VÉNÉRABLE PÈRE
J*ai remis la lettre que vous m'avez adressée de M. le Premier Président entre les mains de notre novice Dom Antoine, qui avait reçu la précédente trois ou quatre jours auparavant. Il m'a fait voir Tune et Tautre, et j*y ai trouvé ce que vous m'avez marqué : la première, particulièrement, était toute pleine d'esprit; et il ne faut pas s'en étonner, puisque ledit seigneur Président avait entrepris d'y faire voir la force, les avantages, les différents états et les décadences mêmes de l'esprit. Tout ce dont j'aurais à me plaindre de lui, c'est qu'il traite im peu mal en cette rencontre notre manière de vie, dans laquelle il semble qu'il veuille prouver qu'un esprit bien fait ne peut subsister sans y souffrir de grandes altérations ; il eu pai'le eu philosophe. Quoi qu'il eu soit^ cette lettre n'a eu aucun effet sur l'esprit de notre novice, qui étant bien fait, et fondant sa vocation sur la grâce de Dieu et non pas sur les raisonnements humains auxquels il faut renoncer quand il est question de suivre la voix de Dieu qui nous appelle, se confirme d'autant plus dans sa sainte résolution qu'il y troilve plus d'opposition de la part des honmies. C'est dans cette vue qu'il s'en veut séparer entièrement, et qu'il me prie de lui servir d'entremetteur pour faire ses excuses à Monseigneur le Président de Dijon du silence qu'il veut garder dorénavant. Et comme je n'ai pas l'honneur d'être particulièrement connu de lui, je m'adresse à vous pour le prier de sa part de ne pas trouver mauvais s'il ne lui écrit pas une seconde fois, ce qu'il n'aura pas de peine sans doute à lui accorder quand il saura qu'il a refusé de
voir Madame sa mère la seconde fois qu'elle est venue pour lui rendre visite. Je tâcherai de lui faire entendre moi-même, si j*ai le bien de le voir en mon passage, comme vous le faites espérer, mon vénérable Père, à votre très humble et très obéissant serviteur et fils en J.-C.
FRÈRE L. HINSELLN , chartreux indigm.
CCCLXXZV
BRULART A CHATEAUNEUF
Touchant l'état de sei pensions anciennes et nonvelles.
Dijon, k iK féTiirr lê77.
MONSlEUn ,
Je n'ai point obtenu ni demandé d'augmentation de pension depuis que je suis dans ma charge. Je me serais bien contenté qu'on m'eût bien payé celles qui me furent accordées lorsque j'y entrai. Je vous envoie, Monsieur, copie des lettres qui m'en furent expédiées on ce temps-là par Monsieur votre père. J'en ai été payé quelques années par le receveur général de cette province, et ensuite par le payeur de nos gages ; mais depuis que le Roi a voulu que toutes les pensions fussent payées au trésor royal , j'ai suivi la loi générale, et, outre cela, j'ai été réduit comme les autres Premiers Présidents à quatre mille cinq cents livres au lieu des huit mille livres portées par mes lettres pour mes deux pensions, Tune de deux mille livres et l'autre de six mille. Je n'ai pas même encore demandé le rétablissement que j'aurais droit de prétendre de celle de deux mille. Voilà tout l'éclaircissement que je puis vous donner pour répondre à ce que vous désirez de moi, qui voudrais bien pouvoir vous donner des marques de mon respect et vous pouvoir témoigner que je suis véritablement, Monsieur, votre etc.
BRULART
CCCLXiXXVI
CHATEAUNEUF A BRULART
Il lui demande compte du retard apporté ï la réception d'un tnilly d'épée^ nommé
ï Bourbon Lancy.
(Atndéy le 11 mai 1677.
Monsieur ,
J'ai été informé qu'encore qu'un gentilhomme qui a été pourvu par le Roi de la charge de bailly de Bourbon-Lancy, sur la démission de M. le comte d'Amanzé, se soit présenté par deux fois au Parlement de Dijon, et principalement à vous, pour être reçu en ladite charge, néanmoins vous Tavez toujours renvoyé, bien qu'il ait toutes les qualités nécessaires pour remplir cette place. Et comme on m'a fait entendre que ce refus procède de Tanimosité que vous avez contre M. d'Amanzé, j*ai voiUu vous faire ces lignes pour vous dire qu'il est de votre prudence de n'apporter pas davantage de retardement à la réception de ce gentilhomme s'il a toutes les qualités requises, afin d'empêcher qu'on en porte plainte au Roi, qui donnerait assurément des ordres pour sa réception, ce qui vous serait désagréable; dont j'ai cru vous devoir donner avis afin que vous les préveniez , vous assurant que je suis parfaitement, Monsieur, votre etc.
