les menaces dudit Parlement. Voilà, Monsieur, les effets de ce que je me suis donné l'honneur de vous écrire ensuite de la première entreprise faite par leâit Parlement contre l'autorité du Roi, au fait de la réformation des forêts touchant le jugement souverain par moi rendu contre le nommé Le Boiteux. Vous voyez la vérité de ce que je me suis donné l'honneur de vous écrire, qu'ils ne l'avaient fait que pour tenter si cette première entreprise serait impunie, et pour ruiner ensuite toutes les autres affaires du Roi; ce qu'ils se vantent hautement et en toutes rencontres qu'ils feront, prenant plaisir de les décrier, séduire et empoisonner les esprits des peuples, comme au fait présent des octrois, leur disant qu'ils en empêchent par toutes voies l'établis-
Ton n.
sèment, et que ce ne sera pas pour le paiement des dettes, mais que le Roi se les attribuera, et ainsi en toutes les affaires généralement quelconques , intimidant ceux qu'ils ne peuvent pas séduire, en sorte qu'il y a de quoi s'étonner qu'on puisse faire le progrès qu'on fait. Mais, Monsieur, si ces entreprises demeurent impunies, tout ce qui a été fait jusqu'ici sera renversé avant qu'il soit deux mois, car ils veulent perpétuer, à quelque prix que ce soit, le désordre dans lequel ils ont vécu , et dont ils ont tiré tant d'avantage à l'oppression des pauvres sujets de Sa Majesté. Ainsi, Monsieur, je vous supplie très humblement d'obtenir du Roi , non seulement qu'il confirme mon jugement rendu contre ledit Le Boiteux, car ce ne serait presque rien faire pour son autorité, mais qu'il punisse les dix juges qui l'ont violée, ou par l'interdiction de leurs charges, ou parle retranchement de leurs gages, ou par des lettres du cachet qui enjoignent au rapporteur et au président d'en aller rendre compte ou de s'éloigner; car assurément , Monsieur, si Sa Majesté n'en fait un exemple, il est impossible d«^ maintenir ici ses affaires....
BOUCHU