‹ Choix de lettres inédites écritesChapitre 48 sur 55 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

BRULART A LA VRILLIÈRE

Les avocats se mettent eux-mêmes en grève, à l'exemple des procureurs; nouvelles mesures annoncées pour faire cesser ce désordre.

Dijon, le l«r août 1663.

Monsieur ,

Tous les procureurs de ee Parlement ont cessé l'exercice de leurs charges depuis avant-hier, ensuite d'un arrêt du Conseil du 23 novembre 1662 , signifié à notre Procureur général, portant « que tous officiers royaux et matriculaires , n'ayant provision du grand sceau, seront tenus d'en prendre dans deux mois, à peine de deux cents livres d'amende. » Ils craignent d'être contraints au paiement de cette somme , et témoignent être résolus à n'en point prendre, disant qu'ils ne sont officiers royaux ; qu'ils ont été créés parle Parlement et non par lettres-patentes; que jamais leurs prédécesseurs n'ont pris des provisions de Sa Majesté, et que leur pauvreté les empêche de le pouvoir faire, quand ils en auraient la volonté. Tout cela n'a pas empêché que nous ne leur ayons ordonné de faire leurs charges ; je leur en prononçai l'arrêt lundi matin. Mardi ils continuèrent à ne se pas trouver à l'audience, où il y eut un autre arrêt portant condamnation à l'amende contre ceux qui étaient procureurs dans les causes qui furent appelées ; mais ils n'ont point repris la postulation, et, au contraire, la plupart des avocats quittent le travail, tant à cause de ces mots : officiers matriculaires , qui leur font craindre la même chose qu'aux procureurs , que par la complaisance qu'ils ont pour eux. Le Parlement n'entra pas hier ni aujourd'hui à l'ordinaire, et si demain le désordre continue, comme je n'en doute pas, j'assemblerai les Chambres pour y faire pourvoir. C'est tout .ce que je peux faire de ma part et de parler avec sévérité et menaces aux procureurs, comme je fais, pour les obliger à se remettre dans l'ordre. Si ce mal dure , le public en

souffrira extrêmement; car nous ne voyons plus de requêtes et n'avons d'affaires que celles qui sont sur le bureau ou entre les mains du rapporteur. J'en donne aussi avis à M. Colbert, comme d'une affaire de finances, et je vous supplie de me croire toujours avec respect, Monsieur, votre etc.

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