CCXCVIII
BRULART A LA VRILUÈRE.
La Chambre de ville refuse à des comédiens la permission de joaer à Dijon pendant le camayal, en égard aux calamités da temps; conflit d'autorité entre cette Chambre et le Parlement.
Dijon I le 2 féTiier 1667.
Monsieur ,
Il se passe ici des choses qui méritent de vous être écrites ; il y a trois semaines qu'il y arriva des comédiens pour ce carnaval. Ils demandèrent aussitôt au maire la permission de monter sur le théâtre, et, bien que cela n'ait jamais été refusé dans cette saison et qu'il ne soit même demandé que par respect pour ce magistrat qui est le juge subalterne et non royal de cette ville, il les fit rebuter par trois fois par la Chambre de ville , sur de pré-
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police, aurait peine de se dispenser de pourvoir sur leur requête. Il y avait apparence que la Chambre de ville, étant informée par le maire de ces raisons, changerait de sentiment; mais, soit qu'il lai en fit un fidèle rapport, ou qu'il ne le lui Ht pas , ce qui est très vraisemblable, elle ajouta un nouveau refus aux précédents, et le fonda sur les mêmes raisons, qui certainement sont . scandalenses et punissables, principalement dans des magistrats populaires. Alors le Parlement ayant ordonné la conmiunication de la requête des comédiens au procureur-syndic de la ville, et lui l'ayant retenue sans vouloir faire aucune réponse, il y eut arrêt sur une seconde requête portant permission de dresser leur théâtre. En même temps la Chambre de ville s'assembla et résolut une députation au Roi pour se plaindre de ce que le Parlement avait accordé cette permission sans qu'il y eût aucun appel des délibérations de la Chambre de ville, et le maire même, qui s'est fait députer, se propose de faire le voyage dans dix ou douze jours. Il ne dénie pas que nous n'ayons pu donner cette permission à son refus , mais il prétend que ce ne devait être qu'ensuite d'une appellation qui devait être jugée à l'audience ; comme si étant fondé en juridiction et en autorité souveraine pour les choses qui regardent la police, nous ne rendions pas souvent des arrêts que la Chambre de ville n'apprend que par l'exécution que nous lui en ordonnons, et comme si les affaires qui ne sont pas contentieuses, mais d'une juridiction proprement gracieuse et volontaire ne se faisaient pas le plus souvent sans y observer les mêmes formalités et longueurs que dans les autres où il y a des parties qui plaident et qui contestent. Dans celleci même n'était-il pas à propos d'en user autrement qu'on a fait au Parlement, qui ne pouvait assez tôt finir cette affaire? Mais, Monsieur, les comédiens n'ont pas encore commencé^ et les magistrats continuent à dire partout qu'il est honteux de * souffrir ces sortes de gens destinés à la joie dans une ville qui est a£aigée. J'ait dit sur cela fort positivement à deux échevins qui m'ont été envoyés, que s'il arrivait quelques désordres ensuite de leurs mauvais discours , les têtes des officiers de la ville
en répondraient^ et que s'ils ne se modéraient, le Parlement prér viendrait le mal par les remèdes qu'il avait dans ses mains. Je ne crois pas , dans la vérité , qu'il arrive aucun tumulte , quelque séditieux que soient les discours du maire et des échevins. Voilà le compte que je vous devais de ce qui se passe maintenant ici; peut-être jugera-t-on à propos d'envoyer une lettre du cachet aux maire et échevins, portant défense de troubler ni d'empêcher les comédiens de monter sur le théâtre. Mais si le Roi prend cette résolution, il serait bien à propos que la lettre
contint aussi des défenses à eux de tenir aucun discours dans la
Chambre de ville ou ailleurs qui puisse troubler la tranquUUté publique et éloigner les peuples de la soumission et du respect. Je suis de tout mon cœur, Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULART A LA VRILUÈRE.
La Chambre de ville cède , après des projets Tiolenls de sa part pour empêcher
les comédiens de jouer.
Dijou, le 7 février 1667.
Monsieur,
Quelque violentes qu'aient été les propositions qui se sont faites dans les assemblées de cette Maison de ville depuis la lettre que j'eus Thonueur de vous écrire le 2 de ce mois, ils n'ont fait au dehors que de continuer leurs mauvais discours et de s'excuser publiquement d'avoir fait, disent-ils encore, ce qu'ils ont pu pour empêcher les divertissements publics dans un temps que cette ville ne ressent que des souffrances. Mais les maux dont ils font tant de bruit ne sont que dans leur imagination et dans leurs mauvais desseins : on le connaît assez par la pente que chacun a à la joie, et par le grand nombre de gens qui pren-
neut le plaisir de la comt^die depuis trois jours qu'on a ici ce divertissement. Les magistrats proposèrent parmi eux d'y aller en Corps le jour qu'elle commença pour faire abattre le théâtre en leur présence ; d'autres se contentaient de vouloir mander les comédiens pour les arrêter ensuite dans la Maison de ville, et il y en eut qui voulurent faire assembler les notables pour résoudre avec eux ce qui serait à faire ; mais la crainte qu'ils ont eue de se perdre en excitant une sédition, et les menaces que nous leur avons faites de les en rendre responsables et de commencer contre eux une procédure criminelle pour peu qu'il s'élevât de bruit, les ont arrêtés ; de sorte que tout est calme et dans Tordre. J'ai cru qu'il était à propos de vous informer encore de la suite des choses, à quoi je n'ajouterai rien, sinon que je suis. Monsieur,
votre etc.
