CLXXXIII
LE PRINCE DE • CONDÉ A BRULART
Réponse à la précédente.
Paris, le 4 février 1662.
Monsieur ,
Je crois que vous avez déjà su par M. de Thésut mes sentiments sur l'arrêt qui avait été donné en votre Compagnie touchant la traite des blés et les raisons que j'ai eues de m'en plaindre; c'est pourquoi je ne m'étendrai pas beaucoup dans la réponse que j'ai à faire à la lettre que vous m'avez écrite sur ce sujet. Je vous dirai seulement, qu'ayant agi de la manière que j'ai fait en toutes occasions quand il a été question des intérêts de votre Compagnie ou du maintien de son autorité, j'avais sujet de me promettre qu'elle en userait de même pour les choses qui me toucheraient. Cependant cette affaire-ci est arrivée, et vous m'avouerez que votre Compagnie a pris connaissance d'une chose qui n'était point de sa juridiction et qui regarde' purement la fonction de gouverneur. Je veux croire, comme vous me le mandez, que l'intention n'en a point été mauvaise, et cela me paraît parle dessein qu'on a de me donner satisfaction là-dessus. J'en ai écrit plus particulièrement à M. de Thésut qui n'aura pas manqué de vous en entretenir, et je m'assure que les choses se seront passées ensuite delà manière que je puis le désirer. J'en ai dit aussi mon sentiment à M. le comte de Tavannes qui m'en
a parlé, il vous mandera ce que je lui eii ai dit, de sorte que, présentement, je n'ai autre chose à ajouter à cette lettre, sinon les assurances que je suis toujours, Monsieur, votre etc.
LOUIS DE BOURBON
BRULART AU PRINCE DE CONDÉ
Il lui rend compte d'une plainte portée au Parlement touchant l'enarrhement des blés, et lui demande ses instructions à ce sujet.
Dijon, le 3 avril 1662.
Monseigneur ,
Y ayant eu de nouvelles plaintes au Parlement contre l'enarrhement des blés dans le Bourbonnais et des réquisitions des gens du Roi, à ce qu'il en fût informé par un commissaire de la Cour qui se transporterait sur les lieux, j'ai différé de signer l'arrêt qui a été rendu suivant ces conclusions, jusqu'à ce que j'aie appris sur cela les intentions de Votre Altesse, parce qu'il est vraisemblable que dans le grand nombre des témoins qui doivent être ouïs suivant la liste qui a été vue sur le bureau, il s'en trouvera qui déposeront, non-seulement des enarrhements, mais encore de la traite des blés hors de la province. Je supplie Votre Altesse de vouloir me faire connaître sur cela ses intentions, afin que celui des conseillers que je commettrai en soit instruit et puisse s'y conformer en exécutant cet arrêt que les peuples ont demandé avec empressement, dans l'espérance que ce sera un remède puissant contre les désordres dont ils se plaignent, et regardent la suite comme un des plus grands malheurs dont ils croient être affligés. Je suis, etc.
BRTJLART.
LE PRINCE DE CONDÉ A BRULART
Il espère que le Parlement ne fera rien contre son autorité, au sujet des plaintes portées a cette Compagnie concernant Tenarrhement des blés.
Paris, le 8 avril 1662.
Monsieur ,
J'ai vu ce que vous m'avez écrit touchant les plaintes qui ont été faites au Parlement contre les enarrhements de blés. Je crois qu'il n'est pas besoin de vous dire quel peut être mon sentiment là-dessus; vous connaissez assez l'intérêt que j'ai que l'on n'entreprenne rien sur mon autorité ni sur les choses qui sont de ma juridiction, pour savoir ce qui se doit faire en cette rencontre. Comme je suis persuadé que vous- et MM. de votre Compagnie voulez agir de bonne foi avec moi, comme de mon côté je suis résolu d'agir de bonne foi avec vous en toutes sortes de rencontres , je veux croire qu'ils ne feront rien en cela que de bien à propos. J'en écris un peu plus long à M. de ïhésut auquel je me remets ; aussi bien l'état de ma santé ne me permet pas de vous faire une lettre bien étendue. J'ai eu trois accès de fièvre tierce, mais le dernier a été si peu de chose, que je crois que j'en suis quitte et qu'un peu de régime me remettra au même état que j'étais auparavant. Au reste, je me sens fort obligé de vous remercier de ce que vous avez fait touchant l'édit du contrôleur de la Chambre des Elus, je vous en suis tout à fait obligé; ce n'est pas d'aujourd'hui que je connais de quelle manière vous faites les choses que vous affectionnez et combien vous le sont celles que je vous recommande; aussi devez-vous vous assurer que vous n'avez point d'ami plus véritable que moi, ni personne qui soit avec plus de passion, Monsieur, votre etc.
LOUIS DE BOURBON
COLBERT A BRULART
La peine des galères sera substituée le plus souvent à la peine de mort, en raison
des besoins de la marine.
Paris, le 11 avril 1662.
Monsieur ,
Le Roi m'a commandé de vous écrire ces lignes de sa part pour vous dire que Sa Majesté désirant rétablir le corps de ses galères et en fortifier la chiourme par toutes sortes de moyens, son intention est que vous teniez la main à ce que votre Compagnie y condamne le plus grand nombre de coupables qu'il se pourra, et que l'on convertisse même la peine de mort en celle des galères, donnant ensuite vos ordres dans toutes les justices subalternes de votre ressort pour y observer la même chose; Sa Majesté n'ayant rien à présent plus fortement à cœur que de réussir dans le dessein qu'elle a pris d'armer un nombre considérable de galères et de les tenir toujours à la mer. Je suis,
Monsieur, votre etc.
COLBERT