CCCLVIII
LE ROI A BRULART
Suite de la même affaire; autres lettres du cachet, en réponse à la précédente, pour presser le jugement de Bourée, sans attendre Tinslruction du procès de ses com plices.
l«r juillet 1671.
Monsieur Brulart,
Je suis informé qu'encore que les sieurs commissaires ordonnés par ma Cour de Parlement de Dijon pour l'instruction du procès criminel de Dom Georges Bourée, religieux profès de
l'urdre tie Citeaux, pour raison du vénétîce dont il est accusé, commis à la persomie de Dom Petit, abbé et générai de Tordre dudit Glteaux, fassent leur devoir pour l'avancement de l'affaire, Ton fait d'ailleurs toutes sortes de chicanes pour la tirer en longueur. Mais comme je désire qu'elle soit au plus tôt finie, afin qu'il soit fait un châtiment exemplaire des coupables du crime, selon qu'ils Tauront mérité, j'écris à la Grand 'Chambre et à la Tournelle de madite Cour, qu'aussitôt que ledit procès sera instruit par lesdits sieurs commissaires, elle ait à procéder au jugement dudit Bourée, sans y apporter aucun retardement, à cause des complices auxquels ensuite il sera fait bonne et briève justice. De quoi j'ai bien voulu vous donner avis par cette lettre , et vous dire de tenir la main selon le pouvoir de votre charge à ce que mon intention soit accomplie ; ce que me promettant de votre affection, je prierai Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulart, en sa sainte garde.
Ecrit à Ath, le i«^ jour de juillet 1C71 . Sifpié : LOUIS. Et plus bas : PnELYPEAix.
Suite du même sujet; autres lettres du cachet conformes à la demande de Brulart, qui défendent an Parlement de connaître des désordres de Molaise , si ce n'est des actes de complicité avec Bourée.
l«r juillet 1«71.
Monsieur Brulart,
J'ai été informé qu'à l'occasion du procès pendant en ma Cour de Parlement de Dijon contre Georges Bourée, religieux proies de Clteaux, pour raison de vénéfice dont il est accusé commis en la personne de Dom Petit , abbé et général de l'ordre dudit Clteaux, il parait dans Tabbaye de Molaise , dépendant d'icelui, quelques désordres auxquelles il appartient d'autant
TOHI II. 10
plus audit sieur Abbé do |K)urvoir, qu'apparemment il ne s*agit que de libertinage et de dérèglement en ladite abbaye qui est de sa juridiction. Néanmoins, comme ma dite Cour pourrait se porter dans la suite dudit procès à prendre connaissance de la chose, je TOUS fais cette lettre pour vous dire qu'en ce vas vous ayez à faire entendre de ma part à ma dite Cour de s'abstenir de connaîtra de l'affaire particulière de ladite maison de Molaise, pourvu que dans ledit libertinage et dérèglement il n'y ait rien de mêlé avec la complicité de l'empoisonnement dudit sieur Abbé ; mon intention n'étant pas même qu'en cas qu'il s'y trouve des complices le procès et jugement dudit Bourée soit retardé, afin que la justice du crime en soit faite au plus tôt. Sur ce je prierai Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulort, en sa sainte garde.
Ecrit à Ath, le 1" jour de juillet 1671. Signé : LOUIS, Et plus bas : Phelypeaux.
CCGLX
BHULART A CHATEAUNEUF.
Continuation du même sujet; dernier interrogatoire de Bourée; il déclame contre Brulart; cabale pour faire acquitter Taccusé; plusieurs membres du Parlement, juges du procès, y prennent part; délibération ^r cette affaire; fermeté du Premier Président; les empoisonnements par Tarsenic se multiplient dans la province.
Dijon, le 2« juillet 1671.
