‹ Choix de lettres inédites, écrites (volume 2)Chapitre 76 sur 131 · BRULART A LOUVOIS · texte numérisé non relu

BRULART A LOUVOIS

Compte-reodu de la même affaire; conflit du Premier Président avec le maire au sujet des mesures de défense; dédain affecté de Brulart pour les attributions de la Commune; danger de soulever des questions de prérogative dans les cas d'alarme.

Uijuii, le . . . juin 1673.

Monsieur,

Je ne vous dis rien de la terrible épouvante qu'on a eue dans rette ville ensuite du péril auquel on lui a fait entendre qu'elle était ejqKwée par la marche et l'approche du duc de Lorraine qui, joint avec les troupes qui sont présentement en la Franche- Comté, ferait un corps de près de vinjçt mille hommes qui avaient dessein de la piller et la pouvoir forcer à moins qu'on n'y appoilàt de grandes précautions, parce que je crois, Monsieur , que vous êtes averti de tout. Je me contenterai de vous dire que le désordre et la frayeur y ont été étranges, et que beaucoup de gens de qualité et d'exemple ont déjà pris la fuite, particulièrement les femmes ; que beaucoup ont retiré leurs meubles et effets. Cela m'obligea à me rendre ici en diligence de la campagne où j'étais, et y ayant reconnu tous les esprits saisis de la peur qu'on leui* avait donnée, je fus hier en diligence auprès de M. de Navailles à Auxonne, pour concerter avec lui le moyen de guérir tout le monde, avant de quitter la province d'où il part demain pour aller du côté de Nancy, et retournai le même soir ici, où le courrier que j'y envoyai avant mon arrivée pour assurer par avance qu'il n'y avait rien à craindre, calma presque tout; de sorte qu'à mon retour je trouvai une grande tranquillité, et une jnfinité de gens qui devaient partir aujourdliui ont changé de résolution. Vous pouvez donc compter, Monsieur, que tout est ici calme et tranquille. Je tiendrai la main de tout mon pouvoir à' ce que les choses s'y maintiennent dans cet état. Mais je suis obligé de vous dire que le maire , qui n'est plus qu'un simple

bonrueols et, de «'onséquont. de trè^ peu d^autorité dans cette ville, très forte en pri vil épriés, n'en usp pa<i comme il doit. Le Roi a fait des règlements par lesquels le Premier Président, en Tabftenee du lieutenant de Roi, doit commander, et ce commandement n'est proprement qu'une communication de toutes chos**? avec le maire pour aprfr de concert eu tout ce dont Texérution lui est confiée. Cependant il ne se conduit pas en cela comme il devrait. Il est, dit-il, le chef des armes dans la ville, et a autorité Rurle Parlement de qui il est subalterne en toutes choses. Ton? les échevins et oflieier> de guerre dans la ville sont les plus simples bourgeois, sans considération, d'où vient que ceux mêmes qui sont naturellement au-dessus de ces gens-là ne leur obéissent que très mal. L'usage est que, dans les choses importantes, le maire ne fasse rien de son mouvement, mais toujours de concert avec le Parlement ou avec le Premier Président, qui le mande pour lui faire entendre ce qu'il doit faire. Quand les choses vont autremeut tout <?st en désordre ; on commande de toutes parts et rien ue s'exécute. Comme il peut arriver dans les conjonctures présentes des occasions où toutes les bonnes résolutions dépendront de la bonne intelligence, il est très à propos de l'établir. Je me suis expliqué qu'en ces rencontres je quitterai volontiers tous mes droits, pourvu que le service se fasse ; mais assurément on a besoin, Monsieur, que vous fassiez savoir sur cela les intentions de Sa Majesté pour nous unir davantage i)0ur le soin de son service. Je ne regarde en cela mou poste qu'autant qu'il lui sera utile par la considération qu'on en a, parce que au surplus, je ne trouve rien d'agréalile ni de bien avantageux pour moi à commander à une populace sans ordre, sans règle, sans discipline, et, très souvent, sans raison. Mais tout ce qui va et ira à faire paraître mon zèle et ma fidélité pour plaire au Roi et pour le bien de son service sera mon ambition. C'est l'assurance que je vous donne et que je suis très véritablement. Monsieur, votre etc.

BRULA HT

CCCLXVIII

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