‹ Choix de lettres inédites écritesChapitre 20 sur 55 · BRULART AU MÊME · texte numérisé non relu

BRULART AU MÊME

Condoléances au sujet de la mort de l'avocat général Qiiarré.

Pézénas, le 7 avril.

Monsieur , Mon attachement à vos intérêts et à ceux de votre maison persuade assez que je suis sensiblement touché de la perte que vous avez faite de M. l'avocat général; mais rien ne vous saurait bien faire connaître toute la douleur que j'en ressens, à moins que vous considériez l'étroite liaison d'amitié et d'alliance qui était entre nous deux. Le plaisir que j'ai eu de la posséder est donc maintenant changé en amertume cruelle et je suis certain que, quelqu'union qu'il y ait en votre maison, je ne le dois ni le peux céder à aucun d'eux en regret et en ressentiment de cette funeste mort. Je me satisfais en vous disant mon affliction, sachant que la vôtre ne peut être qu'extrême , quoique vous n'ayez pas manqué de temps pour vous y résoudre. Je vous prie, Monsieur, que l'amitié qui était entre lui et moi ne finisse point en sa personne. Vous pouvez de votre part en fortifier la vôtre à mon endroit, et je vous proteste que de mon côté vous vous apercevrez d'un nouveau zèle pour vos intérêts et d'une plus grande passion que jamais d'être toute ma vie, Monsieur,

votre etc.

BRULART

BRULART A LE TELLIER

Il demande à transférer sa résidence dans le Maine.

Perpignan, le 22 mars 16ï9,

Monsieur , Il ne se peut rien de plus ajouter aux bons et continuels offices que vous me faites la grâce de me rendre, qu'à la parfaite reconnaissance que j'en conserve. Je sais de quelle manière vous

m'avez procuré Pézénas et je suis si sensible à cette obligation que je ne voudrais pas à cette heure n'avoir point été exilé, puisque ce malheur m'a fait trouver en vous une utile et puissante protection, qui, étant suivie d'un ressentiment aussi entier qu'est le mien, ne saurait que m'être encore plus avantageux par l'espérance que vous ne refuserez pas de la continuer à un homme que vous avez si absolument acquis. Son Eminence , par sa réponse à la lettre que vous avez eu la bonté de lui rendre , me fait l'honneur de me témoigner de la bonne volonté, et elle ajoute que l'état des affaires ne permet pas que j'aille encore en Bourgogne. Je serais fâché, dans ma passion de procurer le bien de celles du Roi , de rien proposer qui leur fût nuisible ; mais comme je crois que mon séjour à Laval, au pays du Maine, beaucoup plus loin de Dijon que n'est Pézénas ni même Perpignan, sera assez indifférent à la Cour dans la conjoncture présente , je prends la liberté , Monsieur, de vous importuner de cette nouvelle grâce que je demande aussi à Son Eminence, en la remerciant du changement de mon exil. Je peux espérer qu'elle ne me la refusera pas par votre intercession, et que ressentant de si grands regrets d'être exclu de servir utilement le Roi dans l'embarras où nous sommes, elle voudra bien, pour ma consolation, me permettre de songer, durant mon infortune, à mes affaires particulières et domestiques , en attendant que l'état des choses permette mon rétablissement pour me donner de nouveau et tout entier aux intérêts de Sa Majesté. C'est ce que je vous supplie instamment de faire valoir, et de croire qu'on ne peut être plus que je suis , Monsieur, votre etc.

BRULART

LE TELLIER A BRULARÏ.

Réponse à la précédente.

Paris, le 10 avril 1659.

Monsieur ,

J'ai rendu en main propre de Son Eminence la lettre que vous m'avez adressée avec celle qu'il vous a plu de m'éerire le 22 du mois passé. Elle l'a lue en ma présence et il m'a semblé qu'elle était en bonne disposition pour ce que vous désirez. C'est ce que j'essaierai de cultiver par tous moyens; reposez-vous-en sur moi qui voudrais être propre à quelque chose de mieux pour vous témoigner que je suis , Monsieur, votre etc.

LE TELLIER

BRULART AU CARDINAL

Même sujet.

Perpignan, le 22 mars 1659.