Monsieur ,
Il ne nous re.«*te plus dans i'atfaire du moine Bourée qu'à faire le rapport des charges et qu'à opiner, ce qui se fera mercredi et jeudi prochains. Je l'interrogeai avant-hier sur la sellette pendant cinq heures, et je vous puis dire , Monsieur, qu'il ne se peut à présent une conviction plus entière , bien qu'il dénie toujours toutes choses, et avance hardiment que M. l'Abbé de Clteaux a corrompu plus de dix-huit ou vingt témoins pour déposer faux
contre lui qui n'allègue pas toutefois d'autres raisons de la haine de ce général contre sa personne, sinon parce qu'il ne lui donna sa voix iors de son élection qu'an second scrutin, et qu'il ne lui a pas rendu de bons oûlces en choses légères du vivant de Dom Vaussin, abbé de Citeaux, dont il était secrétaire. Cet accusé s'est même épanché contre moi, lors de la confrontation qui lui a été faite ces derniers jours au sieur Demonticourt, et étant sur la sellette il a prié ses juges de ne prendre aucune impression de tout ce que je puis avoir dit et que je dirais contre lui, étant, à ce qu'il a dit, son ennemi par les raisons qu'il a déduites, et qui sont rapportées dans l'acte de sa confi*outation au sieur Demonticourt , que je vous envoie avec sa déposition. J'ai invité l'accusé avec beaucoup de douceur , dans cet endroit, de proposer ce qu'il avait à dire contre moi. Lorsqu'il ne disait plus mot, je Texcitais à penser encore s'il n'avait rien davantage à dire sur ce sujet, et je lui répétai qu'il était daiîs le sanctuaire, qu'il avait toute liberté de parler et que ses juges lui feraient justice . Enfin l'interrogatoire achevé, je me retirai croyant que la modestie m'obligeait à le faire ; incontinent après je fus rappelé, et on me prononça qu'il avait été délibéré que je demeurerais juge. Je ne puis omettre. Monsieur, de vous avertir qu'on emploie toutes sortes de moyens pour faire traiter favorablement le prisonnier. Je m'aperçois même que quelques-uns des juges n'en usent pas tout à fait bien, et qu'ils grondent même les autres qu'ils croient avoir dessein de faire une bonne et exemplaire justice ; on a fait en sorte qu'un des juges, honnête homme et bien intentionné, se soit abstenu et excusé d'entrer au Palais le jour que l'accusé y a été interrogé. On sème dans le monde qu'il n'y a ni mort ni malade de cet empoisonnement, et un très grand nombre de gens des deux sexes, de toutes sortes de professions, se remuent et mettent toutes voies en œuvre en faveur du prisonnier. On a même été trouver le plus ancien des rapporteurs, à qui on a offert de donner beaucoup d'argent pour les pauvres. Les parents de Dom Vaussin, de qui Bourée a été le secrétaire, et ceux de La Mare et Payelle, officiers, se remuent de même en
leur lavfur, et cela nuit extrêmement, parce que piu'mi les juii:es il y en a un qui, quoique le plits jeune, parle plus haut eu cette occasion que personne. Tous les gens qui ont quelque intrigue à Molaise s'en mêlent aussi, et ceux même des juges qui ont une particulière liaison avec ceux-là font une manière de cabale qui m'obligera enfin à vous les nommer par leurs noms, s'ils font quelque chose de plus, tant cela est honteux et indigne d'une Compagnie où on n'a jamais vu de partialité pour le jugement des affaires, bien loin d'y protéger les crimes les plus atroces. Il s'en fallut peu dernièrement que je n'eusse matière à vous faire une longue lettre. Nous nous trouvâmes partagés quelque temps en opinant sur les faits justificatifs. De vingt-trois juges , il y en eut onze à lui en extraire plusieurs qui n'allaient qu'à diminuer la charge , mais non pas à la détruire. De plus ils tiraient ces faits de quelques écrits fournis depuis peu par l'accusé, au lieu que la nouvelle ordonnance veut que les faits justificatifs soient tirés des interrogatoires et confrontations. Je fus obligé de parler ferme sur cette contravention ; je donnai à entendre par là, ce qui ramena quelqu'un, que je ne signerais pas cet arrêt qu'après en avoir donné avis, et cela obligea un des onze à retourner à l'avis des douze et de déclarer qu'il n'échéait à