BRULART AU DUC D'ENGHIEN
Sor le même sojei; mesures prises par lui et M. de Navailles pour la défense de la fille; autres résistances du maire; Tinvasion de la Bourgogne semble être une di?ertioo pr^rée pour empêcher Tattaque par le Roi des forteresses des Espagnols en Flandre ; des coureurs ennemis se sont présentés aia portes d'Auxonne.
Dijon, le 11 juin 1673.
Monseigneur,
M. de Navailles vint hier ici où j*cus assez de peiiie de le
faire consentir à recevoir la députation que le Parlement lui fit de deux conseillers, s'excusant sur le respect qu'il avait pour Votre Altesse dans l^e gouvernement de laquelle il me dit qu'il ne voulait être regardé que comme un néant. Je fis avec lui le tour de la ville dont il trouva les murailles fort à son gré, à la réserve de quelques brèches qu'on réparc et de quelques bastions qui n'en sont pas encore assez détachés. U régla ensuite la garde , trouvant celle de plus de huit cents hommes , qu'on faisait, trop grande et trop fatigante, et fit une ordonnance pour la réduire à lordinairo, sans y comprendre les privilégiés, attendu que le péril n'était pas imminent; de sorte qu'elle ne sera désormais que de deux cents hommes seulement. Il fit entendre à tout le monde que cette garde n'était qu'une précaution pour empêcher qu'on ne formât aucun dessein d'insulter hi ville ; qu'il se rendrait de deçà avec un corps sur le premier avis qu'on lui donnerait des courses qui s'y pourraient faire, et il y a établi un hommo intelligent, comme une espèce de major, pour donner ses conseils touchant la garde et discipliner un peu les bourgeois. Le maire, dans ce commencement, s'est conduit à l'égard du Parlement d'une manière que M. de Navailles n'approuva pas; car la Compagnie ayant député quelques-uns en Corps pour veiller et pourvoir à la sûreté pubUque, le maire fut mandé au Palais pai* un huissier, qui est la forme réglée par le Roi, même quand on
renverrait qucrii*, ce à quoi il refusa d'obtempérer sur ce qu'on ne l'avertissait pas par un greliier. On lui envoya sur-le-champ Tarrèt de règlement rendu coutradictoirement au Conseil d'en haut en 1654 sur ce sujet; mais il continua à ne vouloir point obéir. Pendant que j'étais à Auxonne, ces députés avec M. l'Intendant firent arrêt par lequel ils ordonnèrent au maire de faire faire la garde comme en péril émiueut, et eu rendirent encore un autre portant défense à tous chefs de famille de sortir de la ville à peine de trois mille livres d'amende. Le premier lui fut signifié et il l'exécuta , et pour le second, il refusa de donner un trompetti» pour en fair<» la publication ; mais aussitôt il fit une ordonnance contenant les mêmes défenses à peine du pillage des maisoa*?, ce qui ayant été trouvé d'une dangereuse conséquence, il adoucit cette peine, et il a depuis fait imprimer une ordonnance pour la garde et les rendez -vous, sans la pailicipation des privilégiés qui sont tous mal content** de cette nouveauté : l'ordi'e a été do tout temps de faire ces sortes de choses de concert avec eux. En mon particulier, Monseigneur, je suis assez empêché sur quelle conduite je dois tenir ici. Le maire y est, dit-il, chef de.s armes, et je ne le dispute pas ; mais comme il a des supérieurs, et que Sa Majesté a fait des règlements par lesquels le Premier Président doit commander on absence de MM. les gouverneur et lieutenant de Roi, et que le maire ne veut point s'y soumettn*, je n'ai presque point de fonctions ici, dans un temps où la vigilance et l'autorité sont plus nécessaires que jamais pour pourvoir plus exactement à toutes choses. C'est mon seul devoir qui m'y retient ; mais comme je n'y puis être beaucoup utile au service, si je n'y suis reconnu davantage, je souhaiterais qu'il plût au Roi ou de me faire reconnaître , ou de me décharger de ce commandement, que je n'envie ni ne souhaite, sur des bourgeois sans règle et sans discipline, et que je ne puis désirer, qu'en tant que j'y pourrai être utile au service de Sa Majesté. C'est ce qui m'a fait proposer et résoudre un arrêt pour inviter M. d'Amanzé à venir faire sa charge, et M. de Navailles, à ma prière, lui écrivit aussi hier une lettre pressante pour se rendre
on cette villo. Au surplus, Mouseigueur, les esprits commcnrcut à se rassurer, et j'espère de rendre duus peu les gens persuadés (îu*ils n'ont rien à craindre dans cette ville pour peu qu'ils prennent de précautions à se garder. Il ne sera pas assurément de même pour la campagne qui, étant présentement ouverte par la démolition qu'on a faite des places , sera fort exposée si nous avoas la guerre avec nos voisins qui commencent à reconnaître tous les jours les gués de la Saône et la frontière ; ce qui achève de nous persnadeT que si le lloi attaque une place d'Espagne, les troupes espagnoles qui sont présentement dans la Franehefîomté, au nombre de cinq mille honmies effectifs et qui en attendent huit mille autres, couvriront incontinent notre campagne par de fréquents pailis. C'est pour cela que nous attendons avec beaucoup d'impatience ce -qui se fera en Flandre pour donner oindre, s'il est besoin, de garder les châteaux et maisons fortes. J'ai vu les fortifications d'Auxonne qui s'avancent et seront très belles; mais j'ai peine à croire qu'elles puissent être achevées avant la fin de la campagne, quoi que dise M. d'Apremont, et bien qu'il y ait seize cents ouvriers qui y travaillent. J'y ai vu une brèche faite par une mine dans un bastion du Comté, dans laquelle il peut passer vingt-cinq à trente hommes de front. Cela î?era long à réparer ; mais on l'ait au-dessus de fortes palissades défendues par trois pièces de canon. Cependant il n'y a que cette paHssade à passer pour être à la porte de la ville. Trois ou quatre cavaliers s'en approchèrent la nuit d'avant-hier ; la sentinelle tira dessus et les fît retirer. Voilà , Monseigneur, le compte que j'm été bien aise de vous rendre de tout ce qui s'est passé ici depuis quelques jours; je n'y ajoute que l'assurance de mes profonds respects, et que je suis plus qu'il ne m'est possible de vous le dire. Monseigneur, de Votre Altesse, le etc.
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