CLXXVIII
BRULA RT AU PRINCE DE GONDÉ
Il lui demande sa protection pour faire changer le règlement du Palais établi en haine du Premier Président son prédécesseur.
Dijon, le 22 octobre 1661.
Monseigneur,
A présent que ce Parlement est en pleine possession du ressort du pays de Bresse et que cette affaire est consommée, je crois que Votre Altesse qui m'avait fait l'honneur d'approuver que je différasse, durant sa disgrâce, de parler de changer les règlements qui y ont été faits en haine de mon prédécesseur et contre les défenses expresses portées par un arrêt du Conseil d'en haut et des lettres du cachet, trouvera bon que j'invite cette Compagnie, à la Saint-Martin qui s'approche, de toucher à cette affaire. Mais comme il a plu à Votre Altesse de m'y faire espérer sa protection, je la supplie de m'en vouloir honorer et de me faire la grâce de témoigner à ceux à qui elle daignera le faire savoir, qu'ils lui feront plaisir de régler ces choses à l'amiable. Je n'oserais, Monseigneur, vous entretenir du détail, mais je puis assurer Votre Altesse que l'autorité du Roi est si fort blessée en ces règlements, suivant même que Sa Majesté l'a déjà reconnu par un autre arrêt d'en haut et par des lettres-patentes, que cette seule considération me pourrait faire tout espérer de l'honneur de votre protection; mais c'est en elle que je fonde mes espérances et me confie sans réserve , étant si parfaitement , Monseigneur, votre etc.
BRULART
LE PRINCE DE GONDÉ A BRULART
Réponse à la précédente.
Fontainebleau, le 29 octobre 1661.
Monsieur ,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite du 22 de ce mois. Vous devez être assuré que je m'intéresserai toujours beaucoup aux choses qui vous regarderont, et que je ferai aussi avec joie ce qui dépendra de moi pour vous le témoigner. Pour ce qui est de l'affaire dont vous m'écrivez, c'est une chose qu'il vaut mieux traiter de bouche qu'autrement; aussi suis-je d'avis que vous la remettiez jusques au temps de la prochaine tenue des Etats, que je serai en Bourgogne. Nous en pourrons alors parler plus à fond et voir quels expédients il faudra prendre pour cela. Cependant, assurez-vous que je n'aurai jamais plus de joie que quand je pourrai vous faire connaître dans les occasions de vos intérêts que je suis entièrement, Monsieur, votre etc.
LOUIS DE BOURBON
BRULART AU PRINCE DE CONDÉ
Compte-rendu de l'état de la Bourgogne; misère publique.
Dijon, le 14 décembre 1661.
Monseigneur,
Le bureau de la Grand 'Chambre de ce Parlement se trouve tout à la fois chargé de tant d'expéditions du Conseil, que nous ne savons par où commencer. Il y a une déclaration contre les
abus qui se sont glissés dans la réception des présidents et conseillers et dans leurs habits. Elle règle l'âge qu'ils doivent avoir pour être pourvus de ces charges, de quelle façon la preuve s'en fera, et veut qu'ils aillent toujours on habits longs, ce qui sera d'une exécution très difficile, tant que cette ville ne sera, comme elle est, qu'un bourbier, qui est un désordre que l'opiniâtreté et la division des esprits a toujours fait durer, mais qui finira lorsque Votre Altesse, étant sur les lieux, se voudra donner la peine de dire avec fermeté qu'il faut pour cela faire comme à Paris taxer les maisons à perpétuité, sans distinction aucune.
Il y a une autre déclaration contre les duels, qui ajoute quelque chose aux précédentes ; un édit portant établissement de chambre de justice ; un autre fort grand édit que je n'ai pas lu, mais le titre porte Ordonnance touchant les gabelles (1) ; et enfin un autre édit portant suppression de certaines élections et réduction des autres, ensemble des officiers des greniers à sel, dont il y en a vingt-deux en Bourgogne et onze en Bresse, à un certain nombre, le surplus supprimé, ce qui serait la ruine de beaucoup de familles si l'édit avait lieu; un arrêt du Conseil d'en haut contre les Parlements, portant défense d'arrêter l'exécution des arrêts du Conseil et des déclarations sous prétexte de remontrances.