extraire aucuns faits justificatifs. Je suis obligé. Monsieur, de vous rendre compte de tout ce détail, puisque vous me faites l'honneur de m écrire par votre dernière lettre du 20 de ce mois que Sa Majesté veut que jt» vous informe de tous les incidents de cette affaire. Rien ne pouvait venir plus à propos que votre lettre ; tout y est si bien expliqué pour faire connaître les intentions de Sa Majesté, que je ne puis douter qu'elle ne fasse un très bon eftet. Les rapporteurs se conduisent le mieux du monde ; mais M. Legouz , entre autres, a fait un si grand travail depuis près de six mois et s'est appliqué avec tant de soin et d'adresse à découvrir la vérité, qu'on peut dire que c'est à sa vigilance et à son zèle qu'on doit les principales connaissances qu'on en a. L'exempt est un homme fort attaché à son devoir ; cependant le prisonnier a su toutes choses par le moyen d'un garde de la prévôté, appelé
Dosnoycrs, qu'il a amené. Je l'en ai averti il y a longtemps, et lui ai proposé de prendre d'autres gens ; mais il a cru qu'en redoublant SCS soins il empêcherait son commerce, et qu'il garantirait par ce moyen sa Compagnie d'un reproche assez fâcheux. Je fus assez surpris lorsque, interrogeant le prisonnier sur la sellette, je connus qu'il avait été aveiii de toutes choses^ même indifférentes. Il s'adressa à tous les juges pour leur dire que, retournant il y a peu de jours chez moi, j'avais rendu visite à M. de Glteaux, sa partie, dans une maison à lui, sur mon chemin. Les conclusions dea gens du Roi sont à ce que l'accusé soit pendu^ et auparavant appliqué à la question pour avoir la déclaration de ses complices; et que, pour empêcher les fréquents désordres qui se font pai' le moyen de l'arsenic , le commerce ensemble du sublimé soit défendu à peine de la vie. Il y a un mois que sept personnes d'auprès de Semur furent empoisonnées dans un gâteau où il y avait de l'arsenic, dont quatre moururent à cinq heures l'une de l'autre, et trois qui en avaient moins mangé se sont sauvées avec l'aide des remèdes. J'ai écrit sur les lieux pour faire une exacte recherche des coupables, dont on n'a encore ni preuves ni soupçons. Nous n'avons pu encore savoir ce que c'eât que Tempoisonnement de dix-huit personnes à la Nocle, qui appartient à M. de Saint-André Montbrun, et la Chambre de la Tournclle envoie un conseiller à Noyers pour pénétrer un autre empoisonnement. Je suis avec respect, Monsieur, votre etc.
BHULART.
BRULART A CHATEAUNEUF
Suite et Aq de la même affiûre; rarrAt de mort proDOocé contre Bouée eet exécaté; rétélatieie iaeonplèteB du eendoBBé; compûeité d*vB gmé ■etnhfe de nonei et de phnieius religieaiea de Molaiie dani rempoiaomiemeot; décoo^oeUioii des ▼otee pour la formation du jngemeot; cabale eo faveur de Boor6e joaqn'à n fia; menacet contre plusieurs des juges du procès ; conduite digne d*éioges du conseiller LegouE.
Dyon, le 2 aoât 1071.
Monsieur,
. Le procès de Georges Bourée fut cnfm jugé avant-hier, et ce crimmel condamné à avoir la tète tranchée et à être appliqué à U question pour la révélation de ses complices. On ne laissa pas de décréter en même temps prise de corps contre les religieux La Mare et Payelle contre lesquels il y avait des preuves de reste pour cela. L'arrêt fut exécuté le même jour contre Boorée dans tous ses points ; mais on ne put rien tirer de lui par la force des tourments. Il déclara seulement dans son testament de mort que , conférant avec quelques religieux , ils avaient souhaité la mort de M. TAbbé de Glteaux, que Payelle et La Mare pouvaient être du nombre, et qu'il pouvait y avoir trente religieux dont il ne pouvait nommer les noms. Un moment avant que d'être exécuté, il chargea le substitut qui l'interrogea sur Téchafaud de me demander pardon de sa part de ses emportements contre moi, ctd'assuicr tous les juges qu'il avait été bien jugé. Il refusa toutefois de signer cette déclaration; mais par un assez long discours qu'il fit au peuple il donna clairement à entendre qu'il était coupable. Il fit même publiquement une manière d'amendo honorable à son abbé et à tout son ordi*e. Il écrivit aussi à cet abbé une lettre dans le lieu du supplice pour lui demander pardon et à ses confrères du scandale qu'il faisait à tout l'ordre. Avant que de sortir de la conciertrerie pour aller au lieu de Tcxécution , il écrivit à ses frères une autre lettre plus longue par laquelle il leur demandait pardon du tort qu'il leur faisait et louait