Monseigneur ,

Les nouvelles grâces que j'ai reçues de Votre Eminence, tant par la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'éerire que par le changement de mon exil, étant de nouveaux engagements de ma part envers elle, je m'imagine qu'elle n'aura pas désagréable la liberté que je prends de lui en donner des assurances et de lui renouveler qu'il n'y a personne au inonde qui lui soit plus acquis que je le suis. Ma relégation, Monseigneur, m'a été véritablement sensible par l'appréhension où j'étais que la couleur dont mes ennemis se sont servis ne me rendit méconnaissable à Votre Eminence ; elle ne laissera pas de m'ètre extrêmement

dure tant que je me verrai hors d'état de pouvoir servir Sa Majesté et elle. C'est un déplaisir que je ressens encore plus vivement à cette heure qu'il me semble que mes services ne seraient peut-être pas inutiles au Roi dans la conjoncture des affaires de Bourgogne. Mais ce regret ne diminue rien de ma soumission à ses ordres, et ne pouvant me signaler pour lui dans ma mauvaise fortune que par ma parfaite obéissance, je tâche du moins de la faire connaître partout par ma conduite très respectueuse et très soumise.

Je laisse à Votre Eminence de juger quand il sera temps que je paraisse. Cependant je conserverai toujours dans mon cœur des sentiments véritablement fidèles dont elle recevra quand il lui plaira des marques plus éclatantes. Et comme ses grâces ne sauraient être épuisées, et que, parcelle qu'elle me vient défaire, je m'en vais à Pézénas achever de rétablir ma santé , je crois pouvoir espérer de la pure bonté de Votre Eminence qu'elle m'accordera (à présent que l'état des affaires ne permet pas encore que j'aille en Bourgogne) que je me retire en attendant au pays du Maine , éloigné de Dijon de plus de quarante lieues que n'est Pézénas. J'aurai l'honneur, Monseigneur, d'y être votre vassal et j'y vivrai avec les sentiments d'un homme qui vous doit fidélité et qui s'est donné à vous pour toute sa vie. C'est, Monseigneur, de Votre Eminence , le etc.

BRULART

LE CARDINAL A BRULART

Réponse à la précédente.

Paris, le 16 mai 1659.

Monsieur ,

J:ai reçu avec beaucoup de joie le remercîment que vous me faites, parce que je conserve toujours beaucoup d'amitié pour votre personne, et qu'aussi je vous ai toujours cru de mes amis.

quoiqu'il se soit passé quelque chose en ces dernières occurrences que j'aurais fort souhaité qui ne lut pas arrivée. Mais comme le temps est un grand remède aux maux les plus fâcheux, je ne désespère pas qu'il ne me donne lieu de pouvoir adoucir les vôtres , et vous pouvez faire état que je m'y appliquerai de la bonne sorte, étant avec une estime aussi particulière que je suis, Monsieur, votre etc.

Le Cardinal MAZARIN.

XGVI

LE ROI A BRULART

Il l'autorise a se rendre à Laval.

5 mai 1659.

Monsieur Brûla ut,

M'ayant été fait instance de votre part pour changer votre séjour de ma ville de Pézénas en celle de Laval, au Maine, proche une terre qui vous appartient et où vos affaires particulières requièrent votre présence, je vous fais cette lettre pour vous dire que c'est chose que j'agrée volontiers et que vous pouvez vous mettre en chemin quand bon vous semblera pour aller en ladite ville de Laval , où étant vous y demeurerez jusqu'à ce que vous y receviez autre ordre de ma part. Cependant je prierai Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulart, en sa sainte garde.

Ecrit à Paris le 5e joui' de mai 1659. Signé : LOUIS. Et plus bas : Phelypeaux.

BRULARÏ AU CARDINAL.

Rernerciments de son changement de résidence.

Pézénas, le 19 mai 1(559.