BRULART
CGC
LE PRINCE DE CONDÉ A BRULART
Réponse k une lettre qne Bnilart lui avait écrite sur la même affaire;
il le conjure de Tassonpir.
Chantilly, le 8 février 1667.
Monsieur,
J'ai vu tout ce que vous me mandez sur le sujet du nouveau diflTérend qui vient d'arriver entre le Parlement et la Chambre de vUle à l'occasion des comédiens. C'est une chose qui m'a surpris de voir tant de mouvements arriver à Dijon les uns après les autres ; et comme celui-ci n'est pas de ceux qui pourraient avoir de moindres suites, il faut tâcher de bonne heure à l'assoupir, afin qu'il n'y en ait aucune comme il ne manquerait pas d'en avoir de très fâcheuses s'il venait à éclater. Ainsi je vous conjure autant que je le puis, de contribuer de tout ce qui dépendra de vous pour le faire cesser dès à présent ; j'en écris dans ce sens-là
au sieur Boulier, qui m'avait écrit là-dessus une lettre très soumise, et lui témoigne qu'il ne faut pas absolument que la Chambre de ville députe pour une afifaire de cette nature, et je mande à M. de Thésut de s'y entremettre pour faire en sorte qu'elle n'aille pas plus avant; car, en vérité, de la manière que les choses sont^ il n'est pas bon d'émouvoir de ces sortes d'affaires. Vous connaîtrez cette vérité pour peu de réflexion que vous y veuilliez faire. La part que vous savez que j'ai toujours prise aux intérêts de votre Compagnie et que j'y prendrai toujours me fait vous parler ainsi et vous prier encore une fois de ne rien épargner de ce qui dépendra de vous pour prendre en cela tous les tempéraments nécessaires, afin d'empêcher que cette afifaire ne passe pas outre. Je vous prie de croire que vos intérêts me seront aussi toujours très chers et que personne ne peut être, ni plus véritablement, ni avec plus de passion que je
suis, Monsieur, votre etc.
LOUIS DE BOURBON
ceci
LA VRILLIÈRE A BRULART
Il approuve sa conduite dans celte circonstance.
Saiut-Genuaiu-cu-Laye, le 12 férrier 1667.
Monsieur ,
J'ai vu et fait valoir comme des effets de votre zèle la conduite que vous me mandez, par vos lettres des 2 et 7 de ce mois, avoir tenue pour procurer au public le divertissement des comédiens dans ce carnaval et dissiper les mauvaises impressions des discours faits par le maire de la ville de Dijon pour s'opposer à la joie publique et troubler un plaisir si honnête et si ordinaire ; mais conmie cette affaire n'a eu aucune suite et qu'il n'y a rien à résoudre ni à vous dire de plus sur ce sujet, je finirai en vous assurant que je suis toujours. Monsieur, votre etc.
LA VRILLIÈRE
BRULART A LA VRILLIÈRE
Nouvelles plaintes contre le vicomte-mayeur Boulier.
Dijoo, le 13 férrier 1667.
Monsieur,
.... Je ne sais pas si notre maire, après avoir tenu une conduite injurieuse à l'honneur du gouvernement et opposée au repos du peuple, prétend encore de porter plus loin son audace ; mais au lieu de me venir informer de ce qui se passe dans le public comme chef de la justice dans cette ville, selon qu'il y estobUgé et qu'il a été averti de le faire, il n'a pas seulement daigné me rendre une visite dans le fort des chaleurs et des emportements de la Chambre de ville ni depuis. De sorte que ce juge subalterne et entièrement dépendant fait à cette heure une manière de bravade du respect qu'il doit à son supérieur ; ce qui est d'autant plus répréhensible qu'en l'absence du gouverneur et du lieutenant de Roi, qui ne sont que rarement ici, il n'y a que moi qui lui donne les ordres pour les choses qui regardent le gouvernement. Gomme cela pourrait avoir des suites où le service de Sa Majesté serait intéressé et que l'ordre est déjà blessé par le mépris, j'ai cru, Monsieur, vous devoir rendre compte de ce détail pour y pourvoir suivant qu'il vous plaira pour le bien du service seulement, sans penser à moi qui, à cet intérêt et à l'ordre des choses près , n'ai pas beaucoup à cœur de recevoir des civilités d'un magistrat populaire qui n'est à présent qu'un avocat peu employé et bien souvent qu'un simple bourgeois. Si vous croyez même qu'il ne soit pas nécessaire d'en parler, je vous supplie très humblement de n'en rien dire et je serai en mon particuUer assez satisfait, pourvu qu'on soit persuadé que je ne néghge rien de ce qui peut regarder de près ou de loin le service
du Roi et que vous me fassiez toujours la grâce de croire que je suis toujours avec beaucoup de respect et de chaleur, Monsienr,
votre etc.
BRULART