Ips jugements de Dieu. Son confesseur m'a dit à peu près les mêmes choses que le substitut ; à quoi il a ajouté que les juges devaient être contents. Enfin il n'est pas difficile de connaître que la seule crainte de faire davantage de tort à sa famille et de nuire aux complices a empêché le condamné de faire un aveu public et circonstancié de son crime. Mais il est fâcheux , dans une affaire aussi importante que celle-là, de n'avoir pu tirer par la bouche d'un des principaux coupables de grandes preuves contre les autres qu'on ne peut douter qui ne soient en grand nombre et des deux sexes, tant à Glteanx qu'à Molaise. Sur cela je me plains de là fausse et mauvaise doctrine de nos ecclésiastiques, qui, bien loin de porter les condamnés à déclarer la vérité à la justice , les détourne de la dire , sur ce fondement qu'il ne faut pas nuire à son prochain, et qu'on n'est pas obligé de rien faire contre son propre honneur. Cependant les crimes ne sont pas punis comme ils le devraient être , et , sous le prétexte de cette fausse charité qui sauve quelques coupables, le pubhc est exposé et ne trouve pas sa sûreté, qui consiste en partie dans la punition des méchants et dans l'exemple. Je me plains aussi que la question dont on se sert ici est inutile, comme trop douce pour tirer la vérité ; il est très rare de voir qu'elle produise aucun bon effet. Il fut permis aux juges par un arrêt du Conseil, il y a près de trente ans, de la changer, mais cet arrêt n'a été exécuté que dans l'affaire du président Giroux pendant laquelle il fut rendu ; ou s'y servit des escarpins, et si je savais que le Roi voulût donner quelque ordre là-dessus, ce qui serait fort utile, je me donnerais l'honneur de vous envoyer cet arrêt.
Nous n'avons pas encore achevé d'opiner sur plusieurs choses importantes qui viennent à la suite de cette affaire ; nous devons nous assembler mercredi pour cela. On pourra donner quelques décrets contre des complices, même contre des religieuses de Molaise. J'ai eu autrefois l'honneur de vous écrire que la sœur Dufresne s'était sauvée. C'est elle qui accoucha au mois de novembre dernier et qui donna avis à Bourée, la veille de sa capture, qu'il eût à se retirer promptement. H y en a une autre qui
accoucha aussi, il y a deux on trois mois, et on croit que Bonrée Taimait aussi. Enfin il est prouvé par les réponses de Bonrée, qu^il craignait plus que toutes choses la visite de Molaise , et il Test encore qu'il acheta le poison le même mois que la Dufresne accoucha; qu'il le porta à Molaise, et que là il le mit en-pondrp dans un mortier qui lui fut prôté par une rehfipcuse. Nous pourrons résoudre dans la même assemblée de donner avis au Roi du ^and besoin qu'a Tabbaye de Citeaux d'une réformatiou. Nous délibérerons sur les moyens d'empêcher les désordres qui arrivent par la distribution trop facile de l'arsenic, et on réglera aussi si les frais de ce procès criminel seront supportés par l'abbaye de Citeaux , co qui parait raisonnable et fondé sur les ordonnances de Moulins et de Blois, qui enjoignent aux hauts justiciers de faire la poursuite à leurs frais des procès criminels où il n'y a point de partie , à peine d'être déchus de leurs droits de justice, et cela est en vigueur dans ce Parlement qui, en ces cas, condanme toujours les hauts justiciers à tous les frais des procès criminels, môme aux épices des arrêts, desquelles les présidents et conseillers qui sont seigneurs ne sont pas exempts. M. l'Abbé de Citeaux a la haute justice chez lui ; le crime y a été commis, il s'îigissait dans l'affaire de lui assurer la vie. 11 sera difficile par l'.es rai<oiis do le décharger de ces frais qui sont grands, et il ne convient pas aux juges de les supporter.