Monseigneur ,

La nouvelle grâce que me vient de faire Votre Emmenée , me permettant d'aller au pays du Maine mettre quelque ordre à me? affaires, ajoute tant aux obligations que je lui ai, que je ne me sens pas à présent moins obligé à elle de ma vie que de ma liberté. Votre Eminence a conservé l'une en me faisant respirer l'air de Pézénas, bien différent de celui du Rous sillon , et elle vient de commencer de me rendre l'autre en m'accordant de pouvoir aller en une de mes maisons. Permettez-moi encore, Monseigneur, de dire à Votre Eminence que, considérant ces grâces comme des effets de sa bonté, dont j'ai su d'ailleurs de bonne part qu'elle m'a honoré depuis mon malheur, je n'attends mon rétablissement et mon repos que d'elle-même, et par cette raison je n'ai pu me résoudre d'écouter ceux qui s'étaient offerts à moi pour se rendre mes intercesseurs auprès de Sa Majesté. Ce sentiment est si conforme à ce que je dois à Votre Eminence et à la protection qu'elle daigne me donner, que je la supplie instamment, en m 'avouant toujours pour être à elle, d'être aussi persuadée qu'on ne saurait être plus que je suis, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.

BRULARÏ.

BRULART AU CARDINAL

Il demande à être entendu et qu'on examine sa conduite.

Laval, le 17 juin 1659.

Monseigneur ,

Si j'ai eu de la joie d'avoir obtenu de Votre Eminence la permission de venir de Pézénas en cette ville pour mettre ordre à mes affaires particulières, j'ai été encore plus sensible à celle de recevoir dans ma marche une de ses lettres du 16 du mois dernier, qui m'apprend, dans les termes les plus doux et les plus charmants du monde, que Votre Eminence ne laisse pas, malgré mon malheur, de me croire toujours à elle et de me conserver môme une part dans l'honneur de ses bonnes grâces. J'avoue, Monseigneur, que mon éloignement depuis cette heureuse nouvelle ne m'est plus aussi rude ni aussi fâcheux qu'il était; car vous ayant toujours considéré, et particulièrement depuis ma promotion à la charge de Premier Président , comme le but de tous les respects et de tous les services que je suis capable de rendre , je n'avais pu trouver de trêve à ma douleur dans la crainte que cette vérité , qui m'est si importante , ne vous eût encore été cachée. Mais je ne saurais jamais être entièrement consolé que celle de ma conduite ne soit connue de Votre Eminence jusque dans les moindres circonstances. Mon rétablissement même, quand il arrivera, ne me réjouira que modérément si je n'apprends pour lors que Votre Eminence aura su avec quelle vigueur j'ai porté les intérêts du service du Roi et avec quelle fermeté je me suis opposé hautement et en pleines assemblées des Chambres à de certaines délibérations que je dis, plusieurs fois dès lors et en ma place, qui attireraient une partie des mêmes disgrâces dont elles ont été suivies. Je suis trop amoureux, Monseigneur, de la fidélité que je dois au Roi pour ne la

mettre pas devant ma propre liberté , et celle-ci me serait sans doute à charge si je la pouvais posséder avec le moindre reproche.

Je sollicite aussi Votre Eminence, avant toutes choses, de vouloir entrer dans la connaissance du détail de mes actions ; tout y est si public que je m'assure qu'à la réserve de ceux qui, pour se laver de leurs fautes , n'ont pas trouvé d'autres moyens que de m'imputer presque tout ce qu'ils ont fait de mal, Votre Eminence trouvera en tous les autres ma conduite pleinement justifiée. Le Parlement, après cinq mois d'interdiction, vient de se ressentir de votre clémence. Il y a encore plus longtemps que je souffre en diverses provinces du royaume, et je supplie Votre Eminence , à présent qu'elle a reçu de continuelles preuves de ma soumission dans mon infortune , de vouloir jeter les yeux avec attention sur ma vie passée pour reconnaître si les sentiments où je suis ne sont pas les mêmes où j'ai toujours été, et si cette ardeur qui m'anime pour le service de Sa Majesté et pour le vôtre a jamais cessé de m' animer et de me conduire en toutes occasions. Je demande donc tout à Votre Eminence, en la suppliant de m'accorder cette grâce, parce que je suis certain qu'elle ne me la saurait faire que je n'en obtienne ensuite un rétablissement qui me sera par cette voie d'autant plus avantageux que, Votre Eminence ayant reconnu mon fidèle et inviolable attachement, je peux espérer qu'elle me jugera plus digne de sa puissante protection, et que vous croirez que personne ne peut être plus que je suis, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.