CHATEAUNEUF
— îHè^ —
EiTLisrr A ŒAiïJLrvEUF-
lÂTsitKJK ri. iaixs [^ ioia «:ap<£ii «{Bie l'm d^ ÏYkammfUT
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de ma .'biT'Jir . 'ri-^ ;: :ii>.i 'rTir-U"? :on: i fil: izdiicii'» >i ;>tdi5
Roi 1 îi vne •i'e 'u^ar I-* ni«>ade diiL- uae zoa*:tLOii 'Ttii ni\i ohtîc*?. pi^or rvviier iv»?v; cuei'^u.e '?L:':r»r"i :jiiî d'inter»*r> 'ii!?«?rvnt5 d»? ?*?* sujet* de :'jLLCes L'ooditioa"?, de me ''orLservrjr îoq jours son* "hilear iTi niLiiea de-? mouvement:^ de Leur* pa5cii»>n5. Je -eniL* même plof uidi-zne de moa emploi r-t pLus coupah^ie cru un latre. *i aTant oocma. vipcv> tdnt de preuves et de travail, la aé»*e55ite qn'% on jnse de zard^»r toajoor* ?oii san«-Éroîd, favai< oabîi^-
tout d'un coup cette principale maxime et les leçons que m'en ont fait mes pères. Je sais bien qu'on écoute, sous un grand Roi qui aime la justice, ceux qui se plaignent ; mais personne aussi n'ignore que Sa Majesté ne protège ceux qui la servent dans les premières charges ; qu elle n'ajoute pas foi d'abord aux plaintes sans aucune preuve, et qu'on ne s'en doive défier quand elles sont faites contre des juges, parce que la passion domine d'ordinaire les parties qui se plaignent et qu'il est rare que l'animosité entre dans les sentiments de ceux-ci, particulièrement quand ce sont de premiers magistrats préposés pour servir d'exemple aux autres , et exposés dans toutes leurs actions aux yeux du public, à qui on peut dire qu'ils en sont comptables. Voilà, Monsieur, ce que je pense qui, aussi bien que la conduite que j'ai tenue toute ma vie, compose ma justification en général. Je n'en serais pas toutefois content si vous ne l'êtes vous-même ; car je n'ai guère moins d'envie de vous satisfaire sur cela par rapport à vous, Monsieur, comme parent, que par celui que j'y ai pour ma charge.
Pour le particulier de la chose , j'ai su des juges qu'ils n'ont trouvé dans le sieur de Ramilly aucune des qualités requises par l'ordonnance de Blols, où l'article 63 porte : « qu'étant nécessah*e que les charges de baillys et sénéchaux soient données à des personnes de respect, aucun ne sera reçu qu'il ne soit gentilhomme de nom et d'armes , c'est-à-dire des plus notables seigneurs des provinces, suivant l'ailicle 64, et qu'il n'ait commandé dans des compagnies d'ordonnance ; )) mais que le sieur de Ramilly est à peine gentilhomme ; qu'il ne leur avait point fait voir qu'il eût jamais commandé ni servi; que d'ailleurs il n'a aucun bien; que manquant, enfin, de tout ce qui peut attirer la considération et le respect de la noblesse, il n'était pas en état de la commander ; qu'ils n'ont pas douté que Sa Majesté n'eût sur cela la même volonté que les rois ses prédécesseurs, puisqu'elle n'a donné jusqu'à cette heure ces sortes de charges qu'à des gentilshommes de la haute noblesse , ce qui est connu en cette province par ceux qui les y possèdent, qui sont : MM. de Tavan-
nés , de Goligny, d'Uxelles , de Guytaut , de Toulongeon ; qu'ils avaient même appris qu'au nommé M. du Senouil, gentilhomme du Lyonnais^ qui a plus de quinze mille livres de rente, ayant été reçu en la charge de sénéchal de Lyon, Sa Majesté Tavait obligé depuis peud'en donner sa démission sur ce qu'il n'avait point servi, et eu avait pourvu M. le marquis de Varennes , qui en jouit actuellement. Je ne fais ici. Monsieur, que vous rapporter le motif de leur arrêt ; peut-être après cela le trouverez-vous assez favorable pour le sieur de Ramilly, puisqu'il ne l'oblige qu'à représenter le certificat de ses services. La seule chose qui est de moi , c'est que s'étant de nouveau présenté pour être reçu sans avoir satisfit à cet arrêt , je lui répondis qu'encore qu*il soit conçu dans les propres termes de l'oixlonuance, la Compagnie pourrait l'interpréter en la faveur des services qu'il aurait rendus dans la cavalerie ou dans l'infanterie , saus s'attacher aux termes de la gendarmerie des ordonnances du Roi , qui sont ceux dont l'ordonnance s'est servie, parce que depuis ce temps-là il y a plus de chevaux et moins de gendarmes. Je Tinvitai même de faire quelques campagnes; mais il se retira et je n'en avais pas ouï parier depuis.
Quant à M. d'Amanzé, je u'ai point su qu'il eût aucun intérêt en tout ceci. Je me serais abstenu de ce dernier acte, comme étant mon parent. C'est une (»harge non vénale dont il s'est démis. Au sui'plus, je n'ai aucun démêlé avec lui ; nos présidents y eu ont eu, mais non pas moi, sinon il y a huit ou dix ans, pour notre marche aux Etats. Tout fut réglé en cette renconti'e à ma satisfaction. Monsieur votre père, qui m'a toujours aimé et considéré, avant même que j'eusse l'honneur d'être dans son alliance, vous le pourra dire. Enliu, nous avons été bous amis depuis, M. d'Amanzé et moi. A présent il est dans un âge qui le met hors de tout commerce. Il ne me reste. Monsieur, qu'à vous supplier de ne douter jamais de rien à mon préjudice , sans m'avoir donné le temps de vous informer de ma conduite , d'avoir quelque bon sentiment d'un homme qui vous honore , qui n'a jamais eu d'autre application qu'à son devoir, qui aime llion-
neur et Testime et qui, jaloux de votre amitié, ne fera assurément jamais rien qui vous puisse tenir en suspens, s'il mérite que vous le croyiez autant qu'il est, Monsieur, votre etc.
BRULART
CCCLXXXVIII