Quant au détail de ce qui s*est passé au jugement de Bouréo, je ne voulus pas laisser commencer le rapport des charges le menrndi auparavant parce qu'il y manquait un juge qu'on me dit qu'on avait encore gagné pour nr s'y pas trouver, et je m'expliquai tout haut qu'on n'opinerait point qu'il n'y fût, et que, s'il y manquait le vendredi suivant , je demanderais des ordres au Roi sur ce que j'aurais à faire. C(4a l'obligea à se rendre à sou devoir, et nous fîmes ce jour-là , en entrant plus mathi , ce que nous ne vouhons faire qu'en deux. Les rapporteurs employèrent chacun deux heures à rapporter les charges et à opiner, et je vous puis dire , Monsieur, qu[il ne se peut rien ajouter à la force du discours que tint M. Legouz qui se servit très bien de
la belle matière qu'il trouva dans cette affaire pour louer la persouue du Roi et la justice de ses sentiments , dans les secours que Sa Majesté nous a donnés de son autorité pour nous faire découvrir la vérité et pour assurer la principale maison d'un grand ordre, et le public même, par la punition d'un crime qui comprend selon toutes les apparences un grand nombre de coupables. De vingt et un jugés qui opinèrent, il y en eut un qui fut seulement d'avis de la question ; trois des galères perpétuelles sans question ; quatre ou cinq à la mort sans question ; tous les autres à la mort et à la question ; et, parmi ceux-ci, quelquesuns à une amende honorable, en chemise, la corde au cou et la torche au poing. Après qu'il eut passé à la mort, on opina sur le genre , et il n'y en eut que six qui furent d'avis de la corde. Ils se fondèrent sur la qualité du crime commis par un simple religieux contre son général ; tous les autres prirent celui de lui faire cx)uper la tête, sur ce que son père avait été plus de vingt ans secrétaire du Roi et était mort dans cette charge. Toute la ville croyait l'accusé sauvé à cause de ses protecteurs qui se déclaraient trop ouvertement. Des gens sages et habiles parmi les juges, parlèrent ferme contre l'avis des trois et de celui qui était seul , jusques à dire qu'il devait être défendu de citer dans le Palais certains docteurs ultramontains sur lesquels ils fondaient leurs avis contre le bon sens, et contre la pensée de la conscience et de la droite raison. Je sais que pendant la question il y avait des gens dans une terrible inquiétude, et qu'à présent qu'ils croient être hors de tout sujet de craindre , ils menacent les principaux des juges. L'exempt qui s'en retourne pourra vous en dire quelque chose. Au reste. Monsieur, je ne puis assez louer son exactitude dans sa fonction, ni vous assez expliquer les peines qu'il a eues, ses justes défiances de toutes choses, son assiduité et la vigilance et la fidélité de tous ses soins. Mais si l'on fait quelque justice au nommé Desnoyers, l'un des gardes, le moindre châtiment qu'on lui donne, c'est de l'arrêter, de lui lever la casaque et de ne lui rien donner pour sa garde infidèle, dont il n'est que trop récompensé d'ailleurs. Voilà le compte que je puis vous
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rore ordonné que l'ancienne abbesse de Molaise serait assignée pour être ouie. Tous ces décrets sont fondés sur des conjectures de complicité du vénéfice. Je doute toutefois qu'ils produisent grand effet pour découvrir ce qu'on a cherché avec tant de soins dcpuk six mois ; mais ils ne laissent pas que d'étonner et de contenir les esprits.
Je suis chargé , Monsieur, par une délibération expresse de la Compagnie de représenter au Roi qu'elle a reconnu dans ce procès que la maison de Citeaux a grand besoin de reformations dans les mœurs des religieux et dans la discipline réi^ulièrc. M. l'Abbé, tout zélé et tout bien intentionné qu'il est pour cet ou\Tage, aiu'a peine d'y réussir s'il n'est secondé par l'autorité de Sa Majesté, à cause du grand nombre de religieux qu'il convient d'envoyer dans d'autres maisons et l'obstacle qu'il trouvera de le faire par le moyen du vœu de stabilité ; de sorte que le Parlement estime qu'il n'y a que le secours de l'autorité de Sa Majesté qui puisse en cela quelque chose d'utile , de prompt et de solide. Je m'acquitte, Monsieur, de mon ordre en vous disant ces choses que vous trouverez sans doute dignes d'être portées à sa personne.