BRULART

BRULART A FOUQUET

Il se plaint des termes de la déclaration du Roi qui ordonne le rétablissement

du Parlement.

Laval, le 29 juin 1659.

Monsieur ,

Encore que je ne jouisse pas de la grâce que le Roi a faite au Parlement de Dijon en lui accordant son rétablissement , je ne laisse pas de me croire obligé de vous en taire de très humbles remercîments comme d'une chose qui intéresse une Compagnie où j'ai la première place, et dont l'avantage, nonobstant que j'en sois excepté, m'est toujours en quelque façon communiqué. Je sais bien , Monsieur, qu'il y a encore beaucoup de «choses à faire de sa part pour rentrer dans son premier exercice et faire effacer cette flétrissure que je trouve marquée dans la déclaration qui lui vient d'être envoyée. Mais comme je ne saurais douter qu'elle ne s'aide de tout son pouvoir pour obtenir cette dernière grâce, j'ose vous prier, Monsieur, cela étant, de lui vouloir être favorable aussi bien qu'à moi dont les droites intentions vous peuvent être à présent mieux connues. Je suis certain au moins que vous n'en trouverez jamais d'autres en ma personne et je vous peux dire qu'elle est si remplie de respect pour vous, que je suis plus que je ne peux exprimer, Monsieur, votre etc.

BRULART

Monsieur

BRULART A LA VRILLIERE.

Même sujet.

Laval, le 29 juin 1659.

Les signalés offices que vous avez rendus au Parlement de Dijon dans son rétablissement que j'apprends qui lui vient d'être accordé, m'obligent en mon particulier de vous en rendre de très humbles grâces. Je sais bien, Monsieur, que j'en suis nommément excepté , et que cette même déclaration est remplie de plusieurs clauses un peu extraordinaires; mais comme la bonté du Roi, dont nous avons tous ressenti des effets , est toujours la même et que chacun est dans les sentiments qu'il peut désirer , je trouve que c'est beaucoup que la Compagnie soit présentement en état d'agir et de pouvoir espérer par ses poursuites l'achèvement des grâces dont le chemin commence de lui être ouvert. Je me persuade, en ce qui est de moi, que ma conduite sera à la fin reconnue, et j'ai dès à présent cette satisfaction de voir par les lettres de Son Emmenée qu'elle me conserve toujours beaucoup de part en ses bonnes grâces, qui sont deux choses que je considère plus que mon retour, suivant même que j'ai eu l'honneur de le lui écrire. Je m'imagine donc qu'il commence aussi d'y avoir pour cela quelques bonnes dispositions, et je me flatte de croire que bientôt la Cour ne regardera plus mon exil comme une punition, mais qu'étant bien informée de ce que j'ai fait pour le service dans les dernières occasions , sa colère se changera en des témoignages de satisfaction. Vous y pouvez , Monsieur, beaucoup contribuer par la continuation de votre protection que je vous demande et que j'ose espérer après les marques que vous m'en avez déjà données ; c'est la prière que vous fait celui de tous les hommes qui est le plus, Monsieur, votre etc.

BRULART

BHULAHÏ A LE TELLIEK.

II proteste de nouveau de sa résistance, comme chef, aux actes reprochés

à sa Compagnie.

Laval, le 29 juin 1659.

Monsieur ,

Je trouve partout de nouveaux sujets de remerciments. En partant de Pézénas je vous rendis des actions de grâces de la liberté que vous m'aviez procurée de me retirer en cette ville, et en y arrivant je vous en rends de nouvelles pour un sujet qui commence de réjouir la province de Bourgogne. Je parle, Monsieur, du rétablissement du Parlement où vous avez beaucoup contribué et duquel je n'ai guère moins de joie que si j'étais rappelé avec lui à l'exercice de ma charge. Ce n'est pas que je n'aie été surpris de lire les clauses qui sont dans la déclaration ; mais comme elles sont rudes et extraordinaires, je ne doute point que la Compagnie, qui est à présent en état d'agir, ne s'aide de son côté autant qu'elle pourra et que la bonté du Roi, qui ne saurait être que grande pour des sujets et officiers bien intentionnés, ne leur accorde enfin l'exercice de leurs charges sans leur laisser aucune marque de sa colère. C'est ce que je souhaite avec une extrême passion; et, en ce qui me concerne, que le temps fasse bientôt connaître que je ne pouvais faire que ce que j'ai fait, et que je me suis même opposé de toutes mes forces à ces délibérations qui ont si fort déplu. Je vous en rendis compte dans le temps, et c'est une vérité qui ne saurait être toujours altérée, parce qu'il y a trop de témoins de ma conduite ; tout ce que je désire aussi le plus est qu'elle soit parfaitement connue , mon retour ne m'étant rien au prix de mon honneur et de mon devoir, dont les cloutes me seraient pires que l'exil. Je vous supplie donc, Monsieur, en me continuant les grâces que vous m'avez