11 y a tant à lire et à examiner en toutes ces pièces qu'avant de venir à l'enregistrement de toutes, il ne se peut qu'il ne se passe du temps. Il y a même apparence qu'on ordonnera des remontrances sur quelques-unes. Cette province est si misérable, qu'elle n'a besoin d'aucune nouveauté pour se voir aux abois. La disette de grains qui est grande l'empêche de faire de l'argent de ce côté-là. Son autre ressource qui est dans les vins a manqué cette année, quoiqu'il y en ait abondance, parce qu'elle est de même partout le royaume, et que d'ailleurs ceux de Bour-
(1) Le 4 février 1663 cet édit n'était pas encore enregistré. (Il existe à cette date une lettre de Brulart à Golbert par laquelle il conseille à ce ministre de profiter de la présence du prince de Coudé à Dijon pour obtenir cette mesure du Parlement). Le conseil fut écouté et réussit.
gogne ne valent rien. — Et quant au fer qui produit quelqu'argent, il est à si bas prix que les maîtres de forges se ruinent euxmêmes dans ce commerce. Je n'ai rien à ajouter, Monseigneur, au compte que je vous rends des affaires et des choses que le renouvellement de mes vœux d'être à la vie et à la mort, Monseigneur, de Votre Altesse, le etc.
BRULART
LE PRINCE DE GONDÉ A BRULART
Réponse à la précédente.
Paris, le 20 décembre 1661.
Monsieur ,
J'ai vu ce que vous m'avez écrit sur le sujet des édits qui sont présentement sur votre bureau. Je ne puis vous dire autre chose là-dessus, sinon que la plupart de ces édits-là étant déjà vérifiés dans les Compagnies souveraines de Paris, et l'étant aussi, comme je crois, dans une partie des Compagnies souveraines du royaume, difficilement pourrez-vous vous dispenser de les vérifier. Quoi qu'il en soit, je vous prie de ne rien faire qui puisse commettre votre Compagnie envers le Roi.
Quant à l'incommodité que les boues vous causent à Dijon, je vois bien que c/est une chose à quoi il est nécessaire de remédier; j'y mettrai ordre à mon premier voyage en Bourgogne. Je demeure cependant, Monsieur, votre très affectionné à vous faire service.
LOUIS DE BOURBON
GLXXXII
BRULART AU PRINCE DE GONDÉ
Il justifie le Parlement d'avoir rien fait contre ses ordres particuliers dans l'exécution des arrêts généraux sur la traite des grains.
Janvier 1662.
Monseigneur,
Les respects que j'ai pour Votre Altesse sont si profonds, ce Parlement regarde tous vos intérêts d'une façon si particulière, qu'il est difficile qu'il se passe rien parmi nous, où votre intérêt paraisse, qu'il ne s'y trouve des marques de ses sentiments. Je vous renouvelle ces assurances, Monseigneur, au sujet d'un arrêt dont M. de Thésut m'a dit que vous n'étiez pas satisfait. Mais comme il ne s'est rien fait de notre part en cette rencontre où, bien loin de vous déplaire, nous n'ayons eu votre service en vue, j'espère que Votre Altesse, étant informée du détail des choses, demeurera persuadée qu'en cette occasion même le Parlement a cru ne pouvoir mieux user qu'il a fait. Le procès était une saisie faite en vertu de quelques arrêts généraux; mais ayant reconnu en jugeant qu'il y avait des ordres de Votre Altesse, dès ce moment il n'a plus considéré ses propres arrêts et il en a non-seulement donné un pour la lever, ensuite de la requête qui lui a été présentée par les porteurs de vos ordres, mais par la seule considération qu'ils en étaient honorés , il s'est encore abstenu de décréter ajournement personnel contre eux, qu'il a, au contraire, renvoyés à pur et à plain, quoique, compris dans la même information et autant chargés que d'autres contre qui il a en même temps décrété. C'est là, Monseigneur, la vérité de ce qui s'est passé en cette rencontre, et s'il s'y pouvait encore ajouter quelque chose pour votre satisfaction, je puis dire à Votre Altesse, qu'en faisant connaître à la Compagnie ce que vous désirez d'elle, vous la trouverez toujours également jalouse de vous en fournir de nouvelles preuves, tant elle est certaine que
vous lui continuerez l'honneur de votre affection et de votre estime. Pour moi, je me flatte qu'étant dans les mêmes sentiments pour vous, où je vous ai protesté de vivre et mourir, vous me ferez aussi toujours la grâce de me considérer comme, Monseigneur, le etc.
BRULART