n a encore été délibéré de donner désormais pour confesseurs aux condamnés à la mort, des Jacobins ou autres ecclésiastiques qui suivront la doctrine de saint Thomas pour la déclaration des complices. On a fait ensuite un règlement pour obliger tous les marchands droguistes et apothicaires à tenir un registre de la vente qu'ils feront de l'arsenic ou d'autres poisons, sur lequel il feront signer ceux qui en achèteront, avec défense d'en vendre, sinon à personne de probité connue , et à celles-ci de le vendre ou remettre à d'autres sous quelques prétextes que ce soit, le tout à peine de la vie. Et il a enfin été réglé que les frais et épices du procès du moine Bourée seront pris sur les revenus de l'abbaye de Glteaux, tant à cause que la hante justice du lieu où le crime a été commis est à elle, que parce que le sous-prieur de la maison s'était d'abord rendu partie, et qu'il s'agissait d'un attentat à la vie de Tabbé et de dix-huit autres personnes, la plupart
religieux proies de la maison, à la sûreté desquels on a travaiDé par la punition du plus coupable et par la recherrhe qu'on fait encore des complices.
Je vous enverrai au premier jour un extrait de l'arrêt du Conseil rendu pendant le procès du président Giroux pour changer à l'avenir la question en ce; Parlement et j'y joindrai un mémoire de celle dont on se sert à présent qui est la même qui j était en usage auparavant. Je vous demande la grâce de croire .que je suis avcr beaucoup de respect, Monsieur, votre etc.
BRULART
CCCLXIII
BRULART A CHATEAUNEUF
n foomet ao Roi an projet de réforme pour rahbaye de Citeau , GoaiDaBdé
par cette afbire.
Poot-Mr-Seine , le 24 septembre 1671.
Monsieur ,
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on s'aperçoit et qu'on se plaint du relâchement et des désordres qui se sont glissés dans les mœurs défi rehgieux de l'abbaye de Citoaux et de plusieurs maisons de cet ordre et dans l'observance de la régularité. Louis XIII, de glorieuse mémoire, fit des instances auprès du Pape pour en procurer la réformation. SaSahiteté députa ensuite M. le cardinal de Larochefoucault, qui y travailla et y rétablit l'étroite observance selon la pureté de son institution. M. le cardinal de Richelieu qui était alors abbé de Citeaux seconda ses bons desseins ; de sorte que les règlements de ce commissaire apostolique furent reçus avec applaudissement et exécutés pendant quelque temps avec beaucoup de fruits. Mais la mort de tous ceux qui les avaient procurés étant arrivée et Dom Claude Vaussin ayant succédé à la charge d'abbé et général de Citeaux, les choses changèrent bientôt de
l'are. <^etabbé était un bon homme, assez assidu à lotlioe et assez régulier dans ses mœurs^ mais fort incapable, très attaché à l'argent et au reste paisible de son naturel et si indulgent envers ceux qui lui était soumis, que la plupart de leurs fautes demeuraient sans répréhension. Comme il faisait ses olficiers* sans choix et de ceux-là ses confidents, on a vu les plus déi^glés posséder les premières charges de sa maison et sou cœur ; témoin ce qui vient de se passer dans le procès criminel du dernier empoisonnement de Citeaux, où on a remarqué que frère Georges Bourée était son secrétaire, et Dom Nicolas de La Mare, Philibert Payelle et Jacques Petit, contre lesquels on a décrété comme complices, étaient Tun célérier, l'autre maître des bois et le dernier maître des hôtes de Citeaux ; tous quatre ses conseillers , gens sans capacité ni littérature , sans modestie dans leurs discours ni dans leurs mœurs , toas attachés aux biens , ayant chacun leur conmierce particulier pour en acquérir et pour le cacher. La suite de cette conduite a été que de soixante et douze ou soixante et quinze religieux que Dom Vaussin a reçus profès à Citeaux, aucun n'y a été admis qu'eu payant une somme considérable ; aucun n'a étudié et ne s'est rendu capable quant à la doctrine; aucun n'y a été appelé par une véritable vocation, ni élevé dans l'observance de la règle ni dans la piété. La plupart se sont corrompus dans les mœurs, et en même temps beaucoup d'autres maisons sont tombées, à l'exemple de de celle de Citeaux, dans un relâchement qui demande aussi de la réformation, et, pour y parvenir, beaucoup d'application et de soins de la part du général.