faites si généreusement, de m'être toujours favorable dans la

rencontre et de croire que je serai toute ma vie avec respect et

ressentiment, Monsieur, votre etc.

BRULART

LE TELLIER A BRULART

Il lui promet de travailler à son rétablissement.

Fontainebleau, le 18 juillet 1659.

Monsieur,

Je crois qu'il est inutile que je vous fasse de nouvelles protestations de vous servir dans ce qui touche votre retour à Dijon et votre rétablissement dans votre charge, me flattant assez pour croire que vous êtes persuadé que je n'omettrai rien pour l'une et l'autre fin de ce qui dépendra de moi, à mesure que j'en aurai le moyen et les occasions. En tout cas je vous proteste, Monsieur, d'y veiller aussi soigneusement que si c'était mon affaire propre et que cela n'empêchera pas que je ne contribue aussi de mon peu de pouvoir à tout ce qui regardera la satisfaction et les avantages de votre Compagnie, étant comme je suis avec une véritable passion, Monsieur, votre etc.

LE TELLIER

Monsieur

cm

FOUQUET A BRULART

Il lui fait la même promesse.

Paris, le 23 juillet 1659.

Sans les continuels voyages qu'il m'a fallu faire depuis que la Cour est à Fontainebleau, j'aurais plus tôt répondu à la lettre qu'il vous a plu de m'écrire; mais je n'ai pas laissé de témoigner

à plusieurs de vos amis combien je serais aise de vous pouvoir rendre mes services. M. de La Vrillière , M. d'Autun et M. de Chalon m'en ont parlé entre autres avec toutes sortes d'affection, et vous ne devez point douter que votre considération et la leur ne puissent toutes choses sur moi. C'est ce que je tâcherai de vous confirmer par des effets aux premières occasions qui s'en présenteront, et que je suis véritablement, Monsieur, votre etc.

FOUQUET

BRULART AU CARDINAL

Remerciments de l'accueil fait aux députés du Parlement et des Etats, venus près de lui pour demander son rétablissement.

Laval, le 24 août 1659.

Monseigneur ,

La réponse qu'il a plu à Votre Eminence de faire en ma faveur aux députés du Parlement et à ceux des Etats de Bourgogne est une des plus grandes grâces que je'pouvais espérer dans ma meilleure fortune, parce que toutes mes pensées ayant toujours été tournées à vous servir et à vous plaire, Votre Eminence ne pouvait rien dire de plus obligeant pour moi qu'en répondant aux uns et aux autres qu'elle m'honorait de son affection. Je vous en remercie aussi , Monseigneur, comme d'un bienfait que je tiens précieux et qui peut infiniment pour mon repos. Mais il n'y a pas moyen de rendre des grâces à Votre Eminence sans lui en demander de nouvelles. Elle me permit, il y a quatre mois , de venir en ce lieu pour mes affaires particulières ; je la supplie, à présent que je les ai achevées , d'avoir agréable que j'aille terminer à Paris celles que j'y ai de famille, qui y demandent ma présence il y a plus de deux années, et pour lesquelles je demandai congé à Votre Eminence il y a neuf mois à Dijon ,

avant les désordres qui y sont arrivés. Je vous renouvelle, Monseigneur, les assurances de ma fidélité et de mon obéissance sur cette demande pour toutes les choses qu'il vous plaira me commander, et vous proteste que je serai inviolablement jusqu'à la mort, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.

BRULART

BRULART A LE TELLIER

Il demande l'autorisation de se rendre à Paris.

Laval, le 24 août 1659.