M. l'Abbé d'à présent n'a pas toutefois été élu dans la vue de ce dessein : la colère et le dépit des deux partis ennemis lui firent donner dans un moment, à l'envie l'un de l'autre toutes les voix comme à un honmie que chacun se proposait de gouverner. Les désordres continuant dans Citeaux, il a été trois fois empoisonné depuis sou élection. Il s'est excusé jusqu'à cette heure de n'y avoir pas pourvu à cause de ce procès criminel dont il voulait voir la fin ; il s'est expliqué depuis que le vœu de stabilité Teui-
péchait de pouvoir envoyer d'autorité ses religieux dans d'autres maisons. En effet, pour en faire sortir trois ou quatre des plus libertins, il leur a proposé de les faire prieurs ailleurs et de leur donner d'autres emplois, ce qu'aucun d'eux n'a encore accepté. H s'est mis en peine de remplir la charge de prieur d'un honnête homme ; mais tous les religieux à qui il s'est adressé Tout refusée, et leur refus vient uniquement du désordre de la maison. E^ifin il n'y a plus que l'application et les soins de Sa Msjesté qui puissent la rétablir dans la pureté et donner la perfection à un ouvrage chrétien dans son entreprise, saint dans son exécution, et digne d'un monarque qui fait régner partout avec éclat l'ordre, la justice et la religion.
Quant au moyen convenable pour établir dans cette aUbaye la régularité dans la discipline et la pureté dans les mœurs, on en peut proposer de trois soiles :
Le premier moyen et le plus étendu qui peut produire cet effet, non seulement dans la maison de Giteaux, mais encore dans tout l'ordre en général, c'est de rétablir dans cette abbaye et dans les maisons qui en dépendent en France l'exacte observance de la règle et l'usage des noviciats communs, suivant qu'ils ont été ordonnés et exécutés par MM. les cardinaux de Larochefoucault et de Richelieu ; ce qui se peut faire par un arrêt du Conseil d'en haut, par lequel Sa Majesté ordonnerait, sans s'arrêter à ce qui s'est fait depuis l'arrêt contradictoire rendu au Parlement de Paris au mois de juin 4660 sur l'appel comme d'abus qui avait été interjeté des règlements faits par ces cardinaux, et depuis celui prononcé par la bouche de Sa Majesté à Fontainebleau l'année suivante en conformité, que ces deux arrêts seraient exécutés. Mais comme il pourrait y avoir en cela quelque chose qui regarderait peut-être les intérêts du Roi à l'égard de Rome, qui a depuis jugé contre ces règlements, et à l'égard des étrangers, qu'on a appréhendé de faire perdre à l'abbé de Giteaux si on rétablissait dans la maison l'étroite observance, on estime qu'avant quer de prendre aucune résolution sur ce premier moyen il serait à propos de s'éclaircir de ces doutes
avec M. l'Abbé de Prières, qui peut y donuer plus de lumière que personne.
Le second est très facile , très utile , et sans suite d'aucune affaire. Il est : i*" d'établir à Citeaux un prieur, un sous-prieur et un maître des novices de Tétroite observance ou de la commune, s'il s'y trouve des religieux propres à ce dessein, à la charge toutefois d*élever les novices selon les statuts dans la commune observance ; ^ d'insinuer à M. l'Abbé les noms de ces trois officiers, afin qu'il ait à leur damner ces emplois ; ce que Sa Majesté, en cas de refus peu* eux, pourrait autoriser par un ordre particulier à ces religieux de les accepter; 3* après qu'ils y seront établis, demander à M. l'Abbé d'envoyer au moins une vingtaine de religieux de son abbaye, des moins exacts dans la règle , et un plus grand nombre s'il le faut , dans d'autres maisons de son ordre, avec injonction à eux de satisfaire à leur obédience sans remise ni difficulté ; 4'' de faire ce choix avec la participati(Hi et par l'avis de ces trois officiers ou de deux d'entre eux en l'absence de l'autre, de l'avis desquels il remplira le même nombre de bons religieux de l'étroite observance ou de la commune, s'il s'en trouve d'assez capables.
Ce moyen ne doit pas déplaire à M. l'Abbé qui, dans l'état où sont les choses, a non seulement besoin du secours de l'autorité de Sa Majesté, mais encore d'être rassuré dans ses craintes par la décharge qu'il lui procurerait envers ceux qu'il appréhende, en rejetant sur d'autres la cause de leur éloignement. Et, parce qu'en rétablissant la discipline et les mœurs dans Citeaux il est bon de prendre aussi des mesures pour faire le même bien aux autres maisons du même ordre dans l'occurrence des affaires pour toutes lesquelles un solitaire qui n'a jamais rien vu se trouve bien empêché , quelque zélé qu'il soit et quelque pures que soient ses mœurs, il semble que ces mêmes officiers lui seraient très utiles et très nécessaires pour son Conseil durant quelques années , jusqu'à ce que le temps et les choses lui eussent donné autant de lumière et de force qu'il lui en faut pour la conduite d'un très grand ordre.
Le troisième moyen est eiioore plus facile que les deux premiei-s, mais on doute que le fruit en puisse être si grand : c'est de laisser pourvoir par M. TAbbé de Citeaux à tous les désordres de sa maison et de se contenter d'appuyer de l'autorité de Sa Majesté ce qu'il fera de bien et les ordres qu'il donnera aux religieux qu'il voudra éloigner. L'inconvénient qu'il peut y avoir à le laisser faire, c'est que cet abbé n'est ni ferme, ni fort éclairé, ni beaucoup estimé parmi ses religieux. U a du zèle et de la vertu, mais il manque de force, de bon conseil et de résolution. Cependant il faut travailler fortement, et il est à craindre que produisant peu de lui même, il ne puisse exécuter avec succès ce qu'on lui conseillera de bon s'il y a de la suite dans l'exécution , ou plutôt que n'ayant pas autant de connaissance qu'un homme qui a de l'étude et qui s'est appliqué aux aflfaires en peut avoir, il ne prenne dans les rencontres plutôt le mauvais parti que le bon.
Mais il serait encore à souhaiter pour le bonheur de cet ordre et de la religion même, qu'il plût à l'avenir à Sa Majesté, lors de la vacance de l'abbaye de Citeaux, de jeter les yeux sur un sujet très capable pour remplir dignement cette place importante et do le faille élire par les religieux à la forme ordinaire ; parce que l'élection ne se faisant presque que par cabale, et les religieux s'attachant toujoui^s à élire un profès de la maison quelque stérile qu'elle soit en bons sujets, les plus dignes par ce moyeu sont exclus de cette dignité, et ce grand ordre qui devrait èti*e conduit par un homme habile dans les affaires du cloître et propre à celles du monde , se trouve souvent gouverné par un chef à peine capable du gouvernement de lui-même.
BRULART
BRULART A CHATEAUNEUF
Les procureurs abandonnent de nouveau leurs fonctions à cause des taies^
puis semblent vouloir se soumettre.
Dijon, It* 20 avril 1673.
Peut-être qu'on aura déjà eu avis à la Cour de Ja cessation des audiences de ce Parlement depuis quatre jours, par le fait des procureurs qui auraient abandonné leurs fonctions, à cause des taxes qui leur ont été signifiées et de la crainte que le traitant ne prétendit qu'ils auraient encouru les peines portées par les déclaration et arrêt du Conseil, à faute de paiement, outre lesquelles il y a interdiction et amende. Mais le Parlement ayant jugé que leur appréhension était vaine , puisque ces peines ne peuvent avoir lieu qu'après le mois qui leur a été accordé pour payer, lequel ne doit finir qu'avec celui où nous sommes , il a formé arrêt pour leur ordonner de reprendre l'exercice de leurs charges, ce qu'ils ont aujourd'hui résolu dans leur communauté de faire ; de sorte, Monsieur , que si on parle de cette cessation devant le Roi, vous pouvez assurer que les choses vont se remettre dans leiu* train ordinaire, où elles demeureront au moins jusqu'au 1*' du mois prochain. Mais si cette affaire ne s'accommode pas auparavant, nous serons alors obligés de quitter, sans pouvoir mettre ordre à cette cessation. Je me remets à vous. Monsieur, de voir si vous devez donner avis à Sa Majesté de ce prochain désordre^ et après m'ètre donné l'honneur de vous dire ce que j(; prévois, je me contenterai de vous assurer qu'on ne peut être avec plus de respect ui de chaleur que je suis, Monsieur, votre etc.
BRULART