Toutes les grâces que j'ai reçues depuis mon éloignement m'ayant été faites par vos mains et procurées par votre bonté, dont je conserve une reconnaissance qui ne finira jamais, m'ont ouvert le chemin pour m'adresser à vous afin d'en obtenir de nouvelles. Je vous supplie donc, Monsieur, d'avoir agréable d'appuyer la demande que je fais à présent de pouvoir aller à Paris mettre quelque ordre à des affaires de famille qui me sont importantes, et de vouloir encore assurer que si on me l'accorde et que je sois assez heureux pour y en rencontrer de Sa Majesté où mon service soit utile, je m'y emploierai avec toute sorte de zèle et de fidélité. Je donne les mêmes assurances à Son Eminence par la lettre que je prends la liberté de vous adresser pour elle. Enfin j'espère tout de votre protection et vous prie de croire que je serai toute ma vie avec les derniers respects, Monsieur, votre etc.

BRULART

LE CARDINAL A BRULART

Il lui promet sa médiation pour obtenir du Roi qu'il aille a Paris, et lui annonce qu'il est autorisé à venir joindre la Cour à Bordeaux.

Saiut-Jean-de-Luz , le 22 septembre 1659.

Monsieur ,

J'ai eu beaucoup de déplaisir de votre disgrâce; j'ai fait ce que j'ai pu pour l'adoucir en vous procurant la liberté d'aller à Laval et je m'emploierais encore très volontiers auprès du Roi pour vous faire obtenir celle d'aller à Paris , si quelques raisons dont je ne puis pas encore m'expliquer ne s'y opposaient; mais vous pourrez venir à la Cour où je concerterai avec vous-même ce qu'il y aura à faire pour votre satisfaction et je vous témoignerai que je suis parfaitement, Monsieur, votre etc.

Le Cardinal MAZAR1N.

LE ÏELLIER A BRULART.

Il lui fait entrevoir son prochain retour à Dijon.

Bordeaux, le 25 septembre 1659.

Monsieur ,

Je crois que vous aurez à présent reçu la réponse à la dernière lettre qu'il vous avait plu de m'adresser pour Son Eminence. J'attendais à vous envoyer la mienne sur celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au même temps , c'est-à-dire le 24 du mois passé , croyant que Son Eminence pourrait m'envoyer la la sienne pour vous la faire tenir; mais il est à croire qu'elle

vous aura été portée par une autre voie. Ce que je puis vous dire de ce qui me paraît de vos affaires est que vous obtiendrez bientôt d'aller non-seulement à Paris , mais ailleurs où sans doute vous ne vous souhaitez pas moins. J'en aurai infiniment de la joie, puisque je fais profession d'être plus que personne, Monsieur, votre etc.

LE TELLIER

LE ROI A BRULART

Il le mande à Bordeaux.

27 septembre 1659.

Monsieur Brulart,

Je vous avais ci-devant permis d'aller à Laval, maintenant je vous fais cette lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous l'aurez reçue vous ayez à en partir pour vous rendre incessamment à ma Cour et suite, où étant je vous ferai savoir mes intentions. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulart, en sa sainte garde.

Ecrit à Bordeaux le 27 septembre 1659. Signé: LOUIS. Et plus bas : Le Tellier.

BRULART AU CARDINAL

Il le remercie des effets de sa protection près du Roi.

Laval, le 12 octobre 1659.

Monseigneur ,

La liberté de pouvoir approcher Votre Eminence ne m'est pas moins précieuse que celle de mon retour en l'exercice de ma charge et dans ma maison. Aussi , Monseigneur , ne pouvais-je

recevoir un ordre qui me donnât plus de joie que celui d'aller à la Cour, et si le mauvais état de ma santé, très affaiblie par une fièvre quarte qui me tourmente sans relâche depuis six semaines, m'a fait appréhender de ne pouvoir me rendre auprès de Votre Eminence , la joie et le passionné désir que j'ai d'aller recevoir ses commandements et de lui obéir avec soumission sont, ce me semble, capables de me donner des forces pour ce long voyage. Je m'en vais donc, Monseigneur, pour m'y disposer, tenter des remèdes extraordinaires auxquels je ne m'avais pu résoudre jusqu'à présent, afin de pouvoir me mettre en chemin dans huit ou dix jours et d'aller protester à Votre Eminence que personne au monde n'est tant que je suis, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.

BRULART

BRULART AUX SYNDICS DU PARLEMENT DE DIJON

Il leur donne avis de son voyage à la Cour.

Laval, le 12 octobre 1659.

Messieurs ,

Venant de recevoir ordre de Sa Majesté de me rendre incontinent à la Cour, je me dispose d'autant plus volontiers d'en entreprendre le voyage, nonobstant le mauvais état où je suis, que je me persuade qu'il s'y pourra trouver des occasions où ma présence ne sera peut-être pas entièrement inutile à la Compagnie , et , comme il n'est que bon qu'elle soit avertie de cet ordre, je vous supplie, Messieurs, d'avoir la bonté de le lui faire connaître au plus tôt et de me faire la grâce de l'assurer en même temps que je me tiendrai glorieux d'être honoré des siens et de les exécuter avec tout le respect et toute l'affection

dont je suis lié à tous ses intérêts. Je vous serai étroitement obligé si vous la confirmez dans cette croyance et si vous me croyez en vos particuliers , Messieurs , votre etc.

BRULARÏ.

BRULART A LE TELLIER

Il va prendre les ordres du Cardinal à Saint-Jean-de-Luz.

Bordeaux, le l«r novembre 1659.

Monsieur ,

Ayant appris à mon arrivée en cette ville, où je suis depuis deux jours, que Son Eminence était encore à Saint-Jean-de-Luz, je me dispose d'en prendre dès aujourd'hui le chemin pour aller recevoir ses ordres. Gela m'empêchera, Monsieur, d'avoir sitôt l'honneur de vous voir que je l'espérais; mais partout où je serai je conserverai toujours les sentiments de respect que je vous dois et un très passionné désir de vous faire connaître que je suis parfaitement, Monsieur, votre etc.

GXII

BRULART AUX SYNDICS DU PARLEMENT DE DIJON

Compte-rendu de son entrevue avec le Cardinal.

Saint-Jeau-de-Luz, le 10 novembre 1659.

Messieurs ,

La bonne réception qui m'a été faite par Son Eminence, suivie de mon rétablissement dont elle m'a assuré , m'aurait donné beaucoup plus de joie que je n'en ai ressenti si elle m'eût pro-

mis en même temps celui de tous Messieurs qui soutirent depuis longtemps, entre lesquels il semble qu'elle veuille faire de la différence. Mais comme ce n'est pas pour mes intérêts que j'ai fait ce voyage , j'ai aussi parlé et insisté là -dessus avec la chaleur et l'affection dont je suis lié avec mes confrères et ai été assez heureux pour avoir été écouté longuement et assez favorablement tant sur cet article que sur la forme du rétablissement, ensemble sur la suppression de la Chambre de Bresse. Mais n'ayant pu faire prendre ici des résolutions certaines , Son Eminence en voulant parler au Roi , elle m'a remis à Toulouse. Elle partira d'ici pour s'y rendre le 12 du courant, après la dernière conférence d'aujourd'hui qui achèvera de terminer tout ce qui reste ensuite de la signature de la paix et du contrat de mariage. Mais je ne saurais espérer à l'égard de l'affaire de Bresse que d'y faire une ébauche, tant à cause du peu de séjour qu'y fera M. le Surintendant et qu'il y pourra infiniment. Bien que je n'aie pas les pouvoirs nécessaires , je ne laisserai pas d'essayer de disposer et d'engager les choses pour entrer après en conférence à Paris ou ailleurs, et si je peux faire revenir Son Eminence du sentiment où elle est de ne pas agréer une députation,jele ferai encore. Enfin, Messieurs, je n'oublierai rien de tout ce qui sera du pouvoir de mes amis et du mien pour l'entière satisfaction du général et du particulier. Je ne saurais pourtant vous celer, après ce que j'ai connu dans mon audience, l'appréhension où je suis de trouver de grands obstacles dans le rétablissement de notre ressort. Ne croyez pas, néanmoins, s'il vous plaît, qu'aucune difficulté puisse ralentir "mon ardeur, et obligez -moi d'être persuadés que je suis passionnément, Messieurs, votre etc.

BRULART

